AU FIL DES HOMELIES

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DE LA SERVITUDE A L'AMITIÉ

Col 1, 12-20 ; Jn 15, 9-17

Mercredi de la cinquième semaine après Pâques – C

(12 mai 2004)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

L

'amour, toujours l'amour ! Dans cet évangile de saint Jean, on pourrait poser la question qu'Edith Piaf chantait : "A quoi cela sert, l'amour ?"

Quand on connaît effectivement l'expérience humaine, l'amour fait souffrir, l'amour ne rend pas forcément heureux, à quoi cela sert-il l'amour ? Oui, posons cette question pour l'amour des hommes, mais là, il s'agit de l'amour de Dieu. Il y a une radicale nouveauté dans l'histoire du monde, dans l'histoire de Dieu avec les hommes, dans l'histoire du divin et de l'humain. Aucune autre religion, aucune autre foi, aucune autre croyance ne prétend, à plus forte raison si c'est un Dieu qui se révèle, aucune ne dit : Dieu est amour, et moins encore, Dieu qui définirait ce qu'il est en disant : Je suis amour !

Toutes les religions qui ont disparu nous montrent toujours des dieux qui ont besoin de servi­teurs ou d'esclaves. L'humanité, les hommes sont alors au service de la divinité. Si l'on sert bien le dieu, ou les dieux, alors, nous aurons son bienfait, sa pro­tection. Même pour les religions qui sont nées après, ce n'est pas forcément le principe de l'amour qui meut le désir de perfection ou de sainteté, aussi bien dans des religions de type asiatique, surtout si elles se transforment plus en sagesses qu'en religion, ni même dans l'islam. En revanche, voilà la véritable nouveauté de l'histoire du monde. Dieu en son Fils, dit : Je vous laisse une Parole, la parole de l'amour. Mais cette Parole de l'amour ce n'est pas une parole en l'air, dite vite fait, comme cela, c'est le "comme je vous ai ai­més", c'est dans l'acte même de mon amour, dans l'acte même de ce que je réalise pour vous. Les dieux aiment plutôt s'amuser avec les hommes, que de de­venir leur ami. Et Dieu déclare : "Je ne vous appelle plus serviteurs, mais amis". Ne me servez pas, ne soyez pas mes esclaves, ne soyez pas à ma traîne. Mais je veux que vous soyez mes amis.

Qu'est-ce à dire ? Je veux des hommes libres, je veux des hommes debout, je veux des hommes capables de relation, je n'ai pas besoin d'esclaves, j'ai besoin d'amis. J'ai besoin de cette relation. C'est pour­quoi, dans cet évangile, c'est si important : "aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés. Je vous laisse cette parole : aimez-vous les uns les au­tres". Et entre, qu'est-ce qui permet de vivre, d'être au tempo, d'être sur la même longueur d'ondes et au rythme de ce Dieu d'amour ? C'est qu'Il nous dit : "Je ne vous appelle plus serviteurs, je vous appelle amis". Pourquoi ? Parce que l'ami sait ce qu'est l'autre. "Tout ce que j'ai appris de mon Père, je vous l'ai fait connaître". Oui, cela change aussi l'ensemble de la manière dont on peut se situer dans la vie spirituelle. Nous ne sommes pas dans un rapport de bas en haut ou de haut en bas, comme vous voudrez, mais bien dans un rapport de face à face. Jésus dit : je vous ap­pelle amis, parce que je vous ai fait tout connaître, c'est-à-dire, comme à de vrais amis, je vous ai parlé, je vous ai entretenu, je vous ai dit. C'est Thérèse d'Avila qui disait que la prière était un "commerce d'amitié". Ce n'est pas simplement d'avoir cette dis­tance, de séparation lointaine avec un Dieu dont on finit toujours par s'adresser à Lui parce que quelque chose ne va pas, mais bien parce que notre Dieu n'a pas voulu être au-dessus de nous, que face à nous. Il n'a pas voulu garder un face à face en chien de faïence, mais Il a voulu entrer en colloque avec nous, en amitié.

Je crois que maintenant, on peut entendre cette phrase : "aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés". Jésus ne nous laisse pas d'autre parole, je vous laisse ce commandement, aimez-vous les uns les autres. L'homme peut l'entendre, et peut aimer ses semblables parce que c'est Dieu qui nous aime également ainsi.

 

 

AMEN

 

 
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