AU FIL DES HOMELIES

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MON SEIGNEUR ET MON DIEU

Ac 5, 12-16 ; Ap 1, 9-19 ; Jn 20, 19-31
Deuxième dimanche de Pâques - année C (6 avril 1986)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Cette page d’évangile très connue est centrée autour du personnage de Thomas et plus par­ticulièrement de la foi de Thomas. Le plus souvent, on réfléchit et médite sur la manière dont Thomas, à partir de son doute, a été conduit jusqu’à la foi, autrement dit sur la démarche de foi de l’apôtre Thomas. Je voudrais, si vous le voulez, que nous nous arrêtions plutôt aujourd’hui sur le contenu de la foi de Thomas.

En voyant le Christ ressuscité, en touchant ses plaies, en mettant sa main dans son côté, Thomas s’écrie : "Mon Seigneur et mon Dieu". Et cet épisode qui est le dernier de l’évangile de Saint Jean, puisque le chapitre vingt et unième est un appendice qui a été ajouté par les disciples de l’évangéliste, cet épisode donc conclut l’évangile et il est suivi par ces versets que vous venez d’entendre : "toutes ces paroles ont été écrites pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu’en croyant vous ayez la vie".

Dans ces quelques paroles, celles de Thomas d’une part et cette conclusion de l’évangile d’autre part, plusieurs titres attribués au Christ sont énumérés. Thomas dit : "Mon Seigneur et mon Dieu" et l’évangéliste conclut : "que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu". Christ, Fils de Dieu, Sei­gneur mon Dieu.

Tout d’abord, Jésus est proclamé par tous les chrétiens comme le Christ, c'est-à-dire le Messie. Jésus est Celui qui accomplit les promesses faites à Israël, la promesse faite à Abraham, et plus précisé­ment, la promesse renouvelée à David, promesse d’un descendant, un roi comme lui, un Messie c'est-à-dire Quelqu’un qui recevra l’onction royale, car c’est le sens du mot Messie en hébreu, comme du mot Christ en grec, qui en est la traduction. Quelqu’un donc qui aura reçu l’onction royale, qui continuera ou mieux amènera à sa perfection l’œuvre entreprise par David, le roi d’Israël selon le cœur de Dieu. Le Messie c’est donc le Roi d’Israël, le roi c'est-à-dire celui qui est chargé de conduire son peuple vers Dieu, et qui est chargé, en même temps, de représenter Dieu au cœur de son peuple. Car telle est la signification de la Royauté en Israël, cette royauté que David avait ac­complie selon le cœur de Dieu, mais avec bien des imperfections, bien des faiblesses et même des pé­chés, cette royauté que les successeurs de David ont tirée à leur profit et ont fait servir à leur propre ambi­tion et à leur propre carrière, Dieu a promis qu’il y aurait un Roi parfait, un Messie qui accomplirait vé­ritablement cette communion du peuple avec son Dieu, un Roi qui permettrait à tout son peuple d’accéder à la présence de Dieu d’être rendu présent au milieu de son peuple.

Mais Jésus n’est pas seulement un Messie pour Israël. A travers Israël Jésus est le Messie, c'est-à-dire le Roi, pour l’humanité tout entière. Israël était un peuple choisi pour qu’à travers lui, la bénédiction de Dieu parvienne à tous les hommes. Et si un Messie avait été promis à Israël, ce n’était pas pour Israël seul, mais pour ce Messie conduise l’humanité tout entière, comme un seul peuple, jusqu’à la communion avec Dieu. Messie d’Israël, Messie de l’humanité tout entière, Christ telle est la première fonction de Jésus. Encore faut-il bien comprendre comment Il réalisera cette mission. Le peuple d’Israël attendait un Messie, mais il l’imaginait de façon très humaine, comme un Messie politique, guerrier, comme un Messie qui, avec des moyens très humains, réaliserait cet avène­ment du Royaume de Dieu sur la terre. Jésus n’est pas venu pour être ce Messie-là. Ce fut la source du ma­lentendu, puis de la rupture entre Jésus et son peuple. C’est pour cela que finalement le peuple et ses chefs ont rejeté leur Messie, c’est pour cela que Jésus a été crucifié, parce qu’Il n’a pas voulu agir par ces moyens humains car Il était venu pour être un Messie spiri­tuel.

Voilà que Jésus n’est pas seulement cet homme donné à Israël, ce descendant de la race de David. L’évangéliste nous dit : "afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu". Fils de Dieu, voilà une expression qui nous conduit déjà beaucoup plus loin. Encore faut-il bien comprendre que ce terme de Fils de Dieu peut être employé de fait, dans la Bible dans un sens plus commun. Tous les hommes sont fils de Dieu, et plus particulièrement, le peuple élu, les enfants chéris de Dieu. Nous sommes tous fils de Dieu dans la mesure où Dieu nous a créées, dans la mesure où Dieu nous a façonnés, où Dieu nous protège, nous prend dans sa bienveillance. Et en ce sens, on pourrait prendre ce titre de “Fils de Dieu”, d’une manière finalement assez banale. Bien entendu l’évangéliste nous invite à aller plus loin. Et c’est pourquoi, à plusieurs reprises, dans son évangile il emploiera le terme : “Fils unique de Dieu” pour bien marquer que ce n’est pas un fils de Dieu parmi les autres, ce n’est pas une créature parmi d’autres. Il est Fils à un titre unique, Il est Fils d’une manière qui n’a rien de commun avec les autres. Saint Paul dira, d’une manière équivalente, : "le Fils de son amour". Et Ma­thieu et Marc mettront dans la bouche de Dieu Lui-même parlant du haut du ciel cette expression : "Il est mon Fils Bien Aimé ". Jésus est donc le Fils de Dieu à un titre tout particulier. Il reçoit de Dieu une protec­tion tout à fait spéciale, Il est dans une relation unique avec Dieu, qui n’a rien de commun avec cette relation qui peut être la nôtre, qui est une relation de filiation certes, mais de filiation par l’acte créateur. Jésus est Fils de Dieu en un sens bien plus profond et plus émi­nent.

