AU FIL DES HOMELIES

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TRESSAILLEZ DE JOIE

1 P 1, 3-8 ; Jn 16, 16-22
Samedi 30 avril 2016
Homélie du frère Daniel Bourgeois

 

Frères et Sœurs, je ne sais pas si vous avez été frappés par un des versets du nouveau testament les plus touchants, au sens de l’émotivité, que nous avons entendu tout à l’heure, dans cette lettre de saint Pierre. Il s’adresse à une communauté, peut-être celle de Rome, nous ne savons pas exactement, et il leur dit cette chose qui ne peut venir que du cœur : « Sans l’avoir vu, vous l’aimez, et vous tressaillez de joie ». Évidemment lorsque nous entendons cela, nous considérons que c’est une sorte de texte canonique qui consiste à encourager les gens à croire. Mais en réalité, le contexte de cette formule est tout à fait étonnant. Il s’agit de quelqu’un qui a été témoin de la présence du Christ. Pierre a été l’un des témoins privilégié de tous les grands événements de la vie du Christ. Il l’a connu, il l’a fréquenté, il sait ce que c’est que de vivre avec Jésus, en arpentant les chemins de Galilée, en montant en pèlerinage à Jérusalem, en le suivant même dans des circonstances difficiles. Et il sait aussi ce que c’est de ne pas le reconnaître, de le trahir. Et au moment où il écrit à cette communauté, il s’émerveille de ce que ces gens, à qui il s’adresse, qui n’ont jamais connu le Christ selon la chair, qui n’ont jamais été en Galilée ni en Palestine. Ils n’ont même pas fait de pèlerinage, à cette époque-là, ça ne se faisait pas. Par conséquent, ils n’ont aucune notion spatiale, temporelle, liée à notre histoire et liée à l’histoire de Jésus quand il était parmi nous. Cependant, quand ils entendent la parole de Dieu, même s’ils ne l’ont pas vu, ils aiment le Christ. Pour la première génération chrétienne, ça a dû être un choc de se rendre compte que quand le simple fait d’annoncer l’évangile, le Christ mort et ressuscité, suscite un amour et un tressaillement de joie chez les auditeurs.

 

 

Nous sommes vingt, trente ou quarante ans maximum après la mort de Jésus, mais l’effet est déjà là. Les premières communautés chrétiennes, les premiers témoins, les porteurs de la bonne nouvelle savaient très bien qu’eux mêmes avaient déjà eu du mal à croire, ils se doutaient donc que ça ne serait pas facile de convaincre les autres. Et tout à coup, ils constataient que malgré la faiblesse de leurs paroles, de leur témoignage, les auditeurs croyaient, aimaient et tressaillaient de joie.

 

C’est là le miracle de l’Eglise et on peut exactement l’appliquer actuellement. Aujourd’hui, sans l’avoir vu, vous l’aimez et votre cœur tressaille de joie. Cette mystérieuse présence fait que lorsque vous entendez parler de l’évangile, vous reconnaissez quelque chose du Christ, sans l’avoir jamais vu, ni touché, ni accompagné, ni avoir marché avec lui. Et cependant, la présence se réalise. C’est sans doute une des premières appréhensions du mystère de l’Eglise. Vous voyez, nous nous sommes tellement habitués à l’administration, surtout en France, que nous concevons que l’Eglise a dû s’organiser. Alors quand on veut faire des cours sur l’histoire de l’Eglise, on parle de la primauté de Pierre, de savoir s’il a siégé à Rome ou à Antioche, toutes choses qui au fond ne devait pas avoir une importance si décisive et si capitale que nous lui attribuons aujourd’hui. Par conséquent, en fait, nous sommes là devant le véritable mystère de l’Eglise, c’est-à-dire Comment se fait-il que quand on annonce le Christ, quand on annonce l’évangile, ceux qui l’écoutent peuvent encore aujourd’hui, comme dans les années 70 ou 80, être encore touchés par cette parole et en tressaillir de joie ?.

 

Frères et sœurs, cela nous donne une véritable appréhension de ce qu’est le mystère de l’Eglise. Ce n’est pas simplement ce qui est dit d’elle par des formules dogmatiques, par des principes, par des règles de conduite, la naissance même du mystère de l’Eglise en nous, dans nos communautés est d’abord ce sentiment de reconnaissance que ce que nous éprouvons comme attachement au Christ ne peut pas venir uniquement de la parole de ceux qui l’annoncent, ne peut pas venir uniquement de la structuration des communautés. Il y a quelque chose de plus profond. Et c’est ce témoignage. Au fur et à mesure que les choses se préciseront, on dira que c’est le travail de l’Esprit Saint qui suscite l’Eglise au moment même où les messagers de la parole la proclament à des hommes. Et ça, évidemment, c’est déjà une sorte de raisonnement au second degré. Mais ce qui reste, le véritable miracle de l’Eglise, encore aujourd’hui, c’est qu’avant même toute réflexion, toute organisation, toute construction, il y a quelque chose en nous qui tressaille de joie, à cause de la présence qu’éveille en nous cette parole et la puissance de l’esprit.

 
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