AU FIL DES HOMELIES

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LE CHRIST MAÎTRE DE LA CRÉATION 

Col 1, 12-20 ; Jn 15, 18-25

(6 mai 1994)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

Tout a été fait par Lui

L

 

e passage de l'épître aux Colossiens est tiré d'une hymne chrétienne ancienne que nous chantons régulièrement à vêpres. Cette hymne est constituée de deux parties. La première proclame le Seigneur "Maître de la Création". A l'origine de cette création c'est la figure de Jésus préexistant, avant même le début et la fondation du monde. Il est "de toute éternité" et c'est par Lui que la création a été faite. La deuxième partie de cette hymne nous montre le Christ Sauveur. C'est ce même Jésus qui est depuis l'origine qui œuvre dans le monde pour le sauver. Et c'est dans ce monde que s'accomplit la Rédemption. C'est pourquoi, au cœur même de ce monde, pour l'Église dont les chrétiens font partie, Il est la tête du corps.

Dans cette hymne, ces deux parties s'interpénètrent puisque la création doit être le lieu de la Rédemption et que la Rédemption existe depuis le début. C'est un dessein de salut, une volonté de Dieu que d'être prêtre de la création, près des hommes, proche de tous ceux qui veulent le suivre, mais aussi de tous ceux qui s'éloignent, afin que s'exerce en eux un principe de communion. C'est pourquoi cette hymne est importante. Dans l'histoire de l'Église, notamment dans les premiers siècles, on a eu parfois tendance à opposer la divinité du Christ à son humanité, on a pu parfois proclamer que le Christ était inférieur au Père et qu'Il avait été créé au moment même de son Incarnation, et bien d'autres manières de penser qui, toutes, diminuaient l'œuvre du Christ ou sa nature réelle, l'Image du Père invisible.

Or la réflexion de cette hymne s'enracine dans l'évènement de la croix qui nous fait participer pleinement à la divinité de Celui qui accepte de souffrir et de mourir alors qu'Il est Dieu, Lui source de vie, Lui éternité, Lui incorruptible. C'est pourquoi le bienfait et l'image du Christ, parfaite image du Père, est désormais accompli dans la création pour que l'homme, créé à l'image de Dieu, soit réellement image de Dieu, parce que le Christ Lui-même s'est incarné, a souffert, est mort et que sa Rédemption, sa Résurrection agissent dans notre monde. Nous atteignons à la plénitude de la divinité par la corporéité du Christ qui nous fait entrer dans la vie divine.

Il faut considérer ainsi que c'est bien tout l'univers qui est appelé à cette rédemption. C'est bien toute la création qui devient l'écrin de la Résurrection. Ainsi ce monde est voulu bon, est voulu beau par le Père et cette beauté est l'œuvre du Fils cette image du Père qui agit dans nos corps et dans nos âmes. Il serait dangereux de séparer ces deux principes, de penser à une sorte de dichotomie qui entraînerait une confusion ou une division dans le principe réel de la création et dans le principe tout aussi réel de la divinité de Dieu qui veut agir en nous.

C'est pourquoi la réalité sacramentelle elle-même réagit et s'enracine dans le même principe. Chaque sacrement utilise des signes, la réalité de ce monde, le caractère matériel ou créationnel, pour que se réalise l'œuvre de rédemption de Dieu qui veut communier parfaitement à notre humanité et nous conduire ainsi à la splendeur de sa divinité. Il nous faut donc toujours tenir des deux bouts de la chaîne ce qui est parfois difficile car si nous ne réagissons pas ainsi, nous rendrons vaine cette Rédemption du Christ.

En définitive, si Jésus a pris la peine de s'incarner, s'Il a fait les frais de la souffrance et de la mort, s'Il a été jusqu'à vouloir que son corps soit le lieu de la Résurrection, c'est bien pour signifier cette résurrection de notre chair, de notre corps, c'est bien pour dire jusqu'à quel point Il aime la création et que cette création est bonne et belle, Il est allé jusqu'à dire combien l'homme était capable de Dieu.

AMEN

 

 

 
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