AU FIL DES HOMELIES

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PIERRE M'AIMES-TU ?

1 Tm 1,15-17 et 3,16 ; Jn 21,15-19

Samedi de la cinquième semaine de Pâques – B

(27 mai 2000)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, cette fin du chapitre vingt et unième et dernier de l'évangile de saint Jean est un peu le testament de Jésus. Nous sommes au terme de l'évangile, au moment où le Christ va quitter ses disciples, même si Jean ne nous raconte pas l'Ascension comme un fait visible, ainsi que le fait saint Luc dans son évangile ou dans les Actes des Apôtres, ce sont en quelque sorte les dernières paroles de Jésus, aujourd'hui à Pierre, et lundi au sujet de Jean. Ce testament que Jésus donne à Pierre est de deux ordres. Il y a d'abord ce que Jésus confie à Pierre comme personne, comme son disciple, "Suis-moi", et la manière dont Pierre suivra le Christ, lui qui n'a pas su le confesser au moment de la Passion, lui qui l'a renié par trois fois, la manière dont Pierre suivra le Christ c'est le martyre. L'évangile nous dit que les paroles de Jésus : "Tu mettais toi-même ta ceinture quand tu étais jeune, et tu allais où tu voulais, mais vient un jour où quelqu'un d'autre te mettra ta cein­ture et te conduira où tu ne veux pas", l'évangéliste nous dit que ces paroles signifient le genre de mort par lequel Pierre glorifierait Dieu. Suivre Jésus pour Pierre, malgré sa faiblesse humaine, sa lâcheté, mal­gré son reniement, ce sera de suivre Jésus jusqu'à la mort, jusqu'au martyre et au-delà de la mort. C'est le testament personnel de Jésus à Pierre, même si Pierre n'est pas le seul à avoir glorifié Dieu par le martyre, mais il apparaît ici comme le prototype du disciple, celui qui suit Jésus, le prototype du martyr par excel­lence.

Mais il y a un autre héritage que Jésus confie à Pierre non plus simplement comme personne, mais cette fois selon la fonction qu'il représente, celui du premier des Apôtres, du chef du collège apostolique, et cette fonction c'est d'être le pasteur de l'Église. C'est cela que Jésus transmet comme l'ultime testa­ment au moment où il va quitter ses disciples : "Sois le pasteur de mes brebis, de mes agneaux, de mon troupeau". Et comme le premier héritage celui du martyre, ce deuxième héritage, celui de la fonction, par laquelle Pierre va guider l'Église, la mener paître, comme le premier héritage, ici aussi se fonde sur la faiblesse de Pierre, sur sa fragilité, sur son triple re­niement. Car ce n'est pas au hasard que Jésus de­mande trois fois à Pierre : "Pierre m'aimes-tu" ? Pierre a trébuché dans son amour par trois fois en reniant Jésus, et il faut qu'il retrouve par la grâce de Jésus cet amour sur lequel il n'avait pas su se fonder, cet amour qu'il avait laissé échapper, cet amour qui faute d'être vécu pleinement par Pierre l'avait fait tré­bucher, par trois fois il retrouve cet amour, cet amour dans le pardon et la miséricorde, et c'est en fonction de cette expérience que Jésus lui dit : " Sois le pasteur de mes agneaux, de mes brebis, de mon troupeau".

Ainsi au moment où Jésus quitte ce monde, pour retourner au Père, au moment où Jésus quitte ses disciples et en particulier Pierre, conscient de la fra­gilité et de la faiblesse de Pierre et l'invitant à être lui-même conscient de cette fragilité et de cette faiblesse, Il lui donne d'une part de le suivre, et ce jusqu'à l'hé­roïsme du martyre, et d'autre part d'être celui qui guide l'Église, lui qui sait par expérience qu'il n'est pas capable de se guider lui-même.

Ce double héritage, en filigrane porte comme une évidence la priorité de l'Alliance. Si Pierre, si faible, si fragile, peut aller jusqu'au martyre, si Pierre, si pécheur, si pauvre, peut être le pasteur de l'Église, ce n'est pas en vertu de ce qu'il est, mais en vertu de ce que Jésus lui donne, par sa grâce, cette force qui se déploie dans la faiblesse.

 

 

AMEN

 

 
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