AU FIL DES HOMELIES

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Ac 4, 32-37

(6 avril 1989)

Homélie du Frère Michel MORIN

Corinthe : Boutiques

P

as plus qu'au premier jour de Pâques, la Résurrection du Christ comme centre de notre foi, comme événement historique, sera toujours entourée de quelque fable, de quelques fausses interprétations. Parce que, quelle que soit la situation des hommes et la nôtre en premier lieu, elle sera toujours un événement gênant qui n'entre pas dans notre logique humaine, voire comme c'est le cas dans l'évangile de ce jour, mondaine.

Cependant, je voudrais insister sur ce passage des Actes des apôtres où il nous est dit que "la multitude des croyants n'avait qu'un cœur et qu'une âme" et que "le témoignage que les apôtres rendaient à la résurrection du Christ avait beaucoup de puissance." Ces quelques versets sont beaucoup plus profonds qu'une simple carte d'identité sociologique de l'Église primitive. Ils nous obligent à aller voir le cœur même, le centre de cette identité que l'on peut ainsi tracer de ce groupe de premiers chrétiens. N'en restons pas à ce qu'on pourrait appeler le cœur affectif, sensible, ni à l'âme que l'on confond si souvent avec la conscience psychologique, personnelle ou collective. Le cœur dont il s'agit ici, qui est le cœur de la multitude des croyants, c'est la charité, la charité divine, le don de l'amour de Dieu qui est le cœur de notre propre cœur et de toutes ses affections. L'âme dont il est question ici, ce n'est pas un vague consensus spirituel, c'est l'Esprit Saint, l'Esprit qui a été donné par le Christ sur sa croix, lié à son dernier souffle de vie humaine et qui sera répandu, de façon manifeste, c'est-à-dire ecclésiale, au jour de la Pentecôte.

Notre identité est exactement la même aujourd'hui que celle de la première communauté chrétienne. D'ailleurs il n'y a pas de première ou de seconde communauté chrétienne, il n'y en a qu'une, qui est unique tout au long de l'histoire. Notre identité, c'est la charité de Dieu répandue en nous par son Esprit. Nous n'avons pas d'autre raison d'être, en tant que communauté chrétienne, que celle-ci. Et elle est grandement suffisante. De cette communauté chrétienne, nourrie par la charité de Dieu et vivifiée par son Esprit, jaillit, comme l'indique le texte des Actes des apôtres, le témoignage apostolique.

Je fais simplement remarquer que si ce témoignage des apôtres, c'est-à-dire de l'ordre épiscopal ou sacerdotal en collaboration, si ce témoignage a une puissance, ce n'est pas d'abord parce qu'il est d'abord celui, strictement, des apôtres. C'est parce qu'il est la manifestation ministérielle, publique, de ce que vit la communauté des croyants. La puissance du témoignage apostolique n'est que le fruit qui est répandu de ce que la communauté chrétienne, dont l'apôtre est membre, vit chaque jour dans l'ordre de la charité mutuelle. Ce qui veut dire qu'il ne peut pas y avoir de distinction formelle, à plus forte raison d'opposition ou de concurrence, entre ce que vit la communauté chrétienne et ce que proclament les apôtres. S'il y a une différence, c'est que la communauté chrétienne ne vit pas de l'abondance de la charité puisqu'elle ne s'exprime pas dans le ministère apostolique. Et si le ministère apostolique n'est pas la fructification, à travers l'ordre sacramentel, de ce que vit la communauté chrétienne, nous ne sommes plus l'Église de la Résurrection. Nous sommes une communauté religieuse en plus de toutes les autres.

Ceci est important pour nous car nous avons parfois dans notre esprit cette vision tout à fait erronée qui divise, qui sépare ou qui hiérarchise la vie chrétienne normale et le ministère apostolique. Comme si le second était plus important ou premier par rapport à la vie chrétienne. Cela est faux, on ne peut pas vivre dans cette perspective. Et si souvent on s'y est, historiquement, installé, on en voit bien aujourd'hui les méfaits dans la conscience qu'ont les gens de ce qu'est l'Église.

Demandons donc que cette charité de l'amour de Dieu, qui nous est donnée à travers le pain et le vin consacrés par l'Esprit Saint, soit vraiment le cœur de notre vie, l'âme de notre multitude, pour que nous portions, ensemble, en tant qu'Église apostolique, quels que soient nos ministères, la puissance et le rayonnement du témoignage de la Résurrection. C'est dans ce sens qu'il faut méditer le premier verset de l'évangile de ce jour : "Les femmes s'en allèrent, pleines de joie, annoncer la Nouvelle !"

 

AMEN

 

 

 
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