AU FIL DES HOMELIES

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MONDE ANCIEN, MONDE NOUVEAU

Col 1, 24-29 ; Jn 16, 16-22

Mercredi de la cinquième semaine du temps pascal – C

(30 avril 1986)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

N

ous pourrions nous dire, entre chrétiens, que finalement nous passons notre temps à nous rappeler des choses anciennes, à nous ra­conter inlassablement cette vieille histoire du début du monde ou du début du Fils de Dieu. Finalement, est-ce que nous ne sommes pas en train de ressasser des choses déjà dépassées et que le monde a depuis longtemps comprises, oubliées et qui en tous les cas ne l'intéressent pas vraiment ?

Cette attitude de se pencher vers le passé, c'est un peu celle qui a motivé la question des apôtres : "Qu'est-ce qu'Il a bien voulu dire par là ? " J'aime bien cette question. Elle rejoint toutes ces questions de la Bible, celle de Moïse qui, l'air de rien, demande à Dieu son nom. Effectivement Moïse s'est approché du buisson, il s'est déchaussé, il a fait tout ce qu'il fallait, mais "ayant fait ce détour" ainsi que le dit la Bible, il va quand même jusqu'à demander à Dieu : "Mais s'ils me demandent qui m'envoie, que leur di­rais-je ?"

Cette question qui traverse toute la Bible, c'est la question, j'allais dire, de l'aujourd'hui et de l'instant présent. Et c'est là tout le problème de l'Esprit Saint, cette troisième personne dont on ne parle tou­jours qu'en référence aux deux autres. Pourquoi ? Parce que c'est elle qui réussit à rendre toute chose nouvelle et à la rendre nouvelle aujourd'hui.

Finalement, cette histoire du Christ, ces faits et gestes que Jésus a posés dans ce monde, ne s'en tiennent pas uniquement à ce cadre historique, sinon l'évangile serait simplement une transcription, plus ou moins exacte, (d'ailleurs pas très fidèle puisqu'il y a quatre auteurs qui ne sont pas toujours d'accord), de ce qui s'est réellement passé. C'est pour cela que le Christ va partir, parce que finalement, l'Église n'est pas le dépôt d'une mémoire que nous essaierions de contrôler ou de garder entre nous, mais tout au contraire, elle est l'histoire de chaque homme envahi, aujourd'hui, en ce moment même, par le Christ. L'Es­prit c'est ce qui rend chaque geste, chaque fait du Christ, et donc de l'Église, réel, présent, efficace, ac­tif, et c'est tout.

Et dans ce sens l'Esprit qui est envoyé à la suite du Christ, c'est ce qui rend l'Église vraiment Église, c'est-à-dire une épouse, une épouse qui va dire, avec l'Esprit, à la fin de l'Apocalypse : "Oui, viens Seigneur Jésus !" Suivez avec moi le renverse­ment. Toute la Bible est l'histoire d'un appel que Dieu lance aux hommes. Dans le jardin d'Eden, Dieu dit : "Adam, où es-tu ?" C'est la première question et c'est celle qui lance cette grande histoire. Et tout au long de l'histoire, à travers David, Salomon, tous les rois et les patriarches, et ensuite les prophètes, c'est Dieu qui interroge et qui va chercher l'homme : "viens et suis-Moi !" dira Jésus aux apôtres. Et puis, à la fin, tout se renverse. C'est l'Église, c'est-à-dire l'Esprit et l'Épouse qui vont dire "viens !" c'est-à-dire nous-mêmes enva­his de cet Esprit, travaillés par cet Esprit, transformés en Christ qui allons dire, afin d'achever ce travail : "Oui, viens Seigneur Jésus! Marana Tha !" comme si la Bible, faite de cette Parole même de Dieu, tissée de ce Verbe et traversant l'histoire du monde, se trouvait renversée, bouleversée, arrivant à son terme. C'est elle qui rappelle son Dieu et c'est elle qui lui dit : "Oui, viens!"

C'est cela l'histoire présente de l'Église d'au­jourd'hui. C'est cela l'histoire de l'action de l'Esprit. C'est pour cela que nous sommes croyants, chrétiens, Christ. C'est-à-dire que, quel que soit notre âge, du plus petit au plus ancien, nous sommes nouveaux, et nous allons finalement de commencement en com­mencement, nous vivons incessamment notre mise au monde. Voilà une chose difficile à comprendre, mais c'est bien là le fait de l'Église, de nous voir et de nous faire enfanter, à travers nos événements propres, à travers le baptême évidemment, mais aussi à travers les événements propres à chaque homme, qui peuvent nos réflexions, nos doutes, notre recherche, notre foi évidemment, notre mariage ou notre enterrement. Chaque événement de la vie sert à susciter davantage cette mise au monde, par l'Esprit, en Christ.

Aujourd'hui nous rencontrons le Seigneur. Il vient réellement parmi nous et nous le mangerons, et nous le boirons. Que cette rencontre que nous faisons chaque jour soit une rencontre toute nouvelle et que nous nous avancions vers Lui comme si c'était pour nous un grand jour nouveau.

 

 

AMEN

 

 
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