AU FIL DES HOMELIES

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SOLITUDE DU CHRIST RESSUSCITÉ

Ac 4, 23-31 ; Jn 6, 1-15

Jeudi de la deuxième semaine de Pâques – C

(17 avril 1980)

Homélie de Serge JAUNET

D

ans ce chapitre sixième de l'évangile selon saint Jean, Jésus va nous expliquer le sens de ce signe du miracle de la multiplication des pains. Mais pour aujourd'hui, arrêtons-nous ensemble au dernier verset de cette page.

"Alors, Jésus, de nouveau, s'en alla dans la montagne, tout seul ". Ce n'est pas la première fois que nous voyons Jésus partir seul dans la montagne : Il a fait de même avant de choisir ses apôtres, où lorsqu'Il est fatigué, harassé par les foules. Nous voyons Jésus aborder sa passion tout seul. Il laisse ses apôtres l'accompagner jusqu'au jardin des Oliviers puis Il les laisse, s'éloigne d'un jet de pierres et tout seul, Il prie et Il commence son agonie. Il est seul, aussi comme tout homme, quand Il connaîtra la mort sur la croix.

Je ne sais si vous avez été frappé durant ce temps pascal, à la lecture des apparitions, par cette solitude du Christ ressuscité. En effet, Il apparaît le matin à Marie-Madeleine, puis quelques jours après ou le soir même de Pâque, aux apôtres, puis aux disciples sur la route d'Emmaüs. Mais en dehors de ces apparitions où est le Christ ? Où est-il ? Il n'est plus avec ses apôtres, Il n'est plus avec ceux dont Il partageait la vie de tous les jours. Il est seul, Il est entré, monté déjà près du Père.

Que veut bien dire ? Que peut bien être cette solitude du Christ ? cette solitude à laquelle tout homme, tout chrétien est appelé après lui ? Que vivait le Christ dans ces temps de solitude qu'il prenait ? Et dans cette solitude fondamentale qui est son état après la résurrection que fait-il ?

Souvent, devant la solitude nous avons deux réactions paradoxales. Ou nous en avons peur, et nous la fuyons, car la solitude entraîne de nous retrouver seul, en face du vide, en face du rien ou en face de nous-mêmes, ce qui est un peu la même chose ; ou bien nous y allons tête baissée nous y fonçons en disant : "enfin là je vais être tranquille, je ferai ce que je veux, je ferai comme je veux." Et c'est l'égoïsme pur qui nous y conduit.

La solitude que vit le Christ et qu'il nous appelle à vivre après lui, n'est pas de ce genre, réaction de peur ou fuite des autres. Je ne sais si vous avez remarqué, que chaque fois que le Christ part seul, c'est pour prier. Si le Christ part seul, c'est pour rencontrer le Père, parler avec le Père, être à cœur ouvert avec son Père, dans l'Esprit Saint. Et si Jésus ressuscité est fondamentalement seul, nous apparaît comme solitaire c'est qu'après sa résurrection, déjà, Il est exalté à la droite du Père, déjà il est monté vers le Père. Vous savez que l'Ascension ne sera que la dernière apparition du Christ sur terre, mais dès que le Christ est sorti de la mort, est vainqueur de la mort, Il est déjà dans le royaume du Père Il est auprès du Père dans l'amour de l'Esprit. Et c'est pour cela que le Christ est fondamentalement seul, qu'Il est le ressuscité mais aussi le solitaire qui marche pourtant avec chacun d'entre nous sur la route de la vie.

Ainsi, la solitude, à laquelle nous sommes appelés, la solitude que nous connaissons dans nos vies, qui que nous soyons, moines, bien sûr, mariés, célibataires, peu importe, tous, un jour, nous sommes affrontés à cette solitude et nous avons besoin de cette solitude pour vivre. Mais cette solitude est avant tout une communion, une communion comme le Christ avec son Père dans l'Esprit. "La solitude chantait le poète, ca n'existe pas". Je crois que c'est vrai. Dès la première page de la Bible, nous voyons Dieu dire : "Il n'est pas bon que l'homme soit seul". Oui, l'homme, à la suite du Christ est appelé à la communion, mais il nous faut ces temps de retrait, où nous nous trouvons seul pour vivre vraiment, pleinement cette communion avec le Père, dans l'Esprit, avec Jésus Christ et en même temps cette communion avec tous les hommes, avec tous nos frères. Car Dieu est amour et Dieu porte dans son cœur infini tout le monde, tous les hommes. Quand nous nous retrouvons seul avec Lui, nous retrouvons aussi tous nos frères.

Et il l'avait compris, lui qui disait à propos du moine, et non seulement du moine mais de tout chrétien qui vit pleinement sa vie avec Dieu : "Il est séparé de tout, mais uni à tout".

Plus près de nous, Charles de Foucauld, ermite au Sahara, se voulait le Frère Universel. Et il l'était, je crois, en vérité. Thérèse de Lisieux comprit que sa vocation à être missionnaire en Chine, en Asie, et ceci jusqu'à la fin du monde, elle la réaliserait entre les quatre murs de la cellule d'un Carmel, car, disait-elle :"Ma vocation, je l'ai enfin trouvée, ma vocation c'est l'amour".

Qu'en ce temps de la Résurrection, le Christ ressuscité, le solitaire en communion avec son Père, dans l'Esprit, en communion avec chaque homme de la création, soit pour nous le guide dans ce chemin de solitude que, nous aussi nous avons à vivre, ce chemin de solitude, c'est-à-dire de communion, c'est-à-dire d'amour.

 

AMEN

 
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