AU FIL DES HOMELIES

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LE JOGGING CHRÉTIEN : LE SOUFFLE DE DIEU

Ac 4, 32-35 ; 1 Jn 5, 1-6 ; Jn 20, 19-31
Deuxième dimanche de Pâques - année B (30 avril 2000)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

Moi je suis comme..." Cette phrase je l'ai bien souvent entendue dans mon minis­tère. Moi, je suis comme Thomas ! C'est la phrase la plus commune et la plus utilisée par bien des gens qui somme toute finissent par être chrétiens. A mon avis, c'est la phrase la plus usante, je comprends qu'il faille des preuves pour croire, mais les personnes qui l'utilisent sont à côté de la dernière des béatitudes laissée par Jésus à ses disciples : "Heureux ceux qui croiront sans avoir vu". Comme Jésus inaugurant sa prédication avait dit : "Bienheureux les pauvres en esprit, bienheureux ceux qui sont persécutés", c'est aussi une vraie béatitude que celle-ci : "Heureux ceux qui croiront sans avoir vu ". Il y a beaucoup de gens malheureux dans le monde et parmi les chrétiens, dans notre assemblée, sans nommer personne, tel ou tel m'a déjà dit : "Moi, je suis comme Thomas !" Per­mettez-moi de vous plaindre. Moi, je ne suis pas comme Thomas, parce que je n'ai jamais rien vu per­sonnellement, ce n'est pas pour cela, du moins j'es­père, que je n'ai pas la foi. Je sais que j'ai la foi, je manque quelquefois d'espérance, mais j'espère que j'ai la foi. Et en l'occurrence, la foi est l'élément central et principal de ce dimanche dans cet événement que nous célébrons et qui est arrivé aux disciples. A mon avis, si Thomas avait été avec les autres apôtres la semaine dernière lorsque Jésus leur était apparu, il n'aurait pas eu besoin d'avoir huit jours plus tard cette apparition personnelle, mais surtout cela ne l'aurait pas empêché d'avoir à manifester cet acte de foi. Ce n'est pas parce qu'on voit qu'on croit. Il y a hélas plein de choses qu'on voit dans notre vie et qui nous lais­sent parfaitement incrédules. Les signes, si signes de la foi il y a, deviendront pour certains, des signes de foi, et pour d'autres ne signifieront rien du tout. Vous pourriez voir le Christ ressuscité qui vous dirait : "Voici mes mains et mes pieds qui sont transpercés", je suis certain qu'il y aurait peut-être un petit quart de notre assemblée qui croirait, et le reste qui continue­rait à douter. Vous me rétorquerez que cela n'empêche pas les gens d'être chrétiens, car le doute n'a jamais empêché d'être chrétien. C'est vrai, mais ce qui man­quait à Thomas, ce n'est pas d'avoir vu le Christ avec cette espèce de concrétude de la manifestation de Jésus, mais ce qui manquait à Thomas, c'est d'abord, bien sûr la foi. Il aurait dû, comme tous ces chrétiens que nous sommes, croire ses collègues, il n'a pas beaucoup de foi ni en saint Pierre, ni en saint Jean, ni en tous ceux qui lui disent : "Mais nous avons vu le Christ ressuscité". On peut toujours pleurer sur notre sort et essayer de convaincre les autres de l'existence du Christ ressuscité. Comment voulez-vous que les gens croient quand Thomas lui-même ne croit pas ceux qui lui sont proches, ceux avec qui il a déjà par­tagé pas mal d'instants de sa vie, et qui lui affirment que Jésus est vraiment ressuscité ? Thomas est vrai­ment bouché.

Il manquait à Thomas une chose essentielle : ce n'est pas tant finalement cet acte de foi qui repose sur Jésus lui-même apparaissant ressuscité, ou acte de foi qui s'appuie sur la résurrection parce que les disci­ples ou les apôtres le lui ont témoigné. Ce qui man­quait à Thomas, c'était le souffle de Dieu, il n'y a rien d'autre qui manquait à Thomas. Il avait tous les élé­ments en mains. Il avait vu le Christ, il le connaissait, il avait eu son enseignement, seulement Jésus avait fait un geste en l'absence de Thomas, et cela lui a manqué : Jésus avait soufflé sur ses disciples en leur disant : "Recevez l'Esprit Saint".

