AU FIL DES HOMELIES

L'ATTENTE DU RETOUR DU CHRIST

Ga 3, 23-28 ; Jn 16, 16-22

Mardi de la cinquième semaine de Pâques – B

(30 avril 1994)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

E

ncore un peu de temps et vous ne Me verrez plus, et encore un peu de temps et vous Me verrez !"

Ces deux périodes dont parle Jésus, ce temps où on ne le verra plus, et puis ce temps où on le verra de nouveau, peuvent s'interpréter de deux manières. On peut penser que ce temps où les disciples ne ver­ront plus Jésus, c'est le temps de sa Passion, de sa mort et de sa sépulture et qu'ils le reverront quand Il sera ressuscité et qu'Il leur apparaîtra comme Il l'a fait en Jérusalem et en Galilée.

Saint Augustin nous invite à une autre inter­prétation. Ce temps pendant lequel le Christ n'est plus visible, c'est tout le temps de l'Église, tout le temps présent dans lequel nous nous trouvons et où le Christ n'est pas accessible, d'une manière directe. Nous ne le voyons pas, nous ne pouvons pas le toucher. Et ce temps où nous le reverrons c'est le temps de la vie éternelle, le temps de la Béatitude quand Il viendra à nouveau, de façon visible au dernier jour, pour ras­sembler toute chose dans son Royaume. Saint Augus­tin a cette phrase magnifique : "Tout ce temps qui nous sépare du dernier jour nous semble long parce que nous le vivons jour après jour. Mais quand nous serons arrivés au terme, nous nous rendrons compte que ce n'était qu'un peu de temps, au regard de l'éter­nité tout entière. Tout ce temps de notre vie, tout ce temps de la vie du monde, tout ce temps de l'histoire n'était qu'un peu de temps, juste "la dernière heure" comme le dit saint Jean l'évangéliste".

Je pense que cette interprétation s'appuie aussi sur la comparaison que prend Jésus quand Il compare cette attente à celle de la femme qui est sur le point d'accoucher. Ceci évoque cette autre parole de saint Paul : "L'univers est comme une femme dans les douleurs de l'enfantement qui est en train de met­tre au monde le monde nouveau.'' Et que par consé­quent cette durée douloureuse pendant laquelle il semble que Jésus est absent et que toutes choses sont douloureuses et difficiles, c'est tout le temps de l'his­toire des hommes, dans lequel le monde nouveau est apporté peu à peu à l'existence. Nous sommes en train de mettre au monde ce Royaume qui, pour l'instant n'est pas encore visible car il ne se construit que dans le secret de nos cœurs, mais qui, un jour, apparaîtra de façon éclatante quand tout sera transfiguré.

Le Père Ranquet disait à ce sujet qu'il en allait du monde nouveau dans son rapport avec le monde ancien dans lequel nous nous trouvons maintenant, comme d'un édifice qui est en construction et donc entouré d'échafaudages. Et l'on ne voit que les poutres, les passerelles et les montants qui masquent la cathédrale. Une fois la construction achevée, on enlève tout cela et le monument apparaît dans toute sa splendeur. Le monde nouveau est en voie de cons­truction, mais il se construit dans le secret de nos cœurs et ce que nous voyons c'est le monde présent dans lequel nous vivons et qui nous empêche de voir ce qui est en train de se construire. Mais viendra un jour, celui de la fin du monde, de la fin de ce monde temporaire, de ce monde caduc qui s'effondrera comme disparaît l'échafaudage qui a cessé de servir.

Je crois qu'il est important que nous compre­nions bien que, maintenant, actuellement notre vie, notre attention, nos efforts, tout ce que nous sommes, tout ce que nous faisons tout ce que nous vivons est polarisé non pas par un instant immédiat, actuel, ca­duc et temporaire, fragile et proche de sa disparition mais que tout est polarisé par cette réalité à venir qui est déjà présente et qui déjà s'élabore au plus profond de nous-même et au plus profond de l'humanité, au plus profond de l'univers, cette réalité qui est le Royaume, qui est le monde nouveau, qui est le monde éternel. La vie éternelle n'est pas pour plus tard, la vie éternelle est déjà commencée. Seulement elle com­mence au secret et au creux de la vie actuelle. Mais elle lui donne son sens. Tout ce que nous sommes, tour ce que nous vivons et qui parfois nous semble hétéroclite, sans signification, tout ce qui est si dou­loureux et difficile, toutes nos épreuves, tout cela ne prend son sens que par le but, ce but qui, déjà, s'éla­bore, se creuse en nous et déjà s'édifie au fond de nous-même. Non seulement dans notre vie person­nelle mais dans notre vie communautaire et dans la vie de toute l'humanité.

Alors, soyons attentifs à ce mystère profond, intérieur qui, en un certain sens, est plus réel que ce que nous touchons et voyons. Car ce que nous tou­chons et voyons n'est que l'ébauche, l'échafaudage qui entoure l'essentiel. Soyons polarisés par l'essentiel, non pas pour nous évader du monde actuel mais pour lui donner tout son sens. Alors nous découvrirons, au creux de nos épreuves, cette joie de la femme qui a donné un homme au monde. Nous sommes en train de mettre au monde ce que nous serons plus tard et la joie dépassera toute l'intensité de nos souffrances et de nos épreuves.

 

 

AMEN

 

 
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