AU FIL DES HOMELIES

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LA CATHOLICITÉ

Col 1, 12-20 ; Jn 14,n 23-29

Mercredi de la cinquième semaine de Pâques – B

(9 mai 2012)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Louez Dieu par des hymnes et des cantiques ! (Stalles - Besse)

F

rères et sœurs, la première lecture nous la chantons le mercredi soir à Vêpres. Dans le Nouveau Testament, de temps à autre, les auteurs, en l'occurrence, l'auteur de l'épître aux Colossiens qui est peut-être saint Paul, mais cette épître a été retouchée par la suite, l'auteur a introduit une hymne, un chant de louange qui est parfaitement repérable. Cela fait un ensemble versifié très clair, et ce petit poème est sans doute très ancien parce que toute cette poésie chrétienne dont on n'a pas beaucoup de restes, a été le résultat d'une création de poètes locaux qui ont créé des hymnes et des cantiques pour la célébration. On chantait de temps en temps des psaumes, il y avait aussi des lectures de l'Ancien Testament, et certaines personnes étaient reconnues comme inspirées par l'Esprit pour formuler des textes de cantiques que reprenait toute l'assemblée.

Or celui-là est particulièrement intéressant car on pourrait dire que le titre de ce cantique c'est la récapitulation. Que veut dire récapituler ? il y a le mot "caput", qui veut dire tête, chef, et c'est le fait se ramener tout sous la tête, rattacher tout à la tête. Cela correspond à la conception que l'on a à l'époque du fonctionnement de l'individu humain, c'est à partir de la tête que se coordonne tout le fonctionnement du corps. On ne sait pas encore comment fonctionne le système nerveux, mais on a déjà le sentiment que la tête est ce qui ordonne, comme un général qui commande un ensemble de soldats, et cette tête peut commander parce que tout le monde est relié à lui. Les premiers chrétiens ont compris le Christ comme tête. Ils l'ont compris très tôt, ils l'ont chanté, ils ont fait cette hymne que nous avons entendu tout à l'heure, ils ont compris que lorsqu'on entrait dans l'Église, on était réellement attachés comme membres à la tête pour former le corps du Christ. Le Christ, quand il est ressuscité, devient la tête capable d'attacher à elle-même tous ceux et celles qui croient en lui.

C'est ainsi que se constitue le corps de l'Église. C'est une vision très réaliste de l'Église qui est l'ensemble innombrable de cellules qui sont petit à petit coordonnées les unes aux autres par la puissance de la tête qui est ressuscitée. Comme la tête fait circuler son propre influx nerveux son propre pouvoir de commandement à travers tout le corps, de la même manière, l'Église est comme irriguée par l'influx nerveux de la tête qui est le Christ, qui est la puissance de vie et de résurrection. D'où l'importance des sacrements car dans cette conception-là, les sacrements ne sont pas simplement des rites que l'on fait pour que les choses marchent, mais c'est le système nerveux du corps qui est l'Église. C'est l'innervation interne qui transmet la vie et la grâce. C'est quelque chose qui a vraiment obsédé la pensée des premiers hymnographes, il fallait souligner que si une communauté existait, elle ne pouvait exister que liée organiquement à celui qui était la tête. Même si on était à Corinthe, à Éphèse, on était rattaché au Christ.

C'est une chose intéressante pour la notion de "catholicisme". Quand on pense catholicisme, on pense universalité, c'est le monde entier. Ce n'est pas tout à fait cela. Bien sûr, c'est le monde entier par destination, mais c'est catholique d'abord par origine. Est catholique ce qui est innervé, consciemment ou inconsciemment, par le Christ. Quand on dit "je crois en l'Eglise catholique", cela ne se comprend pas uniquement du point de vue de l'universalité, c'est un avis un peu discutable, mais c'est la capacité d'être assumé partout par le Christ. La catholicité, c'est littéralement de l'influx nerveux. C'est ce qui vient du Christ tête, ressuscité qui communique sa vie au corps tout entier.

C'est pour cela que ce texte est si beau et que je vous invite à le reprendre chaque fois que nous le chantons à Vêpres, parce que cela nous remet au centre même de notre condition ecclésiale. Apparemment on parle du Christ, mais on parle de l'Église en tant qu'elle ne peut exister que comme des membres ne peuvent exister que rattachés à la tête.

Que Dieu nous aide à mieux percevoir la nature profonde de l'Eglise qui n'est pas simplement une fraternité ou une association d'adhérents à une doctrine, mais elle est véritablement ce corps vivant, irrigué par la présence du Christ ressuscité, par la puissance de sa vie éternelle répandue aujourd'hui par le baptême dans le cœur des humains.

 

AMEN

 

 

 

 

 

 

 
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