AU FIL DES HOMELIES

J'ACHÈVE EN MA CHAIR 

Col 1, 24-29 ; Jn 15, 18-25

(13 mai 1982)

Homélie du Frère Michel MORIN

Rome : Saint Paul

S

aint Paul, dans sa lettre aux Colossiens écrit cette phrase qui étonne souvent les chrétiens : "J'achève, dans ma chair, ce qui manque à l'épreuve du Christ pour son corps qui est l'Église." Nous comprenons mal cette parole parce que nous pensons que, de fait, il manque quelque chose à l'épreuve du Christ, pour qu'elle soit achevée, pour qu'elle soit parfaite. L'épreuve du Christ, c'est sa présence au milieu des hommes, l'épreuve de l'amour de Dieu parmi nous. Épreuve qui est passée par le feu des souffrances et de la mort, à cause de notre péché. Épreuve qui est passée par la résurrection et la vie à cause de sa miséricorde et de son amour.

Mais nous ne pouvons pas dire qu'il manque quelque chose à l'épreuve du Christ, dans le sens où cette épreuve du Christ ne serait pas absolue, ne serait pas totale ni définitive. Il ne manque rien à la Passion et à la résurrection du Christ, ni en quantité, ni en qualité. Autrement il ne serait pas Dieu et Il ne nous sauverait pas de nos péchés et de la mort. Ce n'est donc pas ainsi qu'il faut comprendre cette parole de l'apôtre Paul aux Colossiens.

Il faut la comprendre comme suit : "J'achève dans ma chair, dit-Il, ce qui manque à la passion du Christ pour son corps qui est l'Église." Ce qui manque à la passion du Christ, ce n'est pas en vertu de Lui-même, c'est en vertu de nous, qui sommes son corps étant son Eglise. Qu'est-ce qui manque dans le corps de l'Église que nous sommes ? C'est qu'en nous s'achève, s'accomplisse et rende parfaite la résurrection, la Passion du Christ. Ce qui manque, c'est que soient accomplis en nous, à travers notre vie, à travers la vie de l'Église et du monde, tout le poids, tout l'amour, toute la miséricorde et le salut contenu dans la Pâque du Christ.

Cette Pâque du Christ, achevée en elle-même doit se répandre, doit s'accomplir et doit s'achever dans tous les membres du corps du Christ qui est l'Église. Et tant que la totalité des membres du corps du Christ, qui est l'Église, n'a pas ressenti, ne s'est pas laissé transformer, ne s'est pas laissé achever et parfaire, dans la souffrance et dans la résurrection, il manquera quelque chose dans l'accomplissement de cette Pâque pour aujourd'hui.

Et cela rejoint bien l'évangile de saint Jean où le Christ révèle à ses disciples cette chose à laquelle nous sommes habitués, mais qui est cependant étonnante : "Ils m'ont haï, ils vous haïront. Ils m'ont persécuté. Ils vous persécuteront." Ce qui veut bien dire que ce qui est arrivé au Christ, parce qu'Il est Fils de Dieu, doit nous arriver à nous aussi, parce que nous sommes fils de Dieu et frères du Christ dans sa Pâque, dans sa mort et dans sa résurrection, par notre baptême.

Il ne faut donc pas nous étonner que le corps du Christ d'aujourd'hui qui est son Eglise subisse la haine, la torture et toute la souffrance et la mort que le Christ Lui-même a subi. C'est simplement l'accomplissement, aujourd'hui, de la parole de Paul et chacun de nous et l'Église tout entière peut dire : "J'achève dans ma chair ce qui manque à la Passion du Christ" pour qu'elle soit parfaite en nous, pour que le salut, pour que la victoire qu'elle nous apporte s'achève complètement dans notre propre chair personnelle, mais aussi dans la chair du monde entier, afin que lui aussi, devienne un jour, le corps du Christ racheté par la souffrance, par la mort et vivant dans la résurrection.

C'est ainsi, frères et sœurs, qu'il faut comprendre cette phrase : "J'achève en ma chair ce qui manque à la Passion du Christ pour son corps qui est l'Église." Et nous devons, en tant que chrétiens, faire nôtre cette parole chaque fois que nous sommes touchés par la haine, par la souffrance, par la torture ou par la mort, soit nous personnellement, soit l'Église dans un de ses membres ou dans une de ses communautés.

Au cours de cette eucharistie, nous unirons notre prière à celle de tous les membres souffrants de cette même Église qui sont haïs, qui sont torturés, qui sont blessés parce qu'ils ont reçu la parole du Christ et parce qu'ils sont son corps aujourd'hui, pour le monde. Nous prierons pour que cette souffrance achève, en eux, en nous et dans tous les hommes, la Pâque du Seigneur, son épreuve parmi nous, le signe, à travers sa souffrance, de sa gloire, à travers sa victoire de sa vie pour tous.

 

AMEN

 

 

 
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