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CE QUI FAIT L'ÉGLISE

Ac 1, 32-37 ; Jn 20, 24-29

Vigiles du deuxième dimanche de Pâques – C

(13 avril 1980)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

L

 

orsque nous lisons ce récit, nous pensons tout de suite qu'il est centré autour de l'incrédulité de Thomas qui devient croyant parce que le Seigneur lui a montré ses plaies et son côté C'est, en effet le fil conducteur, le suspens dramatique de ce premier grand récit de la Résurrection aux disciples. C'est que Thomas, qui n'était pas là à la première apparition du Seigneur ressuscité, à la seconde apparition, croit au Seigneur, son Dieu.

Cependant, il ne faudrait pas que ce récit de l'incrédulité de Thomas laisse dans l'ombre un aspect également très important de ce récit de la résurrection, car, comme tous les récits de résurrection, il nous explique comment est née l'Église. Et, dans ce récit-là, c'est particulièrement important de voir comment l'Église est édifiée, par le Christ, après sa Résurrection.

Pour que naisse l'Église, il faut trois choses : il faut qu'il y ait la présence du Christ ressuscité, vu, contemplé, touché par les yeux des disciples. Il faut ensuite qu'il y ait un envoi. Il faut, enfin qu'il y ait l'Esprit Saint. Pour qu'il y ait l'Église, il faut d'abord la présence du Christ ressuscité, vu, contemplé. Toute l'histoire de l'Église n'est que l'histoire de l'extension de cette expérience des apôtres qui ont touché le Christ. Lorsque saint Jean dit, au début de son épître: "Ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons touché de nos mains, nous vous l'annonçons", c'est au sens le plus littéral du terme.

Pour qu'il y ait l'Église, il faut qu'il y ait une sorte de contiguïté, de contact, entre le Christ et nous. Et pour qu'il y ait cette fermeté, cette solidité dans la contiguïté, dans le contact avec le Christ, c'est pour cela que le Christ a voulu qu'il y ait des apôtres, qu'il y ait des gens qui assurent, dans l'histoire, cette espèce de contact, de contiguïté permanente, des témoignages les uns par rapport aux autres. Si nous faisons partie de l'Église aujourd'hui, c'est parce que nous sommes reliés par une chaîne de témoignages interrompue jusqu'aux yeux des apôtres, jusqu'aux mains des apôtres, jusqu'aux oreilles des apôtres. S'il n'y avait pas cela, il n'y aurait pas l'Église. Il faut qu'il ait d'abord ce contact, cette contiguïté, et cette continuité.

Et c'est pourquoi, remarquez-le bien, Thomas, lorsqu'il entend les autres disciples dire : "Nous avons vu le Seigneur", parce qu'il veut être apôtre, demande, lui aussi, à le voir. Parce qu'il se rend bien compte que, pour être membre du collège apostolique, membre de l'Église, il faut, d'une manière ou d'un autre, avoir ce contact immédiat. Et comme il est contemporain du Christ, et qu'il a été son témoin, au cours de sa vie et de sa mort, il veut, lui aussi, avoir ce contact immédiat, cette contiguïté.

La deuxième chose, pour qu'il y ait l'Église, c'est un envoi. L'envoi, parce que le Christ veut, précisément, que ce contact physique s'étende à tout l'univers. C'est parce qu'il est mort pour tous, qu'il est ressuscité pour tous, qu'il faut, pour qu'il y ait l'Église, qu'elle soit sans cesse envoyée. Là aussi, je crois qu'il est très important poux nous, de réaliser que l'Église est toujours envoyée. L'Église ne peut pas se contenter d'une sorte de vie interne et repliée sur elle-même. Tout ce qu'elle fait, elle le fait parce qu'elle est envoyée, et pour le proclamer l'Église est, précisément, cette Épouse du Christ qui proclame la joie de son amour à tout l'univers. Pour qu'il y ait l'Église, il faut enfin le don de l'Esprit. Le Christ souffle sur ses disciples en disant : "Recevez l'Esprit Saint ".

Pour qu'il y ait l'Église, il faut, enfin, le don de l'Esprit. Le Christ souffle sur ses disciples, en disant : "Recevez l'Esprit Saint !" Ce souffle, c'est le même souffle que le Christ a donné, au-moment où il mourait sur la croix. C'est le souffle qui l'unit à son Père, le souffle de l'Esprit Saint, le souffle de l'amour du cœur même de Dieu, de l'amour entre le Père et le fils. Et le Christ veut que l'Église soit attachée à Lui, du même Amour que celui qui le lie avec son Père.

Voilà ce qu'est l'Église et voilà pourquoi Thomas a besoin de ces trois choses-là. Il a d'abord besoin de toucher des mains, de toucher de sa main le coté du Christ. Ensuite, il a besoin de l'Esprit, car lorsqu'il a touché le côté du Christ et s'écrie : "Mon Seigneur et mon Dieu", à ce moment-là, c'est l'Esprit de Dieu qui parle en lui. Et surtout il a besoin de cet envoi, de cette parole du Christ qui lui dit : "Parce que tu as vu, tu as cru" et maintenant il faut que tu ailles annoncer à ceux qui n'ont pas vu.

Frères et sœurs, aujourd'hui nous vivons le mystère de l'Église, et nous devons toujours le vivre selon ces trois dimensions. Tout d'abord ce souci permanent d'enraciner notre existence chrétienne dans la présence du Christ Ressuscité et dans le témoignage des apôtres. Si nous ne savons pas qui est le Christ, nous ne sommes pas de l'Église. Il faut, sans cesse, que nous méditions dans notre cœur cette présence du Christ ressuscité, à travers tous les évangiles, à travers tout ce qui nous est dit de Lui.

Il faut ensuite que nous soyons de l'Église parce que nous sommes envoyés au monde, parce que, même si nous sommes des pécheurs, qui ne valent pas mieux que les autres, il faut que nous proclamions la joie du Ressuscité.

Enfin, il faut que nous soyons de l'Église parce que nous avons reçu l'Esprit Saint, c'est-à-dire cette voix, cette certitude et cette assurance, qui ne vient pas de nous, qui est la présence même de l'amour de Dieu en nous et qui nous donne de reconnaître notre destinée propre. Nous sommes appelés à entrer dans la mort et dans la résurrection du Christ pour la vie éternelle.

 

AMEN