AU FIL DES HOMELIES

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LA TRISTESSE, QU'EST-CE QUE C'EST ?

Ph 4, 4-9 ; Lc 6, 43-49

Vendredi de la cinquième semaine de Pâques – B

(26 mai 2000)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

N

ous avons dans cette paroisse, souvent fait l'éloge de saint Philippe de Néri, bien que nous ne soyons pas de l'Oratoire, mais je pense que nous méritions d'y appartenir, puisqu'il y a chez lui et un peu chez nous cette distance avec les choses, avec nous-mêmes, enfin nous essayons, c'est une école de sainteté que saint Philippe Néri, l'espiè­gle de Dieu et des hommes a laissé comme trace dans l'Église.

"Une saine gaieté conduit plus sûrement à Dieu que la tristesse", ainsi s'exprimait-il. Au fait, c'est quoi la tristesse ? "Le jeune homme s'en allait tout triste car il avait de grand biens". La tristesse bizarrement vient du problème de la pauvreté. Le triste est celui qui a les mains crispées sur quelque chose qu'il croit devoir posséder, et qui en réalité le possède lui-même. La pauvreté ne touche pas sim­plement des biens, elle touche tout ce qui nous oc­cupe, nos soucis sont nos biens qui nous occupent, nous sommes occupés par eux et ils nous possèdent. La tristesse envahit quelqu'un qui ne peut pas prendre du champ par rapport à ce qu'il doit faire, ou ce qu'il possède, et cela fait qu'il en perd non pas son âme directement, mais il en perd sa liberté. La liberté comme je l'aime et comme ce qu'en disait un cinéaste russe, elle est un travail spirituel permanent. La liberté est toujours à conquérir sur cet instinct que nous avons de croire que pour aller mieux ou que le monde se porte mieux, il faut que nous nous attachions à l'intérieur de ce monde.

Or ce dont le monde a besoin, ce sont des hommes pauvres, qui tout en étant du monde, ne sont pas possédés par ce monde, tout en étant totalement dans le monde, ne le possèdent pas. Ma gaieté, cette légèreté, cette liberté du cœur qui sait goûter la saveur des choses qui lui sont données et qui ne regrette pas celles qui lui sont retirées, qui se tient comme indé­pendant, capable d'être seul, ouvre à la présence de Dieu.

Les lys des champs, les oiseaux dans le ciel, nos désirs insatisfaits et inassouvis dans ce monde, tout peut concourir à nous laisser amers, ou être si pauvres mais d'une pauvreté qui est paradoxale, puis­qu'en fait, nous voudrions bien tout posséder. Regar­dez les lys des champs, et oubliez que vous les re­trouverez le lendemain. Tel est le message de l'évan­gile et de saint Philippe Néri. La gaieté vient de la pauvreté. Et c'est vrai lorsque nous relirions notre vie, nous nous apercevrons que nous avons été très oc­cupés dans des tas de choses qui ne méritaient pas tant d'efforts et tant de crispations. Peut-être que nous les aurions mieux résolues si nous avions laissé un peu de champ, pour que nous puissions mieux les compren­dre d'abord, c'est un principe d'intelligence que de ne pas coller aux choses mais que de les regarder, de les contempler, de les analyser, puis ensuite, de la dis­tance pour laisser une place à l'action de Dieu. Peut-être que notre habitude de coller aux choses empêche simplement la main de Dieu de s'introduire et d'agir, non pas à notre place, mais avec nous et pour que nous entrions dans ce que Dieu nous propose. Pour que nous acceptions qu'Il soit notre partenaire, il faut qu'il y ait de la place pour Lui et une certaine attente de notre part. Il y a des crispations souvent parce que nous n'acceptons pas le délai, l'attente, le rythme que Dieu veut imposer aux choses car Il sait mieux que nous ce dont il convient pour nous et pour le monde dans lequel Il nous a envoyé.

Frères et sœurs qu'avec saint Philippe Néri, nous ayons le cœur de nous détacher. La liturgie est une œuvre de détachement. Quand nous venons ici, quand nous laissons notre corps et notre cœur se repo­ser auprès de Dieu, c'est justement pour leur imposer un autre rythme que celui que nous prendrions natu­rellement quand nous nous occupons avec tant d'acharnement de ce monde qui glisse entre nos doigts. Que la gaieté et la légèreté de saint Philippe Néri nous gagne comme un fou-rire qui gagne les rangs des élèves dans une classe, parce que finale­ment, il vaut mieux en rire qu'en pleurer pour pouvoir mieux le comprendre et mieux le prier.

 

 

AMEN

 

 
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