AU FIL DES HOMELIES

Photos

LA VERITE DE LA FOI MALGRE LES INTERPRETATIONS ERRONEES

Ac. 5 12-16 ; Mt 28, 8+11-15
Jeudi 7 avril 2016
Homélie du frère Daniel Bourgeois

 

Frères et Sœurs, la plupart du temps, de nos jours, nous sommes scandalisés par le fait que la vérité de l’information est souvent soumise à des pouvoirs politiques, sociaux ou économiques. Comme vous l’avez entendu tout de suite, ce n’est pas d’aujourd’hui. En effet, dans ce petit épisode que nous venons d’entendre concernant les gardes, on voit très bien que quel que soit le détail exact de la manière dont les choses sont produites, une réalité aussi perturbante et aussi troublante que ne le fut le mystère de la résurrection a pu même avoir des répercussions dans le monde médiatique de l’époque, c’est-à-dire peut-être pas le téléphone arabe à l’époque, mais le téléphone hiérosolimitain.

 

Jérusalem était une petite ville, c’était un monde extrêmement fermé et dès le départ, l’annonce de la Résurrection n’a pas pu laisser indifférent ni les autorités, ni la foule des gens qui étaient soit en pèlerinage soit qui passaient par Jérusalem. Le petit événement que nous rapporte Matthieu est très significatif sur ce plan-là. En fait, à partir du moment où l’annonce de la résurrection devient une parole publique, qu’elle entre dans la vie des sociétés comme une rumeur, comme un témoignage d’adhésion, comme une certaine manière d’interpréter l’histoire récente, en réalité elle est soumise à toutes les transformations et tous les trafics possibles et imaginables. Trafic de l’information, c’est une chose bien connue et qui l’était déjà dans l’antiquité.

 

A travers ce témoignage de l’histoire des gardes qui se laissent acheter pour répandre une légende ou en tout cas ne rien dire quand on repend la légende que des disciples sont venus enlever le corps de Jésus, c’est précisément le symbole, l’exemple type de la déformation possible du mystère du salut et de la résurrection. Quand Dieu agit parmi les hommes, et la résurrection est aussi une manière pour Dieu d’agir parmi les hommes et la société de l’époque, Dieu accepte que son action soit soumise à des interprétations qui soient non seulement défavorables mais peut-être même franchement hostiles, ou en tout cas propres à détourner l’attention par rapport à l’événement. Cet épisode des gardes n’a jamais cessé d’une façon ou d’une autre de se poursuivre à travers l’histoire. 

 

L’Eglise a été sans cesse là pour rappeler la vérité fondamentale de notre foi et de notre espérance, et ça n’a jamais empêché qu’il y ait toujours des interprétations marginales, des interprétations déviantes, des interprétations réductrices pour essayer de dire que la résurrection n’est pas ce qu’on croit et que c’est simplement une certaine manière de faire croire qu’il y a une espérance qui pourrait être enracinée et fondée dans ce qui est arrivé dans la résurrection du Christ. C’est monnaie courante. Il nous arrive parfois de nous en scandaliser, de trouver que c’est inadmissible, que cette falsification est insupportable, mais on n’y peut rien, c’est comme ça. Le droit à la parole surtout dans nos sociétés modernes est absolument sans limite. On peut raconter ce qu’on veut comme on veut. L’interprétation, ça peut devenir n’importe quoi. Eh bien tant pis. 

 

Je pense que l’on peut dire que ça fait partie de la grandeur et de l’élégance de Dieu que d’avoir admis d’emblée qu’à partir du moment où l’annonce de la Résurrection passait par le réseau des relations humaines que sont l’opinion publique, la rumeur etc, tout ce réseau qui n’est pas uniquement médiatique et informatique mais qui est simplement le réseau des communications à l’intérieur des sociétés, si petites et si isolées soient-elles, à partir du moment où il y a ça, la parole de Dieu est vulnérable. Les soldats dans l’évangile représentent une certaine figure de la violence, ce sont eux qui ont accompagné Jésus à la croix, ce sont eux qui l’ont crucifié etc… Ce n’est pas tout à fait un hasard si cette déformation de l’annonce de la résurrection est liée à la personne de ces soudards plutôt que ces soldats, qui étaient payés soit pour faire le sale boulot, soit pour se taire. 

 

Alors frères et sœurs, cela veut dire tout simplement une chose, c’est que quand on est croyant et qu’on croit à une réalité comme celle de la résurrection, nous avons à être critiques, c’est-à-dire nous ne pouvons pas croire n’importe quoi. Là, dans le cas des gardes, ils essaient d’expliquer qu’il n’y a pas eu de résurrection, mais il faut se méfier tout autant de l’autre bord, de l’excès qui veut absolument raconter des histoires sur la résurrection qui ne sont pas tout à fait conformes à ce que nous croyons. Il peut y avoir du débordement dans les deux sens : soit dans le sens de la destruction, de la négation des faits, soit dans le désir d’en exagérer tellement la portée qu’à ce moment-là, on ne s’y reconnaît plus non plus. C’est donc cette espèce de vérité critique, rigoureuse qui doit être notre ligne de conduite. La résurrection du Christ, ce que nous en savons, nous le savons, ce que nous confessons dans la foi, nous le confessons, ce que nous ne pouvons pas dire, nous ne pouvons pas le dire. Voilà, je crois que c’est une attitude fondamentale du croyant. La plupart du temps, on croit que les croyants doivent être naïfs. Être croyant, avoir la foi en la résurrection des morts, la résurrection du Christ, ce n’est pas être naïf, c’est croire sur la base de ce qui nous a été annoncé, de ce qui nous a été proposé à croire qu’effectivement, c’est cela que Dieu veut pour l’homme. Tout ce qui est en plus ou en moins, comme dit un autre passage de l’évangile, vient du démon. 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public