AU FIL DES HOMELIES

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CELUI QUI M'AIME

Col 1, 12-20 ; Jn 14, 18-23

Mercredi de la cinquième semaine de Pâques – B

(8 mai 1985)

Homélie du Frère Michel MORIN

C

 

elui qui M'aime, mon Père l'aimera. Nous viendrons à Lui, Nous ferons chez lui notre demeure." Ce désir du Christ, ce désir express de venir habiter en nous avec son Père, c'est aussi notre espérance, celle qu'un jour, notre propre vie humaine devienne la Tente, devienne la demeure de Dieu, devienne pour nous, et à travers nous pour les autres, la présence du Seigneur.

Cependant il ne faudrait pas comprendre cette parole de Jésus uniquement pour l'avenir. De fait, pour nous comme pour toute espérance, cette réalisa­tion s'inscrit dans l'avenir, un avenir qui est cependant déjà commencé à chaque fois que nous accueillons d'une façon ou d'une autre l'amour de Dieu pour nous. Au regard du Christ, au regard du Père, ce n'est pas dans l'avenir que cela se réalise, pas plus que dans le présent, pas plus que dans le passé. Il n'y a pas de temps pour Dieu, il n'y a pas d'avant, il n'y a pas d'après.

Lorsque Jésus dit cela Il annonce une réalité éternelle. Il annonce que, déjà depuis toujours, nous demeurons dans le Père, avec Lui. Et Il annonce que c'est à cette demeure que nous sommes destinés. Nous sommes nés du Père, à l'image du Christ, nous devons retourner au Père avec le Christ. C'est cela essentiel­lement le mystère de la demeure. Et déjà dans cette prière que la Sagesse met sur la bouche et dans le cœur du roi Salomon, est évoquée cette demeure, notre demeure dans le cœur de Dieu. Dans sa prière pour demander la Sagesse, au chapitre neuvième, il évoque cette tente que Dieu vient construire parmi les hommes et qui sera le Temple de Jérusalem, mais c'est une tente qui est déjà sainte, qui est déjà préparée dès l'origine. Déjà, dans la bouche du Sage et dans sa foi, il y a cette conviction que ce que Dieu prépare pour nous dans l'avenir s'est déjà réalisé dans son cœur depuis toujours. Cette Tente qui est dans son cœur, dont le Temple ne sera que l'image, dont l'Église est déjà la première fondation, ce temple est préparé depuis l'origine, c'est-à-dire depuis toujours puisqu'en Dieu, il n'y a pas d'origine.

Et saint Paul, au début de l'épître aux Éphé­siens, dans cet hymne du Christ qui est célébré comme le mystère du salut et de l'Église, annonce que nous avons déjà été "bénis dans le Christ de toutes sortes de bénédictions spirituelles" et il ajoute cette phrase étonnante : "Il nous a élus, en Lui, dès avant la fondation du monde, pour être saints et immaculés en sa présence, dans l'amour."

Soit dans l'Ancien Testament, soit dans la prédication de l'Église primitive, il y a cette conviction profonde que nous existons déjà, depuis toujours, dans le cœur de Dieu, et qu'avec son Fils, nous y habitons. Nous demeurons, depuis toujours, dans le cœur de Dieu, non pas par une existence personnelle qui est la nôtre aujourd'hui, mais par ce désir que Dieu avait que nous existions. Ce désir de Dieu qui s'est réalisé par notre propre existence sur la terre, mais qui n'est autre que nous puissions revenir à notre Père et demeurer avec Lui.

Nous avons de la vie une conception chrono­logique, d'événements qui se succèdent les uns après les autres. Aux yeux de Dieu, la vie n'est pas dans cette succession-là, elle est dans sa racine, elle est dans sa signification Et cette signification c'est que, déjà, nous sommes depuis toujours présents dans son cœur, par le désir qu'II avait que nous existions. Le regard de Dieu étant de toujours à toujours, nous sommes continuellement présents à Lui-même. Et lorsque Jésus nous demande de l'accueillir pour que Lui-même et le Père viennent demeurer en nous, c'est tout simplement pour que nous puissions découvrir que déjà, nous demeurons en Lui, que déjà nous sommes dans le Père, que notre intelligence, notre volonté, notre liberté, toutes nos facultés ne sont rien d'autre que de découvrir et que de vivre, dès aujour­d'hui, ce que nous sommes depuis toujours, dans le désir et dans l'amour du Père.

Il faudrait que nous chrétiens, nous ayons une conception de la vie qui ne dépende pas uniquement du temps ou des saisons ou de notre âge, de notre jeunesse ou de notre vieillesse, mais que nous puis­sions comprendre qu'en Dieu, nous sommes toujours jeunes, toujours nouveaux, toujours aimés, et déjà inscrits sur ce livre de vie qui est son cœur, qui est son amour, et dont nous tenons aujourd'hui toutes nos raisons de vivre, toutes nos raisons de croire, toutes nos raisons de mourir. Par l'eucharistie, nous deve­nons la demeure de Dieu, puisqu'Il vient en nous, puisque le Christ se fait chair dans notre propre chair, pour que soyons divinisés, pour que nous puissions entrer dans sa demeure. "Le Christ s'est fait homme " dit saint Irénée, "pour que l'homme devienne Dieu." Mais depuis toujours, l'homme était déjà en Dieu. A nous de découvrir que l'origine et la finalité de notre vie, de notre existence personnelle comme de l'exis­tence de toute l'humanité, ne s'inscrit pas au vingtième siècle entre quelques années du temps, dans telle ou telle circonstance, mais profondément dans le cœur de Dieu.

Au cours de cette eucharistie, nous prierons aussi pour notre pays, pour la France, en ce jour anni­versaire de la victoire. Nous prierons pour que, en­semble chrétiens et non croyants, nous puissions, dans la force de nos convictions, chasser, repousser tout ennemi extérieur ou intérieur. Les plus dangereux peut-être sont les ennemis intérieurs, parce qu'on les voit beaucoup moins que les autres vu qu'ils ne sont pas en face de nous-mêmes, mais souvent dans notre propre cœur. Que notre prière se fasse plus instante aujourd'hui pour notre propre pays. C'est un devoir, nous dit saint Paul, que de prier pour cette société qui nous porte et que nous portons et que nous faisons. Que notre prière soit unie à celle de tous les chrétiens et au désir de tous les hommes de bonne volonté pour que nous puissions, ensemble, construire une société de paix, d'amour, de réconciliation qui sera déjà, pour nos contemporains, peut-être, un premier écho de cette cité à laquelle nous sommes appelés à vivre tous ensemble dans le cœur de Dieu.

 

AMEN

 
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