Frères et sœurs, nous le savons, on nous le ré­pète assez souvent, il n'y a pas d'assemblée chrétienne s'il n'y a pas d'Esprit Saint. Il n'y a pas de pain et de vin consacrés s'il n'y a pas d'Esprit Saint. Il n'y a pas d'eau baptismale et d'enfant qui renaît de l'eau s'il n'y a pas d'Esprit Saint. L'Esprit saint est vital à notre assemblée comme à notre vie, aussi vital que si nous n'avions pas le souffle en nous. Imaginez tout de suite, faites-en l'expérience, bouchez-vous les oreilles, la bouche et le nez, au bout de quelques instants n'ayant plus de souffle, vous mourrez, ou bien vous serez obligés de reprendre une grande respiration, le souffle c'est vital. Un enfant qui naît avec le cordon ombilical tourné autour du cou, la première chose qu'il fait, c'est chercher de l'air, s'il n'en a pas c'est dramatique, le premier cri de l'enfant c'est un cri parce que c'est un souffle qui doit pénétrer dans ses pou­mons, c'est vital pour lui de respirer, et c'est pour cela qu'il en crie. Le souffle, l'air déchire ses poumons. Tout cela nous ramène à ce qu'il y a de plus vital : le souffle pour Dieu, comme pour l'homme, c'est l'es­sentiel et l'insaisissable Quoi de plus essentiel que l'air et quoi de plus insaisissable que l'air ? Et juste­ment ce que Thomas n'avait pas saisi, puisqu'il ne s'agissait pas tant de rentrer dans du pratico-pratique, que de rentrer dans le souffle de l'Esprit Saint, d'aller directement à l'essentiel et d'être atteint lui aussi par le cadeau même, le geste même qui fait que tous nos gestes, tous nos cadeaux, toute notre grâce vient de là. "Jésus souffla sur le front de ses disciples et leur dit : Recevez l'Esprit Saint". Vous le savez, la Bible elle-même dès le départ connaît la nécessité du souffle, en hébreu, c'est "ruah", c'est bien ce souffle et cet Esprit qui planait sur l'abîme, nous dit la Genèse, pour qu'il y ait création, pour que de l'abîme du chaos et des ténèbres naisse le monde, il faut du souffle. Et lorsque l'homme est pétri de la glaise, il reste glaise s'il n'y a pas en lui le souffle de Dieu qu'il met presque bou­che-à-bouche, soufflant dans ses narines pour bien montrer que l'homme est de la terre mais aussi du ciel, il a aussi une autre respiration. On voit bien dans l'Écriture, à quoi sert le souffle, aussi bien Dieu se promène à la brise du soir . dans un souffle léger, aussi bien Dieu se révèle dans le murmure d'un brise légère au prophète Elie qui attend sa révélation, et ce n'est pas dans l'ouragan que Dieu se manifestera à lui mais dans un souffle comme une caresse, c'est ce souffle-là qui est donné à tous les prophètes pour qu'ils posent les actes et les gestes qui sont porteurs de la mission que Dieu leur confie. Pour son Eglise, pour ses apôtres, Jésus fait ce geste de souffler sur eux, pour que l'Église qu'Il forme ait du souffle. Parce que la respiration aussi symboliquement dans l'homme, si c'est ce qu'il y a de vital, c'est ce qui est atteint par tout ce qui semble insaisissable, la joie, la peur, une émotion forte atteint toujours notre souffle, nous en avons le souffle coupé, ou au contraire notre respiration s'élargit selon l'émotion qui nous étreint, et au crépuscule ultime de notre vie, c'est bien le souffle que nous perdons, que nous remettons entre les mains du Père. Oui, avoir ce souffle, cet Esprit-Saint, c'est l'essentiel et cependant l'insaisissable. Mais dans notre vie ? Je dirais qu'un chrétien ne devrait pas manquer d'air. C'est dommage que nous manquions d'air pour vivre justement de cette vie, c'est dommage que l'Église ne prenne pas toujours la respiration qui de­vrait être la sienne et prendre un peu plus d'ampleur, être plus à l'aise, ne pas avoir peur, ne pas avoir le souffle coupé. Le monde sera toujours un abîme, un chaos informe, vide et vague, mais si ce n'est pas nous qui lui donnons le souffle qui nous a été transmis par notre baptême, comment voulez-vous que le monde soit une création nouvelle. Si nous-mêmes nous nous laissons intoxiquer dans un monde irrespirable : il suffit de se rendre compte combien la qualité de l'air est devenue un souci quotidien, on ne parle que de pollution, sans compter de la lutte anti-tabagique, puisque non seulement ceux qui fument nous empê­chent de respirer, mais s'époumonent eux-mêmes, et la Sécurité Sociale s'essouffle à cause de cela... Nous sommes dans un monde asphyxié, on le sent bien, et dans ce monde asphyxié, on a besoin de gens qui sa­vent donner de l'air frais et respirable, qui savent faire respirer les gens au rythme de l'Esprit de Dieu. Oui c'est sportif... effectivement, le dimanche matin vous avez choisi de venir à la messe plutôt que de faire votre jogging, exercice qui permet de bien respirer. Le chrétien a besoin de cette respiration, de ce jogging hebdomadaire pour pouvoir le reste de la semaine ne pas s'essouffler en annonçant et en vivant au quoti­dien, avoir encore assez d'air et de force pour dire et témoigner du message du Seigneur : "Reçois l'Esprit Saint et transmets-le". Le souffle nous emmène très loin, je laisse la parole à un écrivain qui nous mani­feste que c'est à tout âge, que ce n'est pas seulement ceux qui vont faire leur première communion ou Lu­cie qui va être baptisée, qui vont être dans cet Esprit Saint et dans ce souffle, mais c'est chacun d'entre nous.

"Quel que soit ton âge, écoute, ta naissance est de chaque instant. Entends la chanson du vent, le vent du large, lorsque le quotidien, le travail, l'amitié même se fait routine. Il chante en nous l'envie de par­tir, de s'embarquer sur un océan étranger, de risquer un ailleurs, d'oser la rencontre. La naissance est ap­pel.

Quel que soit ton âge, écoute, ta naissance est de chaque instant, au milieu de la nuit, entends la chanson du vent, le vent de sable, lorsque tout semble vide de sens et d'espoir, de ces mille et une aiguilles, tourbillon de souffrance qui transpercent nos carapa­ces d'orgueil et de suffisance. La naissance est déchi­rement.

Quel que soit ton âge écoute, ta naissance est de chaque instant. Au cœur de ta vie, entends la chan­son du vent, le vent calme du soir, quand résonne en écho le souffle premier éveillant le nouveau-né, le souffle coupé des amoureux émerveillés, le souffle dernier de l'homme crucifié. La naissance est ren­contre du Vivant.

Quelle que soit ton histoire, entends la chan­son du vent, ta naissance est de chaque instant".

(M. L. GAULARD).

Je crois que c'est ce qui manquait à Thomas. Ne me dites plus : "Moi je suis comme Thomas", sauf s'il vous a manqué de l'Esprit Saint, mais cela per­mettez-moi d'en douter !

 

 

AMEN

 

 
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