AU FIL DES HOMELIES

Photos

LES QUALITÉS DU VRAI BERGER

1 Tm 1, 15-17 et 3, 16 ; Jn 21, 20-25

Samedi de la cinquième semaine de Pâques – A

(28 mai 2011)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

Vive la liberté … surveillée !

F

rères et sœurs, vous avez entendu cet évangile et une fois encore, cette figure de Pierre à la fois extrêmement zélé et en même temps, toujours au bord de dire une bêtise. Extrêmement zélé, parce que l'épisode qui précède ce que nous venons d'écouter, c'est le moment où le Christ lui confirme toute son entière confiance, malgré sa trahison, et il lui dit par trois fois : "Paix mes brebis".

Jésus lui a donné à paître le troupeau et bien sûr, il n'attend pas qu'il y ait une date liturgique précise pour y aller, et il le fait à l'instant "T". Et l'instant "T" plus un, c'est Jean qui lui, suit de loin. Evidemment, tout de suite, le côté berger de Pierre ressurgit, et il veut savoir ce qu'il en est de Jean. Que va-t-il devenir ? Pierre a la charge de tout le monde, et il s'interroge sur l'avenir de Jean.

Voilà qu'au moment même où Pierre veut exercer sa charge de berger, il reçoit comme en retour, comme un coup de crosse du berger qui est Jésus : "Ne va aussi loin". L'exercice du ministère que je t'ai confié ne consiste pas à tracer au GPS les moindres faits et mouvements de ceux qui te sont confiés. Il y a dans la charge que je t'ai confié, deux exercices, et peut-être que le deuxième est plus difficile que le premier. Le premier est certes une charge d'autorité, de faire paître, de faire grandir, de nourrir, mais le deuxième exercice est plus délicat car il s'agit de préserver la liberté de chacune des brebis. Il te faut à la fois les conduire, mais sans jamais exercer une quelconque violence, sans jamais les obliger à quoi que ce soit.

Je crois que la meilleure image, c'est celle du berger, le vrai berger. Nous avons l'habitude de croire que les bergers sont devant leur troupeau et qu'ils les mènent avec un pas cadencé, or, mon expérience en Palestine, m'a démontré que le berger se positionne toujours derrière son troupeau. Il laisse une certaine liberté au troupeau, il sait à peu près vers où il veut aller, dans quel champ il veut les mener, les brebis avancent, elles vont un peu à droite, un peu à gauche, le berger prend un petit caillou, il vise, et elles reviennent dans le troupeau. Le berger qui se met à l'arrière du troupeau réussit vraiment les deux exercices, à la fois de conduire, et en même temps de laisser une grande liberté à chacune des brebis. C'était une réflexion par rapport au ministère de Pierre, de l'évêque de Rome.

Maintenant, je vous livre une réflexion qui s'adresse plus particulièrement à nous. Je crois qu'il est aussi question ici pour tout chrétien, du problème de la curiosité et du problème de la jalousie. La curiosité parce que nous voulons toujours tout savoir des autres, et malheureusement aussi quelquefois cette curiosité conduit à une certaine jalousie. On peut le voir à travers cet épisode de cet évangile. Pierre peut se dire : tu m'as confié ce ministère, mais il y a peut-être quelque chose que tu ne m'aurais pas confié mais que tu aurais confié à Jean ? Et pourquoi ? C'est souvent notre problème car nous avons tendance à essayer de réfléchir notre relation à Dieu par les relations que nous avons les uns avec les autres. Si un tel ou un tel peut se permettre cela, pourquoi pas moi aussi ? et si un tel a reçu tel ministère ou telle chose, pourquoi pas moi ?

Or, ce qui est important, c'est que Jésus remet les pendules à l'heure, il rappelle à Pierre que la relation qui fait grandir, c'est la relation d'autorité. La plus importante, c'est celle du chrétien avec Dieu et pas les relations bilatérales, les uns avec les autres entre nous qui aboutissent bien souvent à des scènes de jalousie. Ce qui nous intéresse, c'est Dieu et bien sûr nos frères et nos sœurs par la suite. Ce qui doit nous guider, c'est avant tout notre relation avec Dieu.

Frères et sœurs, que cette finale de l'évangile de Jean soit pour nous l'occasion de méditer à la fois sur le ministère de saint Pierre, et ensuite sur la manière dont nous envisageons notre relation avec Dieu, et aussi la manière dont avons tendance à juger trop rapidement telle ou telle personne. Or, ce qui importe à Dieu, c'est que chaque personne le suive dans la liberté et dans la vie qui est propre à chacune des brebis.

 

AMEN

 

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public