AU FIL DES HOMELIES

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AMOUR, COMMANDEMENT, JOIE

Ph 3, 174-21; Jn 15, 9-17

(9 mai 1980)

Homélie de Serge JAUNET

P

 

eut-être vous faites-vous intérieurement la même réflexion que je me fais devant une page si belle de l'évangile selon saint Jean, qui nous rapporte ces dernières paroles du Seigneur avant sa Passion. Mieux vaudrait sans doute se taire, méditer en silence, prendre le saint évangile et s'asseoir dans un coin sombre d'une église ou dans la nature de ce printemps et relire, relire sans cesse ces paroles du Seigneur Jésus, son testament, pour peut-être, au bout de quelque temps, un temps lointain sans doute, commencer à comprendre, à saisir ce que le Christ a dit ce soir-là et qu'il nous redit par son Église aujourd'hui. Malgré ces réflexions, arrêtons-nous quelques instants à ces versets, arrêtons-nous à trois mots qui reviennent dans ces quelques phrases de Jésus : amour, commandement et joie.

Dans ces neuf versets, onze fois revient le mot "amour" ou le verbe aimer. Jésus, avant d'entrer dans sa passion, avant de mourir et de ressusciter, n'a que ce mot amour à la bouche. Il n'a que cette réalité dans le cœur. Car c'est bien l'amour, et l'amour seul qui le conduit là où il va. C'est le fils de Dieu, le fils du Dieu amour qui est lui-même amour.

Le mot "commandement" ou le verbe commander revient cinq fois. Et c'est là pour nous un peu un paradoxe. Nous qui sommes tellement pétris, consciemment ou inconsciemment de sciences humaines et de pédagogie qui en découle nous savons que, ce qu'il faut surtout éviter dans toute éducation, dans toute vie, c'est de commander, c'est d'ordonner. C'est du moins ce que notre monde dit et redit aujourd'hui. Pourtant le Seigneur nous commande d'aimer. Et c'est vrai aussi que l'amour, du moins ce que nous croyons en vivre, est la réalité de cette vie qui s'impose le moins, celle qu'on ne commande pas. On ne commande pas d'aimer. On aime spontanément. L'amour n'est pas une loi, semble-t-il. Et pourtant le Christ Jésus, et nous recevons sa parole car elle est vérité, nous commande, nous ordonne, nous donne un commandement, même s'il est nouveau, nous donne une loi qui est d'aimer. Et c'est là que nous touchons ce péché qui nous habite, car vous le savez, nous sommes des êtres faits pour l'amour, nous sommes des êtres faits à l'image et à la ressemblance de ce Dieu qui est amour, et ce qui est le plus difficile à réaliser, vous le savez comme moi, c'est l'amour. Alors que nous sommes faits d'abord pour vivre cela, c'est cela le plus difficile.

Et c'est là que le péché nous touche le plus. Le malin, celui qui a conduit la création et les hommes dans la séparation d'avec Dieu, savait bien où était l'important de nos vies, savait bien où il fallait nous attaquer et c'est d'abord là qu'il nous a blessés, c'est d'abord là qu'il a mis son venin, dans cet amour, dans nos cœurs. Et ce qui est le plus beau dans l'homme, l'amour est ce qui est le plus blessé, ce qui renferme souvent le plus de péché. Là nous touchons du doigt la blessure. Là nous touchons du doigt notre péché. C'est pour cela que le Seigneur nous commande d'aimer. Il nous ordonne d'aimer et d'aimer toujours.

Le troisième mot "joie" n'apparaît que deux fois, mais il apparaît d'une manière forte. Si le Seigneur nous commande d'aimer, c'est pour que sa joie soit en nous et pour que notre joie soit complète. Vous le savez bien, le peu d'expérience que nous avons de l'amour, de l'amitié, sur cette terre est en même temps une expérience de joie qui nous habite et qui dilate notre cœur. Ce que le Seigneur veut pour nous en nous demandant d'aimer, en mettant en nous son amour, c'est une joie, une joie complète que nul ne pourra nous ravir. Dans un monde où la joie, où le bonheur est suspect, car il est suspect d'être joyeux, il est suspect d'être heureux, le Seigneur nous redit d'aimer pour que notre joie soit complète.

Vous avez vu quelquefois cette joie sur le visage d'êtres consumés par l'amour de Dieu, consumés par l'amour de leurs frères, une mère Térésa de Calcula, ou telle contemplative rencontrée sur notre route. Vous avez pu lire cette joie qui ne trompe pas, qui est bien autre que cette joie que peut nous offrir notre monde.

Nous allons participer au sacrifice eucharistique du Christ. C'est là plus que tout qu'il nous dit qu'il nous donne, sa vie par amour, ce pain et ce vin qui sont le corps et le sang du Seigneur livré, versé pour nous. Recevons-le, en ce jour, en lui demandant de venir vivre en nous son amour et de venir faire habiter, enraciner en nous sa joie parfaite.

 

AMEN

 
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