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L'EUCHARISTIE SACREMENT DE LA PÂQUE

Ac 4, 32-37 ; Jn 6, 1-15

Jeudi de la deuxième semaine du temps pascal – C

(14 avril 1983)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

P

 

endant plusieurs jours de ce temps pascal, nous allons lire le chapitre sixième de saint Jean qui commence, nous venons de l'entendre par le miracle de la multiplication des pains et qui se continuera par ce discours ou, à partir de ce miracle, Jésus révélera peu à peu la promