AU FIL DES HOMELIES

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LE PREMIER DIMANCHE DE L'ÉGLISE

Ac 5, 12-16 ; Ap 1, 9-19 ; Jn 20, 19-31
Deuxième dimanche de Pâques - année C (2 avril 1989)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Frères et sœurs, ce dimanche est le premier di­manche de l'histoire de l'Église. Jésus Lui-même a pris l'initiative de la célébration heb­domadaire de la Résurrection, le dimanche. Vous l'avez entendu, avec quelle insistance l'évangéliste saint Jean comme les autres d'ailleurs, nous affirme que Jésus est ressuscité le premier jour de la semaine. Le premier jour de la semaine, c'est-à-dire le premier jour de la création, car la semaine récapitule, renou­velle de semaine en semaine la semaine primordiale, celle de la création du monde. Le premier jour du monde, c'est le jour de la création de la lumière, c'est le jour où, du néant, Dieu a tiré l'univers. Il n'y avait rien. Seul, l'Esprit de Dieu planait, et Il a fait surgir de rien toute chose. Dieu dit : "que la lumière soit", et la lumière fut. Ce fut le premier jour.

Pour l'Ancien Testament, pour les juifs, ce premier jour de la semaine était suivi de tous les au­tres jusqu'au septième qui était le jour sacré du sabbat, le jour où Dieu s'était reposé après avoir accompli toute chose. Et chaque semaine était scandée par le retour du septième jour du sabbat. Jésus a passé le sabbat au tombeau, Il s'est endormi sur la croix et Il est resté dans le sommeil de la mort tout au long de ce sabbat. Et le premier jour de la semaine, alors qu'une semaine nouvelle recommençait, Il s'est levé du tom­beau pour une création nouvelle, Lui qui est la lu­mière née de la lumière, Lui qui est la Parole de Dieu, le Verbe véritable, la vraie lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde, Il s'est levé du tombeau pour que le monde soit renouvelé par cette lumière nouvelle, celle de sa Résurrection.

Pâques, c'est la nouvelle création, et c'est pour cette raison que, dans la nuit de Pâques, ceux qui ne sont pas encore disciples du Christ sont renouvelés, sont recréés dans les eaux du baptême par l'Esprit Saint, comme à la toute première création. Comme au premier jour, l'Esprit a fait surgir toute chose du néant, comme Jésus le premier jour de la semaine s'est levé vivant du tombeau, de la même manière les néophytes sortent vivants des eaux du baptême, le premier jour de la semaine. C'est donc ce même jour, le premier jour de la semaine, que Jésus s'est montré à ses disciples, qu'Il leur a dit : "Recevez l'Esprit Saint", après avoir soufflé sur eux. Comme l'Esprit avait fa­çonné le monde, comme l'Esprit vient sur les eaux du baptême, comme l'Esprit renouvelle les baptisés, ainsi l'Esprit a été soufflé par le Christ sur ses disciples, le premier jour de la semaine.

Nous célébrons chaque année la fête de Pâ­ques au retour de l'anniversaire de la Résurrection du Christ, mais en même temps nous célébrons cette fête de Pâque chaque semaine, toutes les fois que revient le premier jour de la semaine, et c'est cela le diman­che. La célébration du dimanche, c'est la célébration hebdomadaire de la Résurrection du Christ. Or vous venez de l'entendre, c'est Jésus Lui-même qui a eu l'idée et l'initiative de cette célébration hebdomadaire de sa Résurrection. Apparu à ses disciples le premier jour de la semaine, Thomas n'étant pas avec eux, Jé­sus est revenu huit jours après le dimanche suivant, pour renouveler en quelque sorte par cette deuxième apparition, renouveler la célébration de sa Résurrec­tion avec l'ensemble des disciples, Thomas cette fois étant parmi eux. Et depuis que Jésus est revenu le dimanche qui a suivi Pâque pour célébrer ce diman­che avec ses disciples, depuis lors l'Église n'a jamais cessé, de dimanche en dimanche, de célébrer la Ré­surrection du Christ.

