AU FIL DES HOMELIES

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LA CONVOCATION FINALE

1 Th 4, 13-18 ; Jn 21, 15-19

Vendredi de la cinquième semaine de Pâques – A

(27 mai 2011)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Tambours et trompettes pour convoquer le peuple ! (Saulcet : l'ange tambourinaire)

F

rères et sœurs, ce texte est très célèbre. Je pense que vous avez tous devant les yeux, la fresque de Michel-Ange sur la résurrection, le jugement dernier, avec les anges qui sonnent de la trompette, beaucoup d'artistes de la Renaissance, du Quattrocento se sont déchaînés pour représenter ce moment absolument fabuleux qui donnait au peintre des prétextes pour déployer tous leurs talents et cette imagination fantastique sur ce que serait le monde nouveau.

Les bases sont plus modestes. Je voudrais attirer votre attention sur un certain nombre de détails. Evidement, dans les vingt premières années, pour la toute première génération chrétienne, proclamer que le Christ était ressuscité, c'était relativement facile. C'était le fondement de la foi, c'était un événement qui était réservé à quelques centaines de témoins au maximum, et dire : le Christ a surgi du tombeau, le Christ est ressuscité des morts, le Christ est les prémices de la vie et d'une existence nouvelle, tout cela était admissible.

En revanche, les problèmes ont commencé à se poser une vingtaine d'années plus tard, et cela a commencé par les Thessaloniciens. Saint Paul a prêché à Thessalonique, et il a dit : si le Christ est ressuscité, tous nous serons ressuscités. Il dira la même chose plus tard aux Corinthiens. Seulement, on affirmait la résurrection du Christ et on promettait la résurrection à tous. Mais les Thessaloniciens s'apercevaient que de temps en temps, il y avait des gens qui mouraient dans la communauté, et on ne les voyaient pas ressusciter. Le premier réflexe était plutôt de se dire : puisque Jésus est ressuscité, eux aussi devraient ressusciter. Ce n'est que lentement que le problème de la résurrection des morts s'est posé. Cela va occuper une grande place en ces années cinquante à soixante-dix où l'on va passer de la résurrection du Christ unique, singulier, mystérieux et seulement à la portée de quelques témoins, à une chose qui intéressait les premières communautés directement : que va-t-il arriver aux autres ? Il est certain que dans la mesure où toute la première prédication chrétienne était de dire : nous vous annonçons le Christ ressuscité, pour vous dire que vous aussi, vous allez ressusciter, était-ce vrai ou pas vrai ? On allait dans la tombe, ou on n'y restait pas ?

A partir de ce moment-là, les questions des communautés chrétiennes étaient assez pressantes. Qu'arrive-t-il à ceux qui sont morts ? C'est très vraisemblablement dans ce contexte que Paul répond à ces chrétiens de Thessalonique en leur disant : il ne faut pas que vous soyez comme les autres qui sont sans espérance. Ce n'est pas parce que vous avez conduit vos amis au tombeau que vous devez douter de l'espérance que je vous ai annoncée, c'est vrai quand même. Mais les Thessaloniciens voulaient quand même en savoir un peu plus.

La manière dont Paul s'y prend exactement comme lorsqu'il y avait une convocation dans le désert pour les tribus d'Israël autour de Moïse. On raconte dans les livres de la Torah que Moïse faisait sonner de la trompette, c'était la convocation, et tous les gens se rassemblaient pour recevoir les nouvelles instructions de Moïse. Le schéma c'était qu'à certains moments privilégiés, le peuple était rassemblé au son de la trompette et se trouvant rassemblé, il était véritablement le peuple de Dieu. C'est d'ailleurs ce qui a donné notre mot Église, c'est le "kahal" en hébreu, c'est-à-dire, le rassemblement de tout le peuple convoqué, de tout le peuple élu.

