AU FIL DES HOMELIES

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JÉSUS, LE CHEMIN OUVERT VERS LE PÈRE

Rm 14, 7-9 ; Jn 14, 1-6

Mercredi de la cinquième semaine de Pâques – B

(17 mai 2006)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

J

e suis le chemin ". Frères et sœurs, quand nous lisons les différentes affirmations dans l’évangile de saint Jean, on se réfère toujours à une opinion assez communément répandue, c’est-à-dire Jésus, dans l’évangile de Jean aurait donné des affirmations qui commencent toujours par "Je suis". C’est-à-dire que cela reprend la parole de Dieu dans le Buisson Ardent, "Je suis qui je suis", c’est donc l’affirmation de la divinité, de la perfection, Quand il dit : "Je suis la porte des brebis, Je suis le bon pasteur, Je suis le Pain de vie, Je suis le chemin, Je suis la vérité, Je suis la lumière du monde", bref, toutes ces affirmations sont des thèmes qui ponctuent l’évangile de Jean et nous avons assez spontanément envie de les interpréter comme "Jésus a toutes les perfections". Cela ne veut pas dire seulement une lumière, mais Il est la lumière personnifiée, plénière, totale, Il n’est pas un pasteur, Il est le seul, l’unique, le pasteur véritable, et donc, tout le reste à côté ne tient pas la route, c’est le cas de le dire pour « Je suis le chemin ».

Donc, nous avons tendance à interpréter ces textes comme si Jésus se donnait des attributs divins. C’est vrai sans doute, mais c’est peut-être un peu plus subtil que cela. Chaque fois qu’on lit ces affirmations-là, il faut avoir présent à l’esprit que Jésus se définit par rapport à une tradition. Quand Il dit "Je suis la vigne", Il ne dit pas simplement comme ça, "Je suis la vigne" mais Il se définit par rapport à une tradition qui disait que la vigne, c’est Israël. Et donc, "Je suis la vigne", cela change la problématique. Quand Il dit "Je suis le chemin", Il se définit aussi par rapport à une image qu’on rencontre dans la tradition de l’Ancien Testament, et plus spécialement dans les Psaumes et dans le Deutéronome : c’est l’image du chemin et de la voie qui conduit à Dieu, et notamment ce fameux passage du Deutéronome : "Voici que je pose devant toi deux chemins, le chemin qui conduit à la mort et le chemin qui conduit à la vie". En réalité, quand Jésus dit "Je suis le chemin", cela fait allusion à la Loi comme chemin. Et donc, dans le cœur des disciples, dans le cœur des auditeurs, cette parole "Je suis le chemin", ne veut pas dire simplement : je suis la perfection, mais cela veut dire maintenant, j’assume le rôle pour vous tous de ce que la Loi voulait dire dans l’ancienne Alliance. Dans l’ancienne Alliance, la Loi voulait dire, c’est comme une route, un tracé, une boussole, un itinéraire qui vous est ouvert, maintenant, ce n’est plus simplement un texte de loi qui vous est proposé comme chemin, comme ouverture de votre histoire et de votre destinée, mais c’est moi. Tout ce que vous pouviez réaliser en suivant la Loi comme chemin, en suivant ce chemin qui vous est désigné comme chemin de la vie, par opposition au chemin de la mort, tout ce que vous pouviez vivre là comme le moyen de vous épanouir et de trouver la plénitude de votre être d’israélite, observant, réalisant bien les commandements, désormais, vous allez le trouver de manière nouvelle dans ma propre personne.

Ce que Jésus explique à ce moment-là, c’est qu’Il est lui-même ce qui ouvre l’histoire et la destinée de chacun d’entre nous dans sa liberté. De même que la Loi nous appelle chacun à répondre par notre liberté, de même quand Il dit "Je suis le chemin", cela veut dire : Je suis celui vous ouvre une destinée, une histoire à votre liberté. Cela change un peu la manière de voir les choses, car la plupart du temps quand on dit : je suis le chemin, on pense que je suis les directives qu’il faut suivre pour arriver au bon endroit. Mais c’est plus que cela. Ce n’est pas simplement une sorte d’ensemble de prescriptions et d’indications comme des poteaux, des bornes Michelin sur le bord de la route, des panneaux indicateurs, mais c’est véritablement qu’il est le chemin qui ouvre notre liberté à cette dimension nouvelle de notre histoire et de notre rencontre avec Dieu.

C’est pour cette raison qu’Il dit cela après nous avoir dit qu’Il va nous préparer la demeure. Et la demeure, c’est évidemment le Père, c’est le sein du Père, c’est cela la demeure. Quand Il dit "Je vais vous préparer la demeure", c’est-à-dire, en retrouvant ma place dans le sein du Père, je vais faire que ma place sera également la vôtre. C’est tout cela qui est contenu dans ce petit texte qui est évidemment un condensé assez fort de ce que Jésus va être et va accomplir pour nous. Il fait que désormais la maison où nous habitons, c’est le cœur du Père, le sein du Père, comme celui dont il est parlé dans le premier chapitre de l’évangile de Jean, et pour accéder à cette maison, le chemin qui accède à cette maison le chemin qui nous ouvre fondamentalement à l’habitation dans le cœur et dans le sein du Père, c’est Jésus lui-même.

Frères et sœurs, je crois que ce que saint jean veut nous faire comprendre à ce moment-là, c’est que notre relation avec Jésus n’est pas uniquement une relation d’obéissance et disciplinaire en appliquant des consignes, mais c’est en vivant dans cette convivialité absolue de notre liberté avec l’avenir qu’Il nous ouvre, c’est là que nous trouvons notre véritable vocation, notre épanouissement. Donc, quand Il dit : "Je suis le chemin", bien sûr Il est le chemin parfait pour lui-même, mais il est surtout le chemin parfait pour nous, parce que c’est lui qui ouvre véritablement la maison du Père, pour que nous y trouvions le véritable repos et le véritable achèvement de notre histoire et de notre destinée humaine.

 

AMEN

 

 

 
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