AU FIL DES HOMELIES

UN FRUIT DE JOIE

Col 1, 24-29 ; Jn 15, 9-17

Jeudi de la cinquième semaine du temps pascal – A

(17 mai 1990)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

S

i vous demeurez en Moi, vous porterez du fruit et un fruit qui demeure !"

Si nous sommes rassemblés autour du Seigneur, c'est parce que nous portons déjà du fruit. Dans la vie spirituelle, il ne faut pas se regarder de façon humiliante. D'abord parce que l'humiliation ne rend pas humble, elle ne fait que blesser l'orgueil ce qui, spirituellement, n'a aucun intérêt. Il faut que nous sachions regarder, dans notre propre vie chrétienne, que nous portons du fruit, que nous sommes plantés dans les eaux baptismales, que petit à petit notre vie s'identifie à l'arbre de la croix et donc que, dans la vérité de Dieu, c'est-à-dire aussi dans la nôtre, nous portons du fruit, selon la promesse du Christ puisque, comme le dit Isaïe : "La Parole de Dieu ne vient pas sur la terre sans porter du fruit, sans être fécondée avant de retourner vers le Père !"

Nous avons peut-être, sur notre propre vie, et en tout cas sur la vie de l'Église, une vision qui n'est pas digne de cette parole de Jésus, parce que nous ne reconnaissons pas les fruits de l'Esprit Saint. Nous ne reconnaissons pas que nous sommes un fruit de la fécondité de l'Esprit saint en nous et que l'Église, malgré tous ses avatars d'aujourd'hui,qui ne sont pas plus importants que ceux d'hier ou d'avant-hier, nous ne reconnaissons pas que l'Église est un fruit de l'Es­prit, et qu'elle comme nous et nous comme elle, nous demeurons, nous demeurons à travers le temps et pour le temps, à l'intérieur de tous les événements et pour les événements, nous demeurons comme le signe que le commandement du Christ n'est pas une illusion d'optique spirituelle, mais une réalité dans la chair même des hommes.

"Mon commandement, c'est de vous aimer les uns les autres !" Oh, je sais bien, nous n'en sommes pas encore à l'achèvement de ce commandement, mais peut-être que nous n'en sommes pas non plus au commencement et qu'il y a déjà en nous, dans la me­sure où nous nous laissons travailler, disposer, fé­conder par l'amour de Dieu pour nous, il y a déjà une extension, il y a déjà une exploitation de cet amour dans notre cœur, pour les autres.

Ceci, il faut le reconnaître. Cela fait partie de l'humilité chrétienne que de reconnaître le bien que Dieu nous donne et le bon que nous devenons. Ou alors, sans cela, nous méprisons la promesse du Christ et, en définitive, nous ne croyons pas qu'elle s'accom­plit pour nous. Et nous sommes alors en dehors de sa Parole, nous sommes alors à l'écart de sa demeure. Et c'est peut-être d'ailleurs pour cela que notre vie chré­tienne est si peu joyeuse, parce que voilà un critère vrai de la fécondité de l'Esprit en nous. "Ma joie sera en vous et elle sera parfaite !" C'est vrai, on dit "un saint triste est un triste saint !" Est-ce que notre re­gard sur nous-même et sur l'Église, et sur nos proches, sur notre prochain, c'est-à-dire les uns pour les autres en ce moment du jour, les uns pour les autres dans la famille, dans le foyer, dans le couple, dans la commu­nauté, est-ce que notre regard réciproque est capable de discerner que nous sommes les uns et les autres des fruits de la bonté de Dieu, et qu'à travers nous, Dieu féconde et fructifie son Royaume et que son com­mandement d'amour tisse, trame l'homme nouveau, le destin de notre propre vie et prépare ainsi le moment éternel où notre joie sera parfaite, sera complète, lors­que nous entrerons dans la révélation totale du Père pour le Fils, du Fils pour le Père.

Mais déjà cette joie doit nous inonder de la même manière que les fruits du printemps ou de l'été remplissent d'allégresse et d'espérance le cœur et la vie de celui qui a semé, de celui qui a travaillé et de celui qui partagera déjà sa récolte et sa moisson.

 

 

AMEN

 

 
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