AU FIL DES HOMELIES

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LE VRAI RÉALISME DE THOMAS OU LA FOI EST UNE PÂQUE

Ac 2, 42-47 ; 1 P 1, 3-9 ; Jn 20, 19-31
Deuxième dimanche de Pâques - année A (26 avril 1987)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

Frères et sœurs, il manque quelque chose dans l'évangile, il nous manque en effet un récit détaillé de la Résurrection. On nous raconte ce qui s'est passé avant et ce qui se passe après, mais les évangélistes restent silencieux sur l'évènement même de la Résurrection, cet évènement est tellement intime au cœur de Dieu qu'il y reste comme un secret qui n'appartient même pas à l'Écriture. On nous raconte ce qui s'est passé avant la Résurrection, on nous raconte cette histoire de trois ans pendant lesquels des hom­mes ont suivi Jésus, ont appris à le connaître, ont ap­pris à découvrir ce qu'il était, ont appris à s'étonner, l'ont même renié et sont montés jusqu'à la croix, ont été saisis de stupeur, mais restant là, ils avaient at­tendu. Et puis il y a après cet événement celles qui croient, celle qui le confond avec le jardinier, celle qui veut le ramener à elle et le toucher, et ceux qui l'ont vu, et Pierre le dit lui-même, et enfin celui qui veut encore le toucher et qui s'appelle Thomas. Dans l'évangile, il y a un avant et un après.

Et c'est la foi que nous célébrons en ce jour puisque c'est l'évangile de l'incrédulité de Thomas ou de la foi de Thomas, mais qu'est-ce que la foi entre avant et pour cet après ? De quoi s'agit-il ? Nous avons coutume de croire que notre foi est comme un pont jeté dans l'inconnu pour des réalités finalement peu évidentes car elles sont celles de Dieu. Et nous avons coutume de prêcher et même d'entendre que la foi finalement c'est un oui vertigineux jeté dans la nuit, jeté dans l'inconnu et qu'il faut lancer les yeux levés vers le ciel où l'on peut voir la croix du Christ resplendir de sa future gloire.

Certes il y a dans la foi un inconnu, il y a dans la foi une démarche vertigineuse de la liberté de l'homme qui reste devant le grand silence et devant cette absence de Dieu. Pourtant, elle est belle cette logique et ce réalisme de Thomas qui désire toucher le corps du Christ, et en touchant le corps du Christ, Thomas retrouve la foi. Le problème pour Thomas, c'est de savoir si oui ou non, Il est ressuscité, si oui ou non, c'est le même entre avant et après, c'est-à-dire que l'homme qu'il a connu, avec qui il a marché, qu'il a écouté, dont il a été étonné, mais qu'il connaissait comme un homme en chair et en os, qu'il a vu man­ger, qu'il a vu pleurer, qu'il a vu se mettre à genoux pour prier, qu'il a vu dormir, cet homme en chair et en os qui manifestait au-delà de ce que Thomas pouvait imaginer un message inouï et qui pourtant semblait répondre au désir le plus profond de son cœur. Tho­mas veut vérifier que Celui qui est de nouveau en face de lui après la mort et après l'infamie sur la croix est le même qu'avant. Finalement pour Thomas, il ne s'agit pas tellement d'un saut dans l'inconnu, et nous pourrions même dire que ce doute de Thomas relève d'un manque de foi, qu'il est la preuve d'un homme plutôt faible, qui n'est pas comme les autres apôtres, qui n'a pas dit : "nous avons vu le Seigneur", et appa­remment ce "nous avons vu le Seigneur" avait suffi à Pierre et à ceux qui le suivaient. Donc Thomas désire toucher.

Frères et sœurs, par ce geste de Thomas nous apprenons que le Christ ressuscité porte sur Lui les blessures de la croix. Nous apprenons que le corps du Christ transfiguré, glorifié, a sur Lui la cicatrice de la mort qu'Il a subie, porte sur Lui les marques de la croix, les marques du don de sa vie. Et Thomas a raison de vouloir toucher le corps du Christ, il a rai­son d'être, de façon si absolue, réaliste, car la foi est aussi l'absolue découverte de la vraie réalité de ce monde. Elle n'est pas uniquement une confiance aveugle jetée dans l'inconnu, d'ailleurs elle ne pourrait pas tenir comme telle, à mesure humaine, mais il faut pouvoir non pas contrôler du point de vue humain ces réalités, mais savoir que la réalité profonde de ce monde est comme voilée à nos propres yeux. Le Christ ressuscité, avec ses blessures, appartient tota­lement mais pas uniquement à ce monde, c'est-à-dire que son corps, ces cicatrices, ces marques des clous, cette marque du côté transpercé par la lance appartient réellement à la réalité du monde. Donc il y a là pour lui, et donc pour nous chrétiens, de ceux qui suivent le Christ, une évidence plus totale que l'évidence hu­maine, il y a là une évidence totalement divine et finalement ce côté du Christ, ces plaies du Christ nous ouvrent la porte à la vraie réalité de ce monde qui reste pour nous quelque peu encore invisible, mais qui n'en est pas moins évidente puisqu'elle situe ce monde non seulement dans son déroulement d'aujourd'hui et de demain, mais vers où il va, dans cette promesse d'avenir et d'au-delà qui commencer à naître dès au­jourd'hui. La vraie réalité du monde, c'est celle-là sur quoi porte notre foi. Et il y a là une évidence radicale que notre foi pose les yeux sur un Christ crucifié, sur un Christ ressuscité, sur un Christ qui porte encore en Lui les cicatrices de la mort. La foi, c'est l'adhésion la plus totale, la plus absolue à la réalité la plus totale, la plus absolue de ce monde, ce monde déjà changé par le Christ portant en Lui les marques de la croix, mais cicatrisées par la Résurrection et par la lumière de sa gloire.

Ainsi, frères et sœurs, notre foi repose sur ce corps du Christ notre foi c'est une Pâque dans le sens qu'il nous faut passer de la première évidence des choses que nous pourrions croire ici-bas sur terre à des choses plus évidentes encore qui sont celles de Dieu, mais Dieu rendu présent et vivant dans ce monde. La foi, pour nous, en chacun de nous, c'est une Pâque, c'est un passage, c'est une ouverture à faire en nous, pour nous ouvrir les yeux, afin que nous puissions nous exclamer avec les apôtres : "Oui, nous voyons le Seigneur", et nous le voyons comme une chose évidente qui remplit, qui envahit tout l'univers et toute l'histoire de l'univers.

Frères et sœurs, la foi n'est pas seulement aveugle, elle n'est pas seulement cette disposition du sentiment humain nu et qui se porte vers l'inconnu, mais elle est cette capacité de voir l'invisible déjà présent sur la terre, déjà présent en ce monde. Et ce passage ne peut se faire que par la cicatrice, que par la blessure qui est la preuve la plus évidente, la plus totale que c'est Dieu qui est Celui qui est monté sur la croix afin de nous sauver.

Frères et sœurs, en nous, en notre cœur, po­sons nos mains, posons notre regard, rentrons tous ensemble dans cette blessure du Christ, car cette bles­sure est notre Pâque, elle est notre Résurrection. Alors nous pourrons dire comme Thomas, et nous le dirons à genoux : "Mon Seigneur et mon Dieu".

 

AMEN


 

 

 

 
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