AU FIL DES HOMELIES

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LA VIGNE

Ga 3, 23-28 ; Jn 15, 9-17

Vendredi de la cinquième semaine du temps pascal – C

(6 mai 1983)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Samarie : Tour de vigne

P

 

ar un certain côté, je trouve que Jésus et saint Jean mériteraient de faire partie du félibrige provençal, parce que je trouve extraordinaire de la part du Christ qu'au moment même de sa mort, il ait su exprimer le cœur même de son témoignage et de son testament à travers le mystère d'une plante qui nous tient tant à cœur, la vigne, parce qu'elle donne le vin. Tout le mystère de ce que Jésus devait nous révéler nous est livré à travers ce que nous appelons la parabole de la vigne.

Les phrases que je viens de lire maintenant, et qui résument le cœur même de l'évangile, à elles seules nous disent tout le mystère de Dieu et tout le mystère de la relation entre l'homme et Dieu. Tout ceci est concentré, a jailli, pour ainsi dire, de la méditation du Seigneur à propos de la vigne. J'aimerais que nous relisions ces quelques versets pour voir à la fois comment ils éclairent l'image de la vigne et comme la réalité même de la vigne éclaire le sens de la parole du Seigneur au moment où Il allait "passer de ce monde à son Père."

Le premier thème, c'est la demeure : "Demeurez en mon amour." En effet, le plus grand mystère dans la vigne, et c'est en ce sens qu'il faut lire la parabole que Jésus nous a donné, le plus grand mystère dans la vigne, c'est cet enracinement des sarments sur le cep. Jésus est la vigne, c'est-à-dire qu'Il est tout à la fois : Il est à la fois les racines, Il est à la fois le cep, Il est à la fois les sarments, Il est aussi les fruits. Mais ce qui est extraordinaire, c'est que nous puissions, nous-mêmes, pauvres sarments, pauvres porteurs de fruits, faire partie du corps du Christ. Il n'y a pas les sarments d'un côté et le cep de l'autre sur lequel les sarments seraient accrochés. Il y a une vigne qui est le Christ, qui est son corps qui est l'Église. Et nous, nous sommes dans ce corps, nous sommes les sarments, nous sommes membres du corps du Christ. Il ne faut pas diviser la vigne à son départ, car tout le grand mystère c'est que nous soyons sarments que nous ne puissions pas exister par nous-mêmes. Si on nous coupe, nous ne sommes plus rien. Nous devons être jetés au feu. Nous sommes une partie de cette vigne. C'est dans la mesure où nous demeurons, que nous sommes le corps du Christ. Et tout le sens profond de notre existence est dans la demeure : demeurer dans la vigne. C'est pour cela que nous sommes déjà une image de Dieu. Jésus, même s'Il est venu parmi les siens, est toujours demeuré dans le cœur du Père. Le mystère de la demeure de Jésus-Christ, c'est que, même s'Il a "planté sa demeure parmi nous", sa demeure c'était toujours l'amour infini du Père. Et lorqu'Il est venu parmi nous, Il n'a fait qu'étendre et envelopper, d'une manière plus intime et plus forte que jamais, cet amour qui était déjà sa demeure. Et nous-mêmes nous sommes désormais enveloppés, habités par l'amour du Père et notre véritable demeure depuis que Jésus-Christ est venu parmi nous, c'est le cœur même de Dieu. C'est pour cela que Jésus dit : "Il faut garder les commandements".

"Garder les commandements", c'est-à-dire se tenir dans cette relation profonde de liberté et de générosité vis-à-vis de Dieu. De même que Jésus donne sa vie parce qu'Il garde le commandement du Père qui est de donner, de la même façon, nous-mêmes, nous ne pouvons vivre dans le cœur de Dieu, nous ne pouvons demeurer, qu'en gardant le commandement du Fils qui est de nous donner au Père. Le grand commandement de Dieu, c'est le don de soi dans la liberté. Il n'y en a pas d'autre. La seule manière de demeurer d'habiter dans le cœur de Dieu, c'est de se donner dans la liberté et la générosité de l'amour. Et c'est cela "garder les commandements". C'est sortir de la servilité de la Loi ou plus exactement de vivre tellement la Loi que nous ne puissions plus la vivre de manière servile, mais dans le plein épanouissement de notre liberté pour vivre pleinement dans le cœur de Dieu.

Et à ce moment-là, on comprend pourquoi le Seigneur dit : "Mon commandement est de vous aimer les uns les autres, comme je vous ai aimés. Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis !" En effet, là encore, pensez à la vigne. Il n'y a rien de plus fécond ni de plus généreux qu'une vigne. La vigne, c'est ce plant qui est capable de donner le meilleur de soi-même, c'est-à-dire la grappe pour qu'elle devienne le vin. Or il arrive un moment, où lorsqu'elle a accompli sa tâche, qu'elle a formé et laissé mûrir la grappe au soleil de la joie, elle livre son fruit. De la même manière, c'est le sens de l'amour de Dieu pour le monde. Il a donné ce fruit merveilleux qui est le Christ. Et le Christ, comme un raisin pressé a donné ce fruit merveilleux de son sang qui réjouit notre cœur, qui est source de vie et qui nous fait vivre en Lui. C'est une sorte de grand cycle de la générosité que le Père a voulu introduire dans le monde. C'est pour cela que la vigne est l'image la plus frappante et la plus profonde du mystère même de Dieu : un mystère de don de soi de tout ce qu'Il est à son Fils, un mystère du don du Fils qui, à son tour, se donne Lui-même, afin que nous-mêmes qui portons les fruits, nous ne les gardions pas pour nous, mais les offrions en action de grâces à chaque eucharistie.

Et enfin, ce mystère de la vigne s'achève par celui de l'élection : "Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, mais c'est Moi qui vous ai choisis et vous ai établis, pour que vous portiez du fruit." Ici nous touchons un mystère incompréhensible : Pourquoi Dieu a-t-Il créé le monde ? Pourquoi la vigne a-t-elle porté du fruit ? Pourquoi Dieu a-t-Il suscité toute chose selon ce grand commandement de sa générosité ? Nous ne le saurons jamais, car là est la bonté généreuse. C'est l'ivresse que nous touchons à ce moment-là, l'ivresse débordante d'un amour. Il a choisi, dans cette ivresse généreuse de son cœur de nous donner la vie. Il a choisi, dans cette ivresse de son sacrifice, de nous donner, d'être à notre tour, les témoins de cet amour infini. Tout cela, nous n'y sommes pour rien. Tout cela, c'est la joie gratuite de ceux qui boivent, ensemble, au banquet du Royaume, l'amour enivrant de Dieu qui est devenu la seule nourriture de leur cœur.

Frères et sœurs, chaque fois que nous sommes plongés dans le mystère même de l'eucharistie, c'est toute la générosité et la fécondité de la vigne qui est elle-même l'image de Dieu nous donnant le vin généreux de son amour, à travers le sang de son Fils que nous célébrons. Puissions-nous ne pas être indigne de boire ce sang. Puissions-nous ne pas être indigne de la générosité prodigieuse qui a suscité ce geste du Christ, au moment où Il allait mourir, afin que, nous aussi, nous demeurions dans l'amour de notre Père.

 

AMEN

 
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