Et c’est pourquoi l’apôtre Thomas, quand il voit le Christ ressuscité va aller plus loin encore et droit au but. Il ne dit pas seulement de Jésus : "Tu es le Fils de Dieu", il dit : "Tu es mon Dieu". Il proclame de façon nette et absolue la divinité du Christ. "Mon Dieu", c'est-à-dire Celui qui est Dieu pour moi. Jésus est notre Dieu, Il est Dieu Lui-même venu nous visi­ter, Dieu Lui-même qui s’est fait proche de nous, Dieu qui est venu se mettre à notre portée, mais Dieu dans toute sa splendeur, Dieu dans toute sa puissance, et tout son Infini. C’est l’Infini même de Dieu qui s’est ainsi laissé toucher par Thomas. C’est l’infini même de Dieu qui a accepté d’avoir les mains et les pieds percés, le côté transpercé. C’est Lui qui a ac­cepté de souffrir et de mourir sur la croix. C’est Dieu "Tu es mon Dieu". Et Thomas ainsi reconnaît d’un seul coup non seulement la personne du Ressuscité, non seulement que ce ressuscité est le même Jésus avec lequel il a vécu pendant trois années, mais que ce Jésus qui est bien un homme qu’il peut toucher et voir, ce Jésus est : "mon Dieu". Il est Dieu Lui-même en forme d’homme.

Et c’est pourquoi au-delà même de ce mot de "Dieu" qui reste, si j’ose dire, le nom commun qui est donné à la divinité par les hommes, Thomas va lui donner le nom propre de Dieu, le nom même que Dieu avait révélé à Israël : "Seigneur" dans la bible grecque, est utilisé comme traduction du nom propre de Dieu, ce nom imprononçable, intraduisible, que Dieu Lui-même a donné à Moïse au buisson ardent, quand Moïse Lui disait : "Si je dois me rendre auprès des enfants d’Israël pour leur parler en ton Nom, ils me diront, qui est Celui qui t’envoie ? quel est son Nom ? Alors que leur dirai-je ?" et Dieu a répondu : "Je suis qui Je Suis". Mon nom est "Je Suis". "Je suis" c’est à dire : "Je suis là, je suis présent, je suis avec vous, la plénitude de ma présence avec vous Je suis Celui qui remplit la totalité de votre être et de votre vie et de votre histoire. Je suis Celui qui va et marche avec vous". C’est ce nom que Dieu avait donné à Moïse et que les juifs ne prononçaient jamais, que vous trouvez quelquefois transmis dans vos bibles en Yahvé, par une sorte d’approximation, œuvre des commentateurs, mais c’est seulement une hypothèse, en réalité ce nom n’était jamais prononcé, par respect pour Dieu. Et les juifs aujourd’hui encore se conten­tent, en voyant les consonnes de ce nom (puisqu’en langue hébraïque on écrit seulement les consonnes des mots), de dire : "le Seigneur". Quand Thomas dit donc : "Tu es mon Seigneur et mon Dieu", il donne à Jésus le nom propre de Dieu tel que Lui-même l’avait révélé à Moïse sur le mont Horeb, au moment du buisson ardent.

Frères et sœurs, telle est la foi qui nous est proposée, telle est la foi que Thomas a confessée, tel est la foi qu’il nous a transmise ainsi que tous les apôtres. Telle est la foi de l’Église. Telle est la foi qui est l’objet même de l’évangile, Jésus est le Messie promis à Israël. Plus encore Il est Dieu Lui-même. Et enfin Il est Dieu dans le mystère le plus profond de son Nom, Dieu dans son identité mystérieuse, inté­rieure, secrète, qu’il nous faut partager comme à tâ­tons, dans l’obscurité de la foi, mais nous révélant ainsi ce qu’il a de plus intime, de plus intérieur.

Tel est Jésus, le Jésus de l’évangile. Tel est le Jésus qui a vécu sur la terre pendant trente années. Tel est le Jésus qui a guéri des malades, qui a marché sur les routes de Palestine, qui est mort sur la croix et qui est ressuscité. C’est Lui qui est vivant, comme le dit l’Apocalypse, Il est "le premier", le créateur, et "le dernier", Celui qui accomplira toute chose. Il est le vivant, Il est notre Dieu. "Tu es mon Seigneur et mon Dieu".

AMEN

 

 

 
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