AU FIL DES HOMELIES

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VIVEMENT DIMANCHE !

Ac 5, 12-16 ; Ap 1, 9-19 ; Jn 20, 19-31
Deuxième dimanche de Pâques - année C (15 avril 2007)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

Un des passages de l'évangile le plus populaire, combien de fois entendons-nous dire, ou nous-mêmes avons nous dit quelquefois : "Moi, je suis comme Thomas, si je ne touche pas, je ne crois pas". Il est vrai qu'aujourd'hui notre liturgie est tournée vers cette apparition à Thomas, et nous y sommes aidés par le tableau qui est au fond et qui représente exactement la scène que nous venons de lire, où Thomas touche Jésus. On se dit alors : j'ai au moins cette phrase pour me consoler : "Heureux ceux qui croiront sans avoir vu".

Mais je ne vais pas vous parler de Thomas ni de cette apparition de Jésus à Thomas. C'est important certes, mais il y a peut-être un détail qui nous a échappé à l'écoute de cet évangile, c'est que cela se passe un dimanche. Cela n'a l'air de rien, mais c'est dimanche ! Dans la liturgie chrétienne, le deuxième dimanche de Pâques a reçu différents noms. Jusqu'à Jean-Paul II qui a déclaré ce dimanche, quelques années avant de mourir, le dimanche de la miséricorde selon une apparition faite à sœur Faustine. Ce dimanche porte un nom très ancien, on a aimé l'appeler le dimanche "in albis". Pourquoi ? Et Catherine qui est là le sait aussi, c'est parce que le jour où ceux qui avaient été baptisés dans la nuit de Pâques revenaient huit jours après et déposaient leur vêtement blanc. Cela signifiait que désormais, ils pouvaient non plus n'être que des néophytes, des jeunes pousses, mais pleinement chrétiens dans la vie et garder intact ce vêtement blanc dans leur cœur. On l'a appelé aussi le dimanche de Quasimodo, parce que dans le missel romain, c'est le premier mot de l'antienne qui était chantée ce jour-là, c'est-à-dire "comme des enfants nouveaux-nés, venez boire au lait qui vous est donné", c'est une citation extraite de la première épître de Pierre. On l'appelle aussi le dimanche de Thomas, parce qu'après la résurrection, c'est le jour de l'apparition à cet apôtre.

