AU FIL DES HOMELIES

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LA JOIE DANS L'ÉVANGILE

1 Th 5, 16-24 ; Jn 16, 106???-22

(19 mai 1990)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

Dans le secret du coeur

S

i l'on en croit l'épître aux Thessaloniciens ou l'évangile de saint Jean que nous venons d'entendre, la joie semble être le fruit d'une alchimie assez particulière dans laquelle les différents éléments qui la composent seraient, entre autres, la tristesse ou la peine de ce monde. Mais la joie que nous avons à recevoir et que nul ne pourra nous enlever est le fruit de cette alchimie secrète qui serait le résultat d'un long travail que Dieu opère, à l'intérieur de nous où Il change, transforme, oriente.

Un écrivain anglais nommait cette joie "la secrète agitation du cœur." Il s'étonnait que dans l'évangile on parle rarement de la joie du Christ. Mais ce n'est pas parce qu'on en parle rarement qu'il n'y a pas eu de joie sur le visage de Dieu. Les choses sont parfois si nettes et si évidentes qu'on les laisse un peu sous silence parce qu'elles doivent être comprises somme en silence. C'est pour cela que cet auteur appelle cette joie du chrétien, donc cette joie du Christ, comme un secret que l'on ne peut pas tellement énoncer ou proclamer, mais qui devrait se faire comprendre un peu de soi, par complicité.

Il est vrai en faisant l'expérience régulièrement, lorsque nous revenons à l'eucharistie, à midi, chargés que nous sommes de nos intentions, ayant pris conscience souvent de notre infidélité ou de notre superficialité qui a précédé cette eucharistie et qui, hélas la suivra, quand nous nous asseyons de nouveau dans l'église, que nous prenons le temps d'apaiser notre cœur et de le mettre en harmonie avec celui de Dieu afin de pouvoir le recevoir, un des premiers éléments qui peut nous étonner c'est que Dieu est fidèle, Dieu est fidèle. Et si nous sommes nous, quelque peu errants, voire parfois même indifférents par rapport à ce que Dieu donne en chaque instant, en revenant vers Lui, nous sommes de nouveau apaisés parce que Dieu est resté fidèle. Lui, Il n'a pas bougé. L'eucharistie sera là, Il sera vraiment là. Rien ne se modifie. Alors nous revenons et nous avons à apprendre à revenir.

L'autre expérience c'est que nous avons souvent le sentiment que notre vie se déroule, s'écoule un peu comme une sorte d'hémorragie. Qui recueillera tout ce que j'ai vécu ? en bien ou en mal ? Qui en fera la somme totale ? Qui en tiendra non pas un compte de plus et de moins, mais tiendra compte de ce que j'ai essayé de vivre ? en fera une somme pour lui donner un sens, pour lui donner un but ? C'est aussi dans ce retour au Seigneur, en ayant pris conscience qu'Il est fidèle que ma vie, même superficielle ou indifférente, prend "sous son regard" un véritable sens et que rien n'échappe à cette volonté d'étreinte de Dieu. Aucune de mes peines, aucune de mes charges, aucun de mes péchés, aucune même de mes superficialités ou indifférences, ne sera laissé de côté. Tout cela sera pris en compte, comme enserré plus largement dans son dessein. Il suffit simplement que je les dépose, que je m'en décharge en son amour, que je les laisse prendre par sa miséricorde.

Le chrétien est celui qui sait ou qui découvre ce secret du monde. S'il est responsable de ce qu'il commet en mal, il n'est pas responsable de le porter. S'il est chargé par les peines, un autre les porte avec lui et en lui. Si nous mettons un signe de croix au début de l'eucharistie, si nous plantons la croix au cœur de l'eucharistie, c'est parce qu'elle nous dit incessamment : ton péché, ta faiblesse, ta blessure, je l'ai déjà prise en compte, je la porte pour toi. Le chrétien est celui qui, tout en sachant qu'il peut être chargé, abîmé, détruit, broyé par la vie, cette destruction ne pourra aller à son terme, ne pourra aller à mal, car quelqu'un l'arrête à temps et transforme toutes ces choses négatives en apparence, par une alchimie secrète, en semence de résurrection, à cause de sa fidélité.

C'est ainsi que notre âme, avec ses multiples couleurs, ses sentiments variés, imprévisibles et changeants, se transforme, doucement, jour après jour, en une pierre de joie, en une pierre d'attente, en une pierre de grâce sur laquelle le Seigneur fait couler lentement toute sa propre confiance, sa joie de retrouver l'homme et nous fait devenir progressivement un homme de Dieu, une femme de Dieu remplie de Lui mais non liée par ce que Dieu fait en nous, confiants en son amour plus fort que tous nos doutes. En ce moment où Dieu veut revenir et réaffirmer sa fidélité, restons dans la joie comme le dit saint Paul. Soyons dans l'allégresse, prions sans cesse car Lui est fidèle et tout ce qu'Il fait est signe de cette fidélité permanente sur terre pour chacun de nous.

 

AMEN

 

 
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