AU FIL DES HOMELIES

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LE DOUTE QUI CONDUIT À LA FOI

Ac 4, 32-35 ; 1 Jn 5, 1-6 ; Jn 20, 19-31
Deuxième dimanche de Pâques - année B (15 avril 2012)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL


Mon Seigneur et mon Dieu (Issoire)

 

Frères et sœurs, l'écoute de ces récits d'apparitions après la résurrection du Christ manifeste quelque chose que vous avez probablement remarqué, c'est que le thème majeur est celui du doute. Bien loin d'inventer la résurrection du Christ, quand les disciples ont été mis en face de cette résurrection, leur première réaction n'a pas été de croire mais bien de chercher une explication. C'est pour cela que les soldats ont quitté le tombeau pour répandre ce bruit que le corps de Jésus avait été dérobé par les disciples. Marie-Madeleine elle-même, quand elle cherche dans le tombeau vide et que se retournant, elle aperçoit le Christ sans le reconnaître, le prenant pour le jardinier, elle lui dit : "Dis-moi où tu l'as mis et j'irai le chercher" (Jn 21, 15).

La première impression que les disciples ressentent devant le phénomène de la résurrection, c'est de croire que quelqu'un a déplacé le corps du Christ. Quand on parle du tombeau vide, on dit souvent : "Le premier jour de la semaine, les disciples, Pierre et celui que Jésus aimait, vinrent au tombeau. Jean se penchant aperçoit les linges à terre et Pierre se penchant à son tour vit les linges gisant à terre et le suaire qui avait recouvert sa tête non pas avec les linges mais roulé à part dans un endroit différent" (Jn 21, 5-7). Vous le voyez, les disciples en voyant le tombeau vide voient les linges jetés à terre comme si quelqu'un qui était revêtu du suaire s'était levé du tombeau pour sortir, ou comme si des disciples étaient venus pour sortir le corps et faire croire à sa résurrection. En réalité, si nous regardons de plus près, nous verrons que ce doute des disciples, ce doute qui revient à chaque instant, aboutit à une révélation, celle de la résurrection du Christ qui nous transporte dans le mystère même de Dieu.

Trois faits principaux nous invitent à entrer plus profondément dans ce mystère. Le premier fait, je viens de le citer, c'est lorsque Jean l'évangéliste, accompagnant Pierre vient au tombeau, voit le tombeau vide, et l'évangile nous dit : "Il vit et il crut" (Jn 21, 8). Qu'a-t-il cru parce qu'il avait vu ? Il n'a pas cru que le Christ avait été enlevé, qu'il avait été déplacé, il a vu simplement que le Christ n'était plus dans le suaire. La traduction est imparfaite, quand on dit : "Il vit les linges à terre", en réalité, ce qui est écrit c'est : "Il vit les linges affaissés" (Jn 21, 6), c'est-à-dire que normalement ces linges et ce linceul qui entouraient le corps du Christ, il les voit vides sans avoir été jetés à terre, sans avoir été déplacés, simplement affaissés sur eux-mêmes, ce qui manifeste que le Christ n'a pas été déplacé. Il ne s'est même pas réveillé lui-même pour sortir du tombeau, mais il a disparu de notre monde pour entrer dans un monde nouveau. C'est cela que croit Jean quand il voit le tombeau vide et les linges affaissés.

