AU FIL DES HOMELIES

Photos

LA FOI N'EST PAS FACILE

1 Tm 1, 15-17 et 3, 16 ; Jn 16, 22-33

Samedi de la cinquième semaine de Pâques – B

(12 mai 2012)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Rien n'est facile !

F

rères et sœurs, quelques mots sur ce qu'on pourrait appeler un petit jeu de scène à la fin de ce passage de l'évangile de Jean qu'on appelle généralement le discours après la Cène. C'est la fin du chapitre seizième, Jésus a donné son testament et juste après on va le voir au chapitre suivant s'isoler et prier seul. Ici, ce dernier passage a une sorte de petite mise en scène théâtrale.

Premier temps, Jésus explique qu'il s'en va mais qu'ils ne doivent pas être tristes parce que désormais il va les introduire dans une intimité telle entre lui et son Père qu'ils comprendront tout. Deuxième temps, il leur dit : vous comprendrez tout mais ce ne sera pas si facile que cela. Troisième temps, les disciples interviennent et c'est souvent comme ça dans ce discours, ils disent : maintenant, tu parles clair, on a tout compris, tu ne parles plus en figures, en symboles, tu nous dis ouvertement que tu nous donneras tout ce que nous demanderons, on n'aura même pas besoin de le demander au Père, donc tout ira bien. Et Jésus leur dit, dernier point de chute : vous croyez cela ? en réalité, vous présumez ! Vous présumez de vous-même, vous présumez de votre compréhension du mystère, ce sera beaucoup plus difficile, et vous me livrerez et vous m'abandonnerez.

Dernier mot très important : après avoir annoncé l'abandon des disciples, "mais gardez courage, j'ai vaincu le monde". On pourrait dire que ce petit passage est une sorte de douche écossaise. Dans cette discussion où les protagonistes sont dans une situation très tendue, Jean décrit le statut des croyant après la résurrection. C'est vrai que lorsqu'on dit que Jésus est ressuscité, on ne parle plus en figures. On affirme la réalité ultime du salut. Mais est-ce pour autant que l'on peut se prévaloir de notre foi comme si nous en étions les maîtres et comme si nous comprenions tout. La condition dans laquelle on va vivre notre foi au ressuscité sera soumise à tous les aléas de l'existence humaine : nous n'avons pas à faire les malins, nous sommes effectivement les témoins de quelque chose qui ne s'est pas passé en figures mais qui s'est passé réellement, et cependant nous n'en sommes pas les maîtres, car nous pouvons à tout moment abandonner le Seigneur et le trahir. C'est cela que Jésus veut bien faire comprendre à ses disciples au moment où il va les quitter. Il ne faut pas qu'ils présument de leurs forces, de leur foi.

C'est vrai que la foi est un atout infiniment précieux dans la vie de chacun d'entre nous, mais nous n'en tenons pas les cartes en main. Et c'est pour cela que Jésus ajoute à la fin du discours : "vous allez me lâcher, mais courage, j'ai vaincu le monde". La solidité et la stabilité de notre foi n'est pas de notre côté, elle n'est pas du côté de la décision de notre volonté comme si nous pouvions régler définitivement le problème de la foi dans notre vie et dans notre cœur, elle est toujours de l'autre côté, elle est du côté de la grâce et du don.

Frères et sœurs, à travers cette petite analyse que Jésus fait de la foi des disciples, leur montrant à la foi qu'ils sont ouverts à cette connaissance plénière mais que ce n'est pas simple, à certains moments, malgré tout ce qu'il leur aura dit, ils pourront retomber, cela nous enseigne. Nous aussi, nous ne pouvons pas jouer avec notre foi comme si c'était un joker dans risque et sans danger. En fait, être croyant, consiste aussi à mesurer les limites de notre volonté, de notre liberté, à mesure la fragilité de notre relation avec le Christ vu de notre côté, mais aussi à nous souvenir toujours : "Courage, j'ai vaincu le monde".

 

AMEN

 

 

 

 

 

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public