AU FIL DES HOMELIES

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UN CONTRAT À DURÉE INDÉFINIE

1 Th 4, 13-18 ; Jn 16, 12-22

Vendredi de la cinquième semaine après Pâques – C

(14 mai 2004)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

I

l fallait pour Jésus inventer une méthode, une manière de nous dire qu'Il allait revenir sans nous dire quand. Il fallait qu'Il introduise une instance temporelle de telle manière que, chose impossible pour l'homme, nous ne puissions pas ergoter pour savoir la date de notre mort, comme d'ailleurs celle de la fin du monde. C'est pour sauvegarder notre propre liberté que nous sommes tenus dans l'ignorance. Vous imaginez (d'autres romanciers l'ont fait avant moi) quelle serait notre vie si nous savions combien de temps exactement il nous reste à vivre. Je crois que les choses seraient absolument différentes. C'est parce que nous ignorons la fin, la nôtre et celle du monde, non pas que nous maintenons l'illusion que nous al­lons vivre éternellement, mais que nous sommes dans une dynamique vivante. Il est fort à parier que si nous savions quand sera la fin de notre vie, nous nous dé­chaînerions, juste avant, comme on dit, quand on n'a plus rien à perdre.

Il fallait donc que le Christ introduise une instance, qu'il définisse un temps et que ce temps nous paraisse non pas infini, mais indéfini, pour que nous puissions en cette vie, faire comme si nous fai­sions déjà de la vie éternelle. Comme si ! Quand Jésus revient après la Résurrection, demander à Pierre qu'il l'aime, Il lui demande en quelque sorte, de faire "comme si" il était dans l'éternité et qu'il vivait déjà de cet amour éternel. Notre vie humaine, pour qu'elle soit de la couleur de l'éternité, doit s'apprivoiser. Si nous savions la date de la mort et de la fin du monde, ce qui est d'ailleurs la tentation permanente d'un cer­tain nombre de revues de religions de basse catégorie vendus dans les commerces que vous connaissez, "c'est maintenant", et d'ailleurs, jusqu'à ce jour, ils se sont trompés, nous sommes encore là, mais cela peut arriver dans la minute qui suit ou dans deux cents siècles. C'est la tentation du pouvoir, de savoir. Cer­tains ont été tellement contents, les adventistes ont été tellement contents de pouvoir vous dire la date, parce que quand on a la date, on est coincé. Vous allez l'acheter très cher, vous allez vous épuiser à un com­portement nouveau.

Il fallait maintenir l'indétermination, une sorte de non pas de flou, pour que notre vie essaie d'être à la lumière de la vie de demain. Sinon, nous risquions de vivre deux vies séparées, il y aurait la vie avant, et la vie après, du moins pour ceux qui pensent qu'il y a une vie après.

C'est pour cela que dans l'évangile, le Christ dit "un peu". Cela n'a l'air de rien, mais je pense que la Trinité a longuement réfléchi durant un long colloque trinitaire sur le fait de comment Jésus allait annoncer ce départ et ce retour. "Un peu", c'est pour dire ce sera assez rapide, et il y a quelque chose dans ce temps d'attente qui est très furtif, de rapide. Ce sont les sandales aux pieds et la ceinture aux reins. Il va revenir. Il y a une sorte d'imminence. Il y a le bruit que fait Dieu au retour sur terre. Mais "un peu", c'est aussi une certaine consistance qui permet dans ce peu -là d'avoir "de quoi" choisir. Notre vie, c'est la proposition que Dieu nous fait de dire oui, de dire non. C'est un hommage. Ce n'est pas un délai, comme on donne un délai à la victime avant sa mort, c'est un premier temps d'approche, d'apprivoisement, un temps mutuel. Un temps dans lequel je commence à jouer un domaine qui est si difficile à jouer et qui est ma liberté. Je mettrai tellement de temps dans ma vie à m'accorder cette liberté en pensant que la foi consiste à y renoncer.

 

 

AMEN

 

 
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