AU FIL DES HOMELIES

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LES ÉLUS TRAVAILLENT AUSSI

Col 1, 24-29 ; Jn 16, 1-7

Mercredi de la cinquième semaine du temps pascal – A

(1er mai 2002)

Homélie du Frère Yves HABERT

 

A

ujourd'hui, premier mai, c'est la mémoire facultative de saint Joseph travailleur, mais on a fêté saint Joseph avec toute la solennité qui convient le 19 mars. N'empêche que c'est la jour­née du travail ! Je me souviens dans les années soixante-dix, d'un chant qui reprenait une sorte de petit dicton : "Le travail c'est la santé, ne rien faire, c'est la conserver". On disait cela dans les années soixante-dix, parce qu'il y avait une situation de quasi plein emploi et l'on voyait bien qu'on ne comprenait pas encore tous les désastres que cause le chômage, dans les familles et partout, on s'aperçoit aussi que ne rien faire, cela provoque des ennuis. Mais, à travers cette petite phrase, cette petite ritournelle qu'on en­tendait, on rejoignait la phrase de Genèse au chapitre troisième, quand on dit que l'homme travaillera à la sueur de son front. Cette phrase dite sous un mode peu ironique dit la même chose, elle dit la dureté du travail, la peine du travail, et la douleur qu'entraîne le travail, donc le travail n'est jamais du côté du bon­heur. Heureux, heureux, celui qui dans son travail s'éclate, heureux celui qui dans son travail développe toutes les capacités, toute l'énergie, toute l'invention, toute l'inventivité et ce qu'il peut développer de meil­leur. Heureux celui qui va au travail en courant.

Mais je crois que le travail n'a pas toujours cette connotation un peu mercenaire, vouloir simple­ment gagner sa vie, parce que dit le texte de la Ge­nèse, pour gagner sa vie pour gagner sa croûte, le pain ne tombe pas comme cela du ciel, il faut travailler pour le recevoir. Et il y a d'autres formes de travail qui suscitent l'enthousiasme aujourd'hui, par exemple, le bricolage. Quand on voit l'affluence qu'il y a dans les Leroy-Merlin Brico-Gîte, et les autres, quand on voit l'intérêt que beaucoup portent au bricolage, au jardinage, et dans les milieux associatifs, à s'engager, parfois, c'est presqu'un plein temps, les personnes ont leur travail à côté, et ils sont engagés dans des asso­ciations et c'est une autre plein temps.

On voit que le travail peut être pendant ces repos l'occasion d'un débordement de création, et même d'une sorte de gratuité. Le bricolage, le jardi­nage, la vie associative, ce serait le travail, mais du côté de la gratuité, du plaisir de travailler. Cela me parle du ciel, ce bricolage, parce qu'on se demande toujours ce que feront les élus au ciel. Est-ce qu'ils se croiseront les bras ? Est-ce qu'ils resteront simplement là à manger et boire, spirituellement, s'entend, à écouter de la musique, à faire de longues promena­des? Non, je crois qu'ils travailleront, amis je crois que ce sera un travail dégagé de toute sueur, de tout caractère pénible. On sera associé en fait au grand travail de Dieu. Quand saint Jean dit dans son évan­gile : "Mon Père opère, et moi j'opère aussi." Toute la Trinité travaille, et nous serons associés au ciel à ce grand travail, et comme saint Thérèse de Lisieux dit qu'elle passera son ciel à faire du bien sur la terre, c'est peut-être cela qu'elle veut dire, que le travail va continuer, mais un travail dégagé de la servitude et des conséquences du péché, un travail qui serait du côté du jaillissement, comme Dieu est jaillissement perpétuel, du côté de la création, comme Dieu est création permanente, du côté de l'invention, du côté non pas de l'exploitation, mais du côté de la fécondité, de faire jaillir en nous ce qu'il y a de meilleur, ce qu'on a essayé de traduire, tous nos efforts, pour par­venir à rendre cette terre plus habitable, plus agréable pour tous.

Je crois qu'au ciel, les élus travaillent. C'est la fête du travail en permanence. Et quand Claudel re­prend la phrase de sainte Thérèse de Lisieux : "Je passerai mon ciel à faire du bien sur la terre", Clau­del interroge sainte Thérèse et il dit : "pourquoi chère sœur, sur terre seulement ?" Je crois que les élus aussi travailleront au ciel, à faire du bien au ciel, ce sera une sorte d'émulation permanente des élus dans une sorte de conjonction très étroite avec toute l'œu­vre de Dieu qui est cette oeuvre incessante. Je crois qu'en cette fête du travail, nous demandons aussi à Dieu de goûter déjà à travers notre travail, de goûter déjà ce bonheur des élus, et de nous engager, de parti­ciper dans ces milieux professionnels, dans tout ce qu'il nous est demandé de faire, pour que cette terre parvienne aussi à croître et à embellir.

 

AMEN

 

 

 
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