En ce deuxième dimanche de Pâques qui suit immédiatement la fête de la Résurrection, nous célé­brons cette initiative du Christ qui est venu, de se­maine en semaine, célébrer sa propre Résurrection avec tous ses disciples. C'est ce que nous faisons au­jourd'hui, c'est ce que nous faisons chaque dimanche. Chaque dimanche est la fête de la Résurrection du Christ, c'est le Christ Jésus Lui-même qui l'a voulu, c'est Lui qui nous l'a indiqué, c'est Lui qui l'a enseigné à ses disciples. Et ainsi nous nous trouvons rassem­blés pour cette Résurrection. Vous le comprenez, la célébration du dimanche n'est pas, frères et sœurs, pour chacun d'entre nous, l'occasion de trouver un surcroît de vie spirituelle, ce n'est pas notre ration hebdomadaire de prière, ce n'est pas notre rencontre hebdomadaire avec la religion, ce n'est pas l'accom­plissement d'un devoir, comme on appelle le devoir dominical, si nous sommes rassemblés aujourd'hui, c'est parce que le premier jour de la semaine est le jour de la Résurrection du Christ, c'est le jour de la création nouvelle, c'est le jour de notre recréation, c'est le jour de notre propre baptême, c'est le jour de notre vie, c'est le jour de la vie de chacun d'entre nous. Et nous sommes tous ensemble rassemblés comme les disciples pour être heureux ensemble de cette joie du Christ ressuscité parce que, de la même façon que le Christ est venu au mi lieu des disciples, de la même façon Jésus vient au milieu de nous, tout à l'heure, aussi réellement dans ce pain et ce vin qui sont son corps et son sang, Jésus vient aussi réelle­ment parmi nous qu'Il était parmi les disciples le di­manche qui a suivi celui de sa Résurrection.

C'est cela la raison d'être de notre ras­semblement, nous sommes là pour être avec le Christ, avec le Christ ressuscité, nous sommes là pour célé­brer la fête de la Résurrection du Christ, nous sommes là pour la célébrer ensemble, nous sommes là pour partager cette joie et non pas par hasard les uns à côté des autres pour venir passer un petit moment de prière dans une église. La célébration de la messe en semaine est une chose profondément nourrissante et pieuse, mais elle n'a rien à voir avec cette célébration du dimanche qui est le fondement de notre foi, qui est l'assise même de notre raison d'être, qui est la base de notre vie chrétienne. Le dimanche, ce n'est pas un jour comme les autres, c'est un jour unique, c'est le jour des jours, c'est le jour par excellence, c'est le jour qui n'aura pas de fin, car cette Résurrection du Christ le premier jour de la semaine anticipe, inaugure, prélude à cette résurrection finale quand, le premier jour de la semaine, le Christ reviendra pour nous prendre avec Lui, quand, après la fin du monde, tout sera recréé, restauré dans un monde nouveau. Car depuis les origines de l'Église, les chrétiens attendent le retour du Christ le premier jour de la semaine, pour la même raison que le Christ est ressuscité le premier jour de la semaine. Nous ressusciterons nous aussi à ce moment-là. Et c'est la raison d'être des Vigiles du samedi soir, de ces Vigiles que les premiers chrétiens prolongeaient tout au long de la nuit du samedi au dimanche, dans l'attente du retour du Christ, persua­dés que, de la même façon que dans la nuit de Pâque Jésus était sorti du tombeau, dans la nuit du samedi au dimanche Jésus reviendrait les chercher. Et toute la nuit, ils attendaient cette venue du Seigneur, concluant, au petit matin quand le jour se levait, cette attente par ce retour anticipé du Christ dans l'eucha­ristie qui n'est pas encore tout à fait son retour final et qui est pourtant déjà son retour réel et sa venue véri­table.

Frères et sœurs, c'est cela qui doit animer notre cœur quand nous sommes ici, rassemblés pour le dimanche. Nous sommes là dans l'attente du Christ, dans le désir de la venue du Christ, nous sommes tout entiers tournés vers ce retour du Christ qui déjà s'inaugure, qui déjà s'annonce, qui déjà est commencé, qui déjà est réalisé quand nous allons recevoir le pain et le vin qui sont son corps et son sang, sa présence réelle, inauguration du banquet cé­leste, inauguration de la fête messianique éternelle du paradis. Eucharistie du dimanche, eucharistie de la Résurrection, eucharistie du dimanche, eucharistie de l'attente du retour du Christ, eucharistie du dimanche, c'est aussi, je le disais en commençant, la fête de notre baptême à tous. Et c'est pourquoi c'est le dimanche que sont célébrés les baptêmes, et de préférence pen­dant la messe du dimanche, et c'est ce que nous allons faire pour Clément. Clément va être plongé dans l'eau du baptême, il va être plongé dans le mystère du Christ, dans la Pâque du Christ. Comme le Christ est sorti vivant du tombeau, Clément va surgir vivant de cette eau baptismale. Et c'est toujours le même mys­tère de cette création nouvelle, c'est toujours ce même mystère de ce renouvellement radical de nous tous. Oui Clément va être refait à neuf, il va être créé comme enfant de Dieu, comme fils de Dieu à l'image de Jésus. Et c'est la vie du Christ ressuscité qui va jaillir en lui et qui va le remplir pour toute sa vie comme elle nous a remplis au jour de notre baptême et comme elle doit remplir notre cœur pour toute no­tre vie.

Frères et sœurs, que la célébration de ce di­manche, que la célébration de ce baptême de Clément, que la célébration de la Résurrection du Christ nous remplissent d'une immense joie et nous donnent la fierté et l'assurance de vivre en chrétiens heureux d'être les disciples du Christ, heureux de recevoir sa vie, heureux de rayonner cette vie.

 

AMEN

 

 

 
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