AU FIL DES HOMELIES

 LA NOUVELLE LIBERTÉ DE L'ESCLAVE POUR LE CHRIST

Rm 14, 7-9 ; Jn 15, 1-8

(11 mai 2004)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Monemvassia : Christ Maître

D

 

ans le très bref passage de l'épître aux Romains que nous avons entendu, Paul affirme un principe de vie chrétienne qui révolutionne complètement le monde ancien. Ces formules sont tellement usées que nous ne les entendons plus, Paul dit : "Si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur, si nous mourrons, nous mourrons pour le Seigneur".

En fait, c'est la définition de l'esclave, dans l'antiquité. Dans le monde ancien, et Paul est citoyen romain, donc il sait exactement comment est structurée la société dans laquelle il vit, il y a deux sortes d'hommes : ceux qui sont maîtres d'eux-mêmes, c'est la définition de l'homme libre, et ceux qui ne sont pas maîtres d'eux-mêmes, c'est-à-dire ceux qui sont pour un autre, et c'est la définition de l'esclave, ou à la limite, du militaire dans la mesure où il a voué sa personne au service d'une autorité de l'état. Ici, c'est un peu un paradoxe, parce que précisément, Paul explique que désormais, quand on est chrétien, on n'est plus maître de soi, on est pour le Seigneur. C'est d'abord un jeu de mots, puisque Seigneur cela veut dire "le maître", le maître de maison, et donc, saint Paul exploite jusqu'au bout le terme même de Seigneur, Kyrios, en grec, celui qui est le maître. A partir du moment où il y a le Kyrios, l'homme ne se définit plus comme celui qui vit pour lui-même, il ne peut plus se définir par rapport à une liberté qu'il se conférerait, qu'il se reconnaîtrait lui-même ou qu'il reconnaîtrait aux autres, mais il vit dans une liberté qui est complètement finalisée et comme asservie par le Seigneur.

Paul, ici, et il s'adresse à la communauté romaine, qui sait quand même quelle est la différence entre un homme libre et un esclave, saint Paul veut mettre en lumière dans l'annonce de l'évangile, le fait que par la Résurrection du Christ, la condition de l'homme est changée, car tout cela n'est advenu que parce que le Seigneur est ressuscité. Le Christ est mort et est revenu à la vie pour être le Seigneur des morts et des vivants. C'est la manière dont Paul envisage le problème de la Résurrection. Saint Paul est le premier qui montre à quel point la Résurrection révolutionne objectivement le statut de l'existence humaine. Là où l'homme pouvait se croire maître de lui, maître de son destin, maître des actes qu'il pose, en réalité, à partir du moment où il reconnaît la seigneurie du Christ, sur lui, il serait comme "un esclave". C'est très intéressant la manière dont Paul le formule. Il dit que le Seigneur est le maître des vivants et des morts. Il veut dire par là que tous les aspects de l'existence humaine, vie et mort, sont désormais soumis au Christ ressuscité, et que cette servitude de l'homme n'est pas simplement la servitude ici-bas d'une manière terrestre, mais cette "servitude" de l'homme par rapport au Christ Seigneur est une servitude plénière et définitive parce que le Christ nous entraîne et nous fait participer, et dans sa vie, et dans sa mort et dans sa Résurrection, à la souveraineté qu'Il a sur nous.

Ces textes-là, à force de devenir des formules, ont perdu leur capacité provocatrice, mais effectivement, dans le monde ancien, dire qu'à partir du moment où le Christ est ressuscité vous devenez les esclaves du Christ, cela devait être tout à fait étonnant, cela devait être une manière incroyable d'annoncer l'évangile. Nous aujourd'hui, on se dit que vivre pour le Seigneur, tout baigne, cela marche bien dans la piété. Mais du temps de saint Paul c'était loin d'être cela. Véritablement, Paul disait : il faut que vous changiez vitre manière de penser, même votre existence dans la société puisque maintenant vous appartenez à la société du Christ mort et ressuscité, vous ne pouvez vous penser qu'à la manière dont un esclave se pense dans la maison, c'est-à-dire comme celui qui est attaché fidèlement à un maître et qui doit faire et vivre selon ce que demande le maître. Ce que Paul propose à ces Romains, qui sont encore un peu païens, c'est qu'ils doivent modifier radicalement leur approche de leur compréhension d'hommes libres, et comprendre que la véritable liberté ce n'est pas celle qui cherche à se récupérer elle-même pour elle-même, mais c'est la liberté qui vit pour le Christ comme un esclave est capable de consacrer tous ses actes, toute son existence au service d'un maître.

 

AMEN

 

 

 
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