Mais il y a un titre que je préfère à tous ceux-là, et c'est le dimanche des dimanches. Qu'est-ce à dire ? l'évangile que nous avons entendu montre Jésus qui apparaît le soir du premier jour de la semaine. Après la mort de Jésus-Christ, le vendredi, c'est le sabbat, et Jésus se repose. D'ailleurs, tout le monde se repose avec lui. Le jour du sabbat, c'est le jour de Dieu, le jour du repos. Jésus ressuscite le dimanche, c'est-à-dire le premier jour de la semaine. Nous, lorsque nous parlons du week-end, nous avons l'habitude de compter dans le week-end le samedi et le dimanche. En fait, pour les chrétiens, le dimanche n'est pas la fin. C'est exactement le contraire, c'est le début, c'est le premier jour de la semaine. Il nous est dit qu'Il apparaît aux disciples, aux apôtres, Il dit : "Paix soit à vous", et Il souffle sur ses apôtres pour leur donner l'Esprit Saint, en leur disant : "Recevez l'Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils le seront remis". On dit ensuite que Thomas n'y est pas, cela pose une question mais je ne règlerai pas le problème, je ne sais pas si Jésus a fait du rattrapage et soufflé sur lui pour qu'il puisse aussi remettre les péchés, mais c'est une autre question. Toujours est-il que Thomas va vivre une expérience différente. Jésus va lui apparaître, on connaît l'épisode, il touche les plaies du Christ et s'écrie : "Mon Seigneur et mon Dieu". Oui, mais Jésus attend huit jours pour apparaître à Thomas, or on peut supposer que Thomas était revenu vers les apôtres avant ce temps. Pourquoi huit jours après ? Quand je dis que nous célébrons le dimanche des dimanches, c'est parce que désormais c'est le Christ lui-même qui marque le rythme fondamental de la vie chrétienne. Et je dis bien le rythme fondamental de la vie chrétienne. Si Jésus choisit, comme le texte le dit, d'apparaître huit jours après, c'est-à-dire le dimanche suivant, certes, ce qui va se passer avec Thomas est important, mais ce qui est premier, c'est ce que ce temps-là marque désormais pour les disciples. Les apôtres prendront dès lors l'habitude de se réunir tous les dimanches. Ils viendront se rassembler pour célébrer le Christ ressuscité tous les dimanches, car ce jour est la manifestation du Christ ressuscité, d'un Christ qui se manifeste ressuscité par le fait du rassemblement le jour "J", le jour donné. D'ailleurs, ce qui est important, c'est que contrairement ce que l'on a souvent l'habitude de croire, ce qui est premier le dimanche n'est pas d'abord de célébrer l'eucharistie. Même si l'eucharistie est célébrée normalement le dimanche, elle est le couronnement de ce qui est premier, c'est-à-dire que les chrétiens se rassemblent le dimanche. Ce rassemblement, c'est l'assemblée qui fait la confession de foi et la manifestation du Christ ressuscité. Pour que le Christ ressuscité disant que "là où deux ou trois sont rassemblés en mon nom, je suis présent au milieu d'eux", cette présence soit manifestée par ce rythme-là. Bien sûr, vous me direz que c'est évident qu'il faille bien un rythme à la vie de l'homme. D'ailleurs au niveau religieux, il est évident que les juifs en avaient déjà l'habitude puisque le sabbat, ce que l'on appelle le samedi, ils célèbrent le jour du Seigneur par le repos, Dieu ayant créé le monde en six jours, la Bible nous dit qu'Il se repose le septième jour. On pourrait dire que plusieurs siècles après les musulmans ont compris aussi cela, puisqu'ils se réunissent le vendredi ce qui veut dire pour eux le jour de l'assemblée, ils y célèbrent entre autres, le fait de la descente du Coran remis à Mahomet.

Donc, le dimanche pourrait être simplement un jour parmi d'autres où il faut bien avoir une coupure. Mais le dimanche est plus qu'une célébration d'un don ou d'un repos, car le dimanche chrétien est à la fois une confession de foi, d'espérance et de charité. C'en est aussi l'expérience pour le chrétien. Pourquoi ? On le voit dans l'évangile où il y a unité de temps, d'action et de lieu. Lorsque les disciples se rassemblent, ils sont l'ecclesia déjà, celle qui est rassemblée, ce que nous sommes aujourd'hui d'ailleurs. Là, par l'apparition à Thomas, ils font l'expérience de la foi : "Heureux ceux qui croiront sans avoir vu". C'est ce que nous faisons aujourd'hui encore. En même temps, c'est parce qu'ils sont là le huitième jour, le jour de la résurrection, qu'ils manifestent que dans le quotidien de leur vie, il y a un moment particulier, un temps qui n'est plus le temps ordinaire, ou comme les autres. Ils peuvent ainsi se comprendre eux-mêmes comme étant rassemblés, porteurs d'une confession de foi parce qu'il y a une parenthèse dans un temps continu, monotone et monocorde.