C'est ce que saint Paul dit au départ : au son de la trompette, au signal donné par la voix de l'archange, le Seigneur descendra du ciel. Ce qui permet de comprendre la résurrection ce n'est pas d'abord la résurrection du Christ, c'est la trompette et le rassemblement de l'Exode, du Lévitique et des Nombres. Quand on dit à Paul : comment va se passer la résurrection ? Il dit qu'il faut d'abord penser : rassemblement de tous, convoqués, et vous avez remarqué, ce n'est pas le Christ qui convoque, c'est la voix de la trompette. La résurrection va se concrétiser dans l'aspect du rassemblement de tous les membres du peuple de Dieu. Dans cette perspective de rassemblement, que se passe-t-il ? Le Christ, le Seigneur, qu'il appelle le Kyrios, le Maître de la vie qui est ressuscité, descend. Il refait l'itinéraire de la descente aux enfers. Comme on l'avait dit, le Christ a été mis au tombeau, il est descendu aux enfers (on retrouve cela chez saint Pierre). Le Christ fait une nouvelle descente et il emporte les morts et au moment où il remonte, il nous emporte, nous, les survivants avec lui.

L'événement final de la résurrection de tous est pensé de la façon suivante : c'est le rassemblement de tous tel qu'il avait déjà été prévu et prophétisé par Moïse, et le Christ s'insère dans ce processus promis qui est voulu par le Père, ce processus ecclésial, et c'est à l'intérieur de la convocation qu'il agit d'abord pour venir chercher les morts qui sont dans les enfers, qui n'ont rien à voir avec les enfers punitifs de Satan et du feu qui brûle, mais ces enfers, c'est comme le congélateur des âmes après leur mort. Jésus reprend tout ce monde-là et au moment où il monte vers le Père par la puissance de sa résurrection, donc exactement comme il est ressuscité, il prend au passage ceux qui sont encore les survivants sur la terre.

Tout cela pour dire deux choses. C'est sûr qu'on a lu ces textes de façon assez littérale, on tenait absolument que les ossements surgissent des tombeaux, et on était très désolé pour ceux qui étaient morts en mer parce qu'on ne savait comment ils allaient ressusciter de l'eau. Il y a des questions à l'infini qui peuvent se poser sur ce problème. Cette lecture trop littéraliste et fondamentaliste du texte de saint Paul aux Thessaloniciens a conduit à des déviances et à des questions sans issue. Mais ce que saint Paul veut dire, c'est qu'il y a un projet ecclésial de Dieu qui veut rassembler, c'est le processus de la convocation, et dans ce processus s'inscrit définitivement la puissance de résurrection que le Christ va manifester, non seulement pour ceux qui sont convoqués dans les enfers, mais aussi ceux qui sont convoqués sur la terre. On ne peut pas parler des fins dernières en dehors d'une perspective ecclésiologique. Quand on demande des cours sur la fin des temps, qu'et-ce que cela veut dire ? La fin des temps, c'est tout simplement l'achèvement de l'Église, ce n'est rien d'autre. La modalité de la convocation de tout le peuple, de toute la création, de toutes les créatures humaines, est conditionnée par la résurrection du Christ. Mais de là à voir les gens comme on les voit chez Michel Ange ou chez Signorelli en train de s'appuyer sur le bord de la tombe avec des ossements encore dépourvus de peau, nous sommes un tout petit peu dans la figuration mythique.

Que ces textes nous aident à mieux comprendre le mystère même de la fin des temps. La fin des temps, ce n'est pas le coup de baguette magique, c'est le fait que l'Église sera achevée et elle ne le sera que par l'œuvre du Christ ressuscité qui rassemble toute l'humanité autour de lui, tous ceux qu'il a appelés. C'est cela que signifie ce coup de trompette de l'ange, c'est la convocation définitive. C'est le moment où, et saint Paul le dit, on sera tous rassemblés avec le Seigneur sur les airs. Nous serons sur ce domaine de vol (si l'on peut adopter ce vocabulaire de l'aviation), où nous ne sommes plus ni sur la terre, ni dans les enfers mais nous sommes sur le régime des nuées, c'est-à-dire dans la plus grande proximité que Paul pouvait concevoir pour les hommes en présence de Dieu. C'est là que nous serons pour toujours dans les airs, avec le Seigneur.

 

AMEN

 

 

 
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