Un deuxième événement, c'est celui que rapporte saint Luc quand après l'apparition aux disciples d'Emmaüs, Jésus apparaît aux apôtres. "Pourquoi tout ce trouble ? leur dit Jésus. Pourquoi tous ces doutes montent-ils en votre cœur ? Voyez mes mains et mes pieds, c'est bien moi. Touchez-moi et rendez-vous compte qu'un esprit n'a ni chair ni os comme vous voyez que j'en ai. Et ayant dit cela, il leur montra ses mains et ses pieds" (Lc 24, 38-39). Là, maintenant, ce n'est plus simplement des linges qui auraient dû recouvrir un corps en étant affaissés sur place, c'est Jésus qui leur propose lui-même de le voir et de le toucher. Remarquez que saint Luc nous dit : "Voyez mes mains et mes pieds, c'est bien moi. Touchez-moi et rendez-vous compte qu'un esprit n'a ni chair ni os" (Lc 24, 39). Jésus fait appel à deux sens : la vue et le toucher qui dans la vie des hommes sont très différents. Quand on est près d'un malade dans le coma, cela ne sert à rien de lui montrer quelque chose parce que sa vue ne fonctionne plus, mais pendant longtemps encore il entend ce qu'on lui dit et il sent qu'on le touche, c'est pourquoi il faut toucher avec la main les malades pour les caresser quand ils sont au bord de la mort. De la même manière il faut savoir leur redire des mots très simples parce qu'ils les entendent sans pouvoir manifester qu'ils entendent.

C'est donc le sens du toucher et de la vue qui sont ici manifestés. Et Jésus dit aux disciples : non seulement vous me voyez, mais vous pouvez aussi me toucher. Il va leur montrer qu'il peut même manger : "Comme dans leur joie, ils ne croyaient pas encore et demeuraient saisis d'étonnement, il leur dit : avez-vous ici quelque chose à manger ? Ils lui présentèrent un morceau de poisson grillé, il le prit et la mangea devant eux" (Lc 24, 41-42). Voilà que Jésus révèle à ses disciples qu'il est tellement lui-même, tellement homme, qu'il peut manger encore comme eux et partager avec eux un repas, ce poisson grillé. C'est la manière dont saint Luc nous introduit à la vérité plénière de la résurrection : le Christ n'a pas pris un nouveau corps de remplacement, c'est son propre corps terrestre, son corps qui est né de la Vierge Marie, son corps qui a été bafoué, flagellé, crucifié et mort sur la croix. C'est bien ce corps-là qui est ressuscité puisqu'il peut encore manger.

Le troisième événement c'est celui dont nous parlait l'évangile que nous avons entendu tout à l'heure, c'est l'épisode de saint Thomas. L'apôtre saint Thomas lui aussi participe aux doutes et d'une certaine manière de façon encore plus véhémente que les autres, puisque quand les disciples lui disent qu'ils ont vu Jésus, il répond : "Si je ne vois pas la trace des clous dans ses mains, si je ne mets pas ma main dans son côté, je ne croirai pas" (Jn 21, 25). Jésus apparaît et il satisfait la demande de Thomas : "Avance ta main, mets ton doigt dans la trace des clous et mets ta main dans mon côté et ne sois plus incrédule mais croyant" (Jn 21, 27). Cela veut bien dire que Thomas non seulement a vu le Christ mais il l'a touché. Il l'a touché au plus profond de l'intimité du Christ avec lui, il a touché son cœur, son côté, l'endroit par lequel ont coulé l'eau et le sang, au moment de sa crucifixion. Il a donc touché le côté du Christ, et non seulement il a vu que c'était bien lui, non seulement il a vu qu'il était vraiment ressuscité, mais il a vu qu'il était Dieu puisque devant ce corps qu'il touche, Thomas s'écrie : "Mon Seigneur et mon Dieu" (Jn 21, 28).

Toute cette recherche autour de la résurrection, tous ces moments où le doute envahit les disciples se résolvent finalement dans la plus belle affirmation de la foi : "Mon Seigneur et mon Dieu". Jésus s'est offert pour être vu et encore mieux pour être touché, et quand Thomas a touché le corps du Christ, il a été rempli subitement d'une immense foi, d'une immense lumière, il a vu que ce corps était le corps de Dieu : "Mon Seigneur et mon Dieu". Nous allons tout à l'heure recevoir le Corps du Christ et le Sang du Christ dans l'eucharistie. Que nous puissions au moment où nos lèvres toucheront le Corps et le Sang du Christ nous écrier au fond de notre cœur : "Mon Seigneur et mon Dieu".

 

AMEN

 

 

 

 

 

 
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