Ainsi, célébrer le dimanche est essentiel à la foi chrétienne. Je suis toujours un peu décontenancé, c'est arrivé encore récemment (que personne ne s'y reconnaisse), quand on me dit en confession : mon père, je ne suis pas allé à la messe, ce n'est pas grave n'est-ce pas ? Je n'ai pas envie de terroriser la personne qui me dit que ce n'est pas grave, effectivement, il n'y a pas mort d'homme, c'est évident, si c'est à ce niveau-là ce n'est pas d'une grande gravité. Et pourtant, quand on y réfléchit, le dimanche a toujours été fondamental pour les chrétiens. Non pas parce que le calendrier a toujours été ainsi, car dans l'Antiquité, le dimanche n'était pas chômé, mais les chrétiens prenaient sur leur temps et leur énergie pour pouvoir se rassembler ce jour-là. Ils étaient à contretemps d'un calendrier pour pouvoir manifester que ce qui fait la confession et la mission du chrétien, c'est le rassemblement ce jour-là. Nous pouvons toujours pleurer toutes les larmes de notre corps sur le fait que les magasins ouvrent le dimanche, sur le fait qu'on ne respecte plus le dimanche, nous n'avons pas besoin des autres pour pouvoir vivre ce temps-là. Il nous faut le prendre par nous-mêmes si on ne nous le donne pas. Ce qui est dans l'origine de la naissance de l'Église est justement manifesté par cela. Même si l'Église l'a fait, je vous le dis d'une manière un peu sèche, il n'y a pas non plus de "messe anticipée", parce que le samedi, c'est le samedi, et le dimanche, c'est le dimanche. Cela n'a rien à voir de célébrer par confort qui n'est même pas ecclésiastique, un autre jour que le dimanche. Il n'y a pas de remplacement d'une messe par une autre. Il n'y a pas une messe qui pourrait en cacher une autre. C'est la messe du dimanche qui manifeste comme pour Thomas que c'est la nécessité. Pourquoi cela devient-il vital ? Cela marque la régularité. On pourrait effectivement que ce n'est pas grave, si vous ne vous nourrissez pas tous les jours, ce n'est pas grave non plus !

Le dimanche, c'est se nourrir régulièrement. Pour les chrétiens, c'est devenu le premier lieu d'enseignement, et c'est pour cette raison que la prédication a tenu autant de place le dimanche, parce que c'était aussi la première des catéchèses qui était donnée pour les chrétiens, l'enseignement de la foi, mais aussi celui de la charité. Pourquoi ? Parce que dans l'ordinaire de nos jours, nous savons bien la difficulté que nous avons à aimer le prochain? Ce qui ne veut pas dire qu'en se rassemblant aujourd'hui, nous nous aimons tous, on a tous un petit peu quelqu'un dans le nez ! mais le propos n'est pas là. Si nous ne tendons pas à signifier qu'ensemble nos ne nous sommes pas choisi et que pourtant nous nous rassemblons ce jour-là pour une réalité qui nous dépasse, alors, jamais dans le quotidien de nos jours, nous arriverons à avoir assez de ressort pour manifester à l'autre qu'il est celui que je peux rencontrer non seulement le dimanche mais qui fait aussi de ma vie un dimanche.

J'aimerais manifester aussi ce que le pape Jean-Paul II écrivait dans une lettre apostolique sur le dimanche comme temps d'espérance. Il écrivait une très belle chose : le dimanche est destiné à soutenir la vie chrétienne. Le dimanche acquiert naturellement une valeur de témoignage et d'annonce, jour de prière, de communion, de joie, il se reflète sur la société, irradiant des énergies de vie et des motifs d'espérance. Le dimanche est l'annonce que le temps habité par Celui qui est ressuscité et qui est le Seigneur de l'histoire n'est pas le tombeau de nos illusions, mais le berceau d'un avenir toujours nouveau, la possibilité qui nous est donnée de transformer les instants fugitifs de cette vie en semences d'éternité. Le dimanche est une invitation à regarder en avant. Il est le jour où la communauté chrétienne lance au Seigneur son cri : "Maranatha. Viens Seigneur Jésus". Dans ce cri d'espérance et d'attente, elle accompagne et soutient l'espérance des hommes. De dimanche en dimanche, éclairée par le Christ, elle avance vers le dimanche sans fin de la Jérusalem céleste, quand sera achevée en tous ses éléments, la "cité mystique de Dieu qui peut se passer de l'éclat du soleil et de celui de la lune, car la gloire de Dieu l'a illuminée, et l'Agneau lui tient lieu de flambeau".

J'ai envie de vous dire, pour paraphraser un réalisateur je vous dis : "vivement dimanche, et vivement dimanche prochain !"

 

AMEN

 

 

 
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