AU FIL DES HOMELIES

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SI LE MONDE VOUS HAIT

Ep 2, 3-6 ; Jn 15, 18-25

Mercredi de la cinquième semaine de Pâques – A

(23 mai 1984)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

C

 

es paroles du Christ sur la haine du monde sont inconfortables à nos oreilles et à notre sensibilité contemporaine. Nous admettrions volontiers que la religion est faite pour que tous les hommes s'entendent, pour que tout le monde soit gentil et beau, qu'il y ait une sorte d'amitié bonasse et agréable dans laquelle chacun mette du sien pour essayer de s'entendre. Nous vivons aujourd'hui une période où cette espèce d'œcuménisme par dissolution de toutes les opinions particulières est très en vogue. Moins il y a de couleurs, moins il y a de personnalités, moins il y a d'affirmation de soi, plus, au fond, cela nous paraît convenir à une sorte de médiocrité un peu dorée, gentille, inoffensive et sans saveur.

C'est peut-être en garde contre cette attitude que le Christ veut nous mettre. Il nous rappelle tout simplement que, si nous sommes chrétiens, ce n'est pas très confortable, et que, s'il est venu, ce n'est pas pour réaliser une sorte de fraternité universelle bon chic bon genre, pour que tout le monde s'y retrouve et que tout le monde y perde. C'est plutôt parce que Dieu Lui-même est venu nous déranger. Si nous regardons le fond de notre cœur, nous avons une propension terrible, à nous assurer une sorte de petit confort environnant, dans lequel tout s'estompe et toutes les divisions, toutes les difficultés qu'il peut y avoir sont normalement à effacer et à anéantir. Et le Christ nous dit : Non ! Cela c'est le mouvement profond du monde, une sorte de recherche de tranquillité sans histoires, de faire l'impasse sur toutes les questions qui peuvent se poser à nous. C'est une certaine manière de vivre un peu trop tranquille, de trouver sa sécurité à partir de soi-même et de s'y enfermer, dans un cocon ou une coquille.

Le Christ nous dit : Si je suis venu, c'est pour apporter à ce monde quelque chose de plus, quelque chose qu'il ne soupçonne pas lui-même, quelque chose qui va briser cette espèce de ronronnement tranquille, cette espèce de confort. Et c'est ma propre présence. Le monde peut toujours avoir envie de se renfermer sur lui-même, de devenir un peu étanche, imperméable à tout ce qui n'est pas lui. Et Moi, je suis Dieu. Je suis Celui qui vous aime infiniment, sans mesure. Et quand j'apporte cet amour au cœur du monde, cela crée une sorte de rupture, cela crée un malaise, cela crée un dérangement et effectivement, à ce moment-là, le monde a envie de me prendre en haine, de vous prendre en haine parce que vous êtes les symboles de ce trouble, de cette absence de tranquillité, de ce désir de rechercher quelque chose qui est plus grand que l'homme, plus grand que le monde, plus grand que les aspirations du monde.

C'est pourquoi, d'une manière ou d'une autre, les chrétiens sont toujours un peu des trouble-fête, il ne faut pas leur en vouloir. Si, on leur en veut. Mais c'est leur vocation. Ils n'y peuvent rien. A partir du moment où ils sont appelés à témoigner de cet absolu de l'amour de Dieu pour le monde, il faut, sous peine de trahir leur vocation profonde, qu'ils y répondent. Alors, prions aujourd'hui très fortement, à la fois pour les chrétiens, pour qu'ils n'aient pas peur de témoigner véritablement de leur vocation et prions aussi pour le monde, dans la mesure où à certains moments il a envie de s'enfermer dans cette espèce de coquille, de s'enfermer sur lui-même et de se fermer à Dieu et à l'absolu de Dieu. Prions pour que les chrétiens témoignent, en vérité, et que le monde laisse progressivement s'ouvrir son cœur à la présence de son Seigneur.

 

AMEN

 
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