AU FIL DES HOMELIES

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QUESTION CRUCIALE !

1 Th 4, 13-18 ; Jn 16, 16-22

Vendredi de la cinquième semaine de Pâques – B

(11 mai 2012)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Résurrection des morts (Massay)

F

rères et sœurs, vous avez entendu ce texte de l'épître aux Thessaloniciens dans laquelle Paul prend des positions qui nous paraissent aujourd'hui un peu hasardeuses. A la question des Thessaloniciens (nous sommes vers les années 50, à peine dix-sept ans après les événements de la mort et de la résurrection du Christ), qui est une communauté très vivante et dynamique, se pose des questions sur la résurrection. La question est simple, elle tombe sous le sens : Paul est venu, il a annoncé la résurrection, il a dit qu'on allait tous ressusciter. Il y a quelque chose qui ne va pas très bien dans le raisonnement, car il y a des frères qui sont morts dans l'intervalle. Ceux-là, ils ne sont pas ressuscités ; donc les Thessaloniciens posent de façon assez crue à saint Paul une question : tu nous as raconté que le Christ va revenir, qu'il va nous ressusciter tous, mais, il y en a un certain nombre d'entre nous qu'on a porté au cimetière. Qu'allons-nous faire ? est-ce que tu dis vrai, et sur ce que tu as voulu dire, précises ! Ceux qui sont morts, on a plutôt des doutes sur la possibilité de leur résurrection, puisqu'on les a conduits en terre, et nous, allons-nous mourir comme eux ? Est-ce que ton message à toi Paul tient la route ou pas ?

Saint Paul essaie de s'en sortir, apparemment à première lecture par un raisonnement assez simple. Ceux qui sont morts, sont morts et enterrés, mais ils ressusciteront avant nous. Nous, nous serons là au moment de l'avènement du Seigneur et nous serons aussi entraînés dans la résurrection. Paul ne retire rien de ce qu'il a dit. Simplement, il accepte une distinction : ceux qui sont morts seront visités par l'avènement du Seigneur et nous, après. Cela semble un peu dans un sens contraire à ce que l'on aurait pu imaginer. Paul aurait pu dire : si le Seigneur revient, qui va répondre le plus vite ? C'est évident, ce sont les vivants, tandis que les pauvres morts dans leur trou en terre ne le verront pas revenir. La réponse déjà par le fait même que Paul fait entrer dans la résurrection ceux qui sont morts et ceux qui sont vivants, pose déjà une certaine question. Ce n'est pas la réponse que spontanément on aurait pu fournir. Paul reste dans l'illusion que l'avènement du Christ va avoir lieu bientôt puisqu'il dit que cela ne devrait pas tarder, pour les vivants, il en parle comme si c'était une évidence, on va bientôt accueillir le Christ ressuscité qui nous fera entrer, même si c'est après les autres, dans son Royaume, donc c'est un peu ce qu'on appelle un jugement dernier précipité, c'est un terme technique pour désigner l'eschatologie imminente.

Il n'est pas tout à fait certain que saint Paul ait voulu dire cela. Il aurait plutôt voulu dire : vous considérez que le problème de la résurrection est réglé par le temps, vous vous posez la question de ceux qui sont morts avant et de ceux qui ne sont pas encore morts au moment de la résurrection, comme si c'était la chronologie, le temps astral, le temps des horloges qui était la question essentielle pour la résurrection. Est-ce que je vais ressusciter tout de suite, ou peu après quelque temps ? Paul veut comme dissocier le problème de la résurrection du problème du temps. Le problème du temps, de l'irruption de la résurrection dans le temps finalement n'a pas l'importance que vous croyez. Pour l'instant, nous vivons dans ce temps, continuons. Mais le vrai problème c'est que c'est la résurrection qui domine le temps et non pas le temps qui régule la résurrection. Cela change tout. A ce moment-là la résurrection surgit aussi bien pour ceux qui sont dans le temps présent que pour les morts qui sont dans ce temps inconnu qui est le temps du tombeau, le temps des cimetières. Mais dans tous les cas, ce qui est fondamental, c'est la résurrection. C'est comme si saint Paul disait aux Thessaloniciens : n'essayez pas d'insérer la résurrection dans votre calendrier, vous n'y arriverez pas. C'est la résurrection qui ouvre le temps à l'éternité et non pas le temps qui impose ses contraintes et ses horaires à la résurrection comme l'irruption de l'éternité.

Dans ce texte, même si saint Paul apparemment ne s'en sort pas très bien. Quand on le comprend vraiment là où il doit être compris, c'est le fait que Paul dit : nous sommes dans l'histoire et ceux qui sont morts, ils ne sont plus dans l'histoire et cela ne veut pas dire pour autant, qu'ils ont échappé à la résurrection. C'est pour cela qu'il dit que ce sont eux qui seront les premiers qui seront récupérés par la résurrection. Car l'événement qui encadre tout, plus qu'historique, plus que réglé par le calendrier des événements, l'événement absolu, c'est la résurrection. Que nous soyons apparemment hors du système du temps parce qu'on est mort, ou que nous soyons dans le système du temps parce qu'on est encore vivant, ce qui compte, et c'est la seule chose qui compte, c'est de savoir que tout ce temps, toute cette histoire sont désormais englobés par la résurrection.

Frères et sœurs, cela nous oblige un tout petit peu à changer nos réflexes. Nous avons toujours tendance, et c'est je crois, une erreur du point de vue de la doctrine chrétienne, à mettre la résurrection au bout, comme si c'était le dernier événement. On a appelé cela d'ailleurs en théologie classique, le jugement dernier. Ce n'est pas un jugement dernier, la résurrection. C'est un jugement oui, mais c'est le jugement qui enserre, qui englobe, qui étreint toute l'histoire. A partir de ce moment-là, il est oiseux de se demander si la résurrection doit intervenir à tel moment ou à tel autre. Il faut bien le reconnaître aujourd'hui, quand on réfléchit sur le problème de la résurrection, les premières idées qui nous viennent à la tête, quand on voit la durée du monde, la durée du système solaire, etc … on ne dirait plus aujourd'hui comme saint Paul : "les vivants qui seront là présents à la résurrection et à l'avènement du Seigneur". Je pense que nous avons réglé le problème. Est-ce que pour autant le problème de l'irruption de la résurrection est faux ? Non, car ce que nous continuons à croire quoiqu'il arrive de toutes les découvertes scientifiques qu'on pourra faire sur le temps et sur la chronologie du cosmos, la résurrection reste l'événement qui englobe le temps et l'histoire. Ce n'est pas du même ordre. Ce n'est pas un événement final de l'histoire. C'est pour cela que la résurrection du Christ, c'est si difficile d'en parler. Car si on parle de la résurrection du Christ comme le temps "T" en essayant de se demander à quelle heure c'était le dimanche matin de Pâques, on ne s'en sortira jamais. C'est pour cette raison qu'il n'y a pas de description de la résurrection. En fait, la résurrection c'est le début de l'événement qui englobe toute l'histoire. C'est le moment où le Christ devient Seigneur, ce n'est pas autre chose.

Frères et sœurs que cette réflexion de saint Paul nous aide petit à petit à affiner et à purifier nos représentations un peu raides et rudes sur le problème de la résurrection. Ce n'est pas un problème de chronologie, d'histoire mais c'est le problème que l'histoire va être comme prise, saisie, transfigurée par la résurrection. C'est tout autre chose !

 

AMEN

 

 

 

 

 

 

 
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