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NOUS FERONS CHEZ LUI NOTRE DEMEURE

Ga 3, 23-28 ; Jn 14, 23-31 b

Lundi de la cinquième semaine de Pâques – A

(18 mai 1987)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

C

es textes nous ouvrent à ce mystère de la vie du Christ en nous. Il est dit, en différents ter­mes que le Christ vit et qu'Il vit en nous. Le maître-mot de l'évangile de ce jour c'est : "Nous fe­rons chez lui notre demeure !" Si quelqu'un m'aime, mon Père l'aimera, nous viendrons chez lui et nous ferons chez lui notre demeure."

Lorsque nous parlons de révélation, nous avons coutume d'entendre qu'à travers l'histoire du salut, Dieu découvre son visage, découvre sa volonté, découvre son dessein à des hommes qui tentent de le comprendre et qui en déchiffrent le mystère. Et nous avons raison d'entendre ce que nous dit la Bible comme le long dévoilement d'un visage de Dieu qui finira par s'appeler Père, qui ayant suscité un peuple en Israël afin de venir Lui-même dans ce peuple, éclaire le dessein qu'Il avait formé depuis longtemps en son cœur c'est-à-dire de sauver non seulement ce peuple mais tous les hommes de tous les temps et de tous les lieux. Certes, la révélation est le dévoilement progressif de Dieu, de son visage et de son cœur à travers les âges qui précèdent sa venue, Lui, la vie même de ce qui est dans l'homme.

Mais plus encore la révélation est aussi le dé­voilement de celui qui reçoit Dieu c'est-à-dire de l'homme, car si l'homme ne connaît pas Dieu, il est une chose que l'homme ne connaît pas encore ou connaît mal, c'est lui-même, son propre mystère, et comment ce qu'il est lui-même peut recevoir Celui qui se dévoile en face de lui et qui s'appelle Dieu. Lors­que nous pensons notre vie spirituelle, notre vie en Dieu, nous pensons souvent à quelque chose qui s'ajoute, qui vient améliorer comme des béquilles là où nous boitons, qui cautérise les plaies de nos péchés ou de nos souffrances. Je crois qu'il vaut mieux pen­ser que nous étions en dehors de tout péché, avant toute blessure, tout à fait capables de tout Dieu, c'est-à-dire que nous étions, en tant qu'hommes, dans le sein même de Dieu créateur, une immense potentialité de Dieu, un immense "pouvoir être Dieu". Pardonnez-moi l'expression un peu métaphysique, mais qui signi­fie simplement que nous étions créés afin de devenir autre chose et que toute cette potentialité virtuelle qui était en nous était justement pour devenir totalement une plénitude divine, telle que nous-mêmes pourrions l'incarner dans notre individualité.

Ainsi lorsque nous parlons de révélation, nous parlons du dévoilement de Dieu qui dévoile et son cœur et son dessein. En tant que chrétiens, nous avons à affirmer, en ce temps où l'homme est quelque peu bafoué dans son mystère et dans son identité, nous avons à affirmer que l'homme lui-même, indépen­damment du péché et de ses blessures, est fait totale­ment pour recevoir Dieu. Saint Augustin l'exprime en disant qu'il est "capax Dei", c'est-à-dire capable de Dieu, au sens fort du terme, c'est-à-dire qu'il est entiè­rement fait, que tous ses éléments sont faits pour, un jour se transformer et devenir à son tour Dieu.

Ceci éclaire cette vie intime de Dieu en nous, et cette description de l'intimité de cette vie du Christ dans nos cœurs. Ceci explique que nous, les hommes, sommes une demeure de Dieu. Et ceci est aussi im­portant à affirmer que notre foi, que l'homme que nous sommes, même s'il le vit imparfaitement en rai­son de ses péchés, en raison de ce qu'il souffre, en raison des obstacles qui empêchent un vrai dévelop­pement de toutes ces virtualités en nous, il n'empêche que nous devons affirmer dans la foi que l'homme est fait pour être Dieu, qu'il est cette capacité totale, ca­pable de recevoir cette plénitude de Dieu.

C'est là un éclairage extraordinaire de la ré­vélation elle-même qui non seulement nous éclaire le visage de Dieu mais aussi éclaire son partenaire qui est l'homme, afin de ne faire plus qu'un. C'est là que nous découvrons que notre fin, ce vers quoi nous ten­dons, c'est bien ce Christ Jésus, qui résume à Lui seul, cette intimité inouïe, indéchirable, infrangible, indé­niable qui est une humanité totalement réconciliée en Dieu, une humanité totalement métamorphosée en Dieu, qui n'en est pas moins l'humanité mais celle promise justement à devenir Dieu.

Alors en ce temps où comme les apôtres avant la Pentecôte, nous allons réclamant l'Esprit, laissons-nous visiter par tout ce qui est en nous déjà Dieu ou qui demande à l'être. Laissons monter en nous le dé­sir, cette trace en creux de la place que Dieu a déjà prise ou va prendre en nous.

Je pense qu'Il ne l'a d'ailleurs pas encore prise et qu'il y a beaucoup de creux dans notre vie, mais c'est dans ces creux même que Dieu pourra poser non seulement son amour mais y faire totalement sa demeure. Laissons-nous ouvrir par cette demande de Dieu d'être en nous afin que vraiment Il fasse en nous sa demeure.

AMEN