AU FIL DES HOMELIES

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BIEN D'AUTRES CHOSES

2 Tm 2, 8-13 ; Jn 21, 15-19

Vendredi de la cinquième semaine du temps pascal – C

(28 avril 1989)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

L

a dernière phrase de l'évangile de saint Jean est beaucoup qu'une sorte de conclusion plus ou moins littéraire. Saint Jean semble dire : Jésus a fait bien d'autres choses, mais j'arrête là parce que je n'ai plus assez de papier ou de temps pour écrire. Il faut la comprendre de façon beaucoup plus spirituelle.

Au début de livre de l'Apocalypse, saint Jean reprendra l'idée qu'il exprime ici, pour dire qu'il a entendu, de la part de Dieu, toutes les choses, tous les événements qui doivent arriver après la mort du Christ et tout au long de la vie de son Église. Et c'est dans cette perspective, je crois, qu'il faut bien com­prendre cette terminaison de son évangile.

Il est donc dit que lui-même est disciple et qu'il a vu des actions du Christ, et que son témoignage est vrai. C'est à partir de ce témoignage qu'il dit : "J'ai vu encore plein d'autres choses, je ne les mets pas par écrit. Le monde ne serait pas assez grand pour les contenir." Or, saint Jean ne peut plus mettre ces choses et ces actions par écrit parce qu'elles ne font plus partie du sens strict de l'évangile, celui qui ne fait que rapporter les faits, gestes et paroles de la vie du Christ. Désormais, c'est le monde lui-même qui est un livre où Dieu pose des actions créatrices, créatrices de salut. Car il faut bien entendre que le "action", acte, ne concerne pas les événements tout à fait ordinaires de la vie du Christ, mais désigne, de façon explicite, ses gestes de Sauveur, ce que saint Jean appelle "les signes". Ces gestes profondément humains, charnels, matériels, dans lesquels le Christ est investi pour signifier sa présence divine qui vient sauver, qui vient restaurer la création première. C'est de cela qu'il s'agit.

Or désormais, le Christ, dans toute la fécondité de la vie de son Esprit, continue à écrire, dans le livre du monde, les mêmes faits, les mêmes actions. Si ce n'est pas cela, l'évangile n'est qu'une œuvre littéraire enchaînée dans l'espace et le temps de la vie du Christ. Et nous ne pouvons plus lui donner foi. Il reste digne d'intérêt, pour un certain nombre d'éléments religieux, culturels ou anthropologiques, mais pas au niveau d'une Parole de foi.

Aujourd'hui, l'évangile s'écrit dans le monde, sur le papier de notre propre chair et de la chair du monde. Et au fond, ce que saint Jean veut nous dire et ce qu'il développera dans son Apocalypse, c'est qu'il nous faut regarder notre monde, global, personnel, communautaire comme étant désormais la matière même où est écrit l'évangile. Le Christ continue au­jourd'hui de poser tous ces actes, ces actions que saint Jean a vu quand le Christ les a réalisés dans sa chair et qu'il donne au-delà de sa vie terrestre par la vie même de son Église et par toute la fécondité de l'Esprit dans la chair, dans le cœur de chacun.

Nous avons l'habitude de lire l'évangile, c'est une bonne habitude, à condition de ne pas s'arrêter à l'évangile dans son texte et dans le cursus de la vie du Christ. Ce ne serait plus tout à fait évangélique, car l'évangile, s'il est fait pour nous faire découvrir les faits, les actions rédemptrices de la vie du Christ, c'est pour qu'aujourd'hui nous puissions reconnaître ces mêmes faits et actions dans notre vie quotidienne et dans la vie des autres. Ou alors, il y a une séparation grave, un abîme entre l'évangile du Christ et l'évangile de l'Église, de notre vie d'aujourd'hui. Et s'il y a une telle coupure nous ne pouvons plus vivre ni l'évangile pour ce qu'il est, et nous ne nous retrouvons pas dans notre vie pour ce qu'elle est, parce que nous avons rompu ce lien indissoluble entre l'évangile du Christ, circonscrit dans l'Histoire, et l'évangile du Christ trans-historique, c'est-à-dire qui continue de s'incar­ner, de se manifester et de sauver, à travers l'histoire du monde et de notre propre histoire personnelle.

Voilà ce que veut nous signifier saint Jean. Alors aujourd'hui, de même que lui, dans la chair du Christ, a vu et compris "les gestes du salut", de même aujourd'hui, nous qui ne sommes plus témoins directs des faits et gestes du Christ, nous devons reconnaître ces mêmes faits, ces mêmes gestes dans ce que fait le Christ, aujourd'hui pour nous, pour les autres et pour son Église. Il y a là une perspective d'avenir, dans saint Jean, qui nous signifie que, désormais, l'évangile est de chaque instant du présent. Alors on peut comprendre ce que Jean a manifesté dans son Apo­calypse "toutes les choses qui doivent arriver en­core", tout au long du déroulement du monde et de son histoire, toutes choses dont nous devons être les témoins, parce qu'elles viennent de Dieu, parce qu'el­les sont actions de salut, actions de miséricorde et de pardon. Et ceci est vrai, ceci nous inscrit et nous in­carne dans cette vérité de l'évangile d'hier d'aujour­d'hui et de demain.

Demandons au Seigneur qu'Il nous donne ce regard aigu, lucide, profond, intéressé, aimant pour le monde d'aujourd'hui, sur notre propre monde inté­rieur, sur celui de nos frères, pour que nous puissions vivre l'évangile du Christ aujourd'hui et non pas sim­plement comme des textes en référence à hier. Mais pour vivre cet évangile aujourd'hui, il ne faut jamais quitter des yeux et du cœur la personne même du Christs ses actions et ses paroles telles qu'elles nous sont livrées dans les livres de l'évangile.

 

AMEN

 

 

 
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