AU FIL DES HOMELIES

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LA VIGNE

Col 1, 12-20 ; Jn 15, 1-8

Mercredi de la cinquième semaine du temps pascal – A

(16 mai 1990)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

L

'image de la vigne et du vigneron est l'image la plus complète qui résume la relation entre Dieu et l'homme, relation que Dieu avait voulu inaugurer avec Israël. L'image de la vigne est aussi l'image de la déception de Dieu par rapport au projet qu'Il avait formé par rapport à Israël. Israël n'a pas donné les fruits que le vigneron comptait recevoir. Il a donc fallu que sur ce cep se greffe un nouveau surgeon qui est le Christ Jésus, surgeons sur lequel nous sommes nous-mêmes greffés. Toute création nouvelle tire sa sève de ce nouveau greffon, de ce surgeon qui renouvelle la vigne et qui donne les fruits que Dieu avait voulu récolter.

L'histoire de la vigne c'est donc l'histoire d'une déception contournée, transformée. On reproche souvent à la religion catholique d'avoir un penchant certain pour le péché, pour ce qui est contraire à la vie. Souvent cette façon de scruter ou de gratter le fond du cœur de l'homme donne mauvaise réputation à nos discours, comme si parler péché nous rendait quelque peu morbides des mauvais côtés de l'homme et nous empêchait de nous tourner avec optimisme vers ce que l'homme espère. C'est souvent le reproche du discours même et des chrétiens, discours qui ne peut pas passer outre au péché. Mais j'aimerais vous proposer cette simple réflexion.

Pour nous chrétiens, parler de péché c'est si­gnifier un optimisme et une espérance qui, en fait, traverse les espérances humaines les plus folles. Quand on veut parler de l'homme, on est sans arrêt confronté à ce que l'homme, en lui-même ou hors de lui-même, vit de contraire à lui, aux forces qui s'oppo­sent à son propre épanouissement, que ces forces soient dans son cœur ou à l'extérieur de lui somme s'opposant à l'aspiration de vie qui peut être la sienne. Et parler en termes de péché, c'est justement affirmer contre vents et marées que l'homme ne se résume pas à la condition dans laquelle il est aujourd'hui C'est situer tout à la fois en amont le problème du mal, quand nous parlons de péché originel, et aussi dans la réalité déroulée de sa vie. Et c'est affirmer que l'homme n'est pas ce que le monde peut en dire ou peut en voir et que le projet, la réalité même de l'homme ne peut pas se confondre avec ce qu'on peut en voir aujourd'hui. Parler en termes de péché c'est permettre à chaque homme de renouveler en lui l'es­pérance d'être autre que ce que le monde lui permet d'être aujourd'hui. Loin de nous donner un discours qui nous accuserait d'être penchés sur les mauvais côtés, le péché nous donne un discours qui va de l'avant car il dessine un modèle qui traverse tout ce qui empêche l'homme de vivre réellement.

Ainsi le dogme du péché originel et l'affirma­tion de la nécessité d'être sauvés par Dieu sont autant d'affirmations pour l'Église, en ce monde, de ne pas vouloir voir l'homme tel que le monde le voit, mais de le voir tel qu'il doit être c'est-à-dire plus avant, greffé sur une vigne nouvelle et vivant d'une vie nouvelle.

En renouvelant notre confiance dans cette créature nouvelle qui naît en nous à chaque eucharis­tie, reconnaissons que, parler pour nous-même en termes de péché, c'est nous placer dans l'espérance de grandir dans la foi qui nous est donnée, de grandir et de nous renouveler sous l'action de sa grâce.

 

 

AMEN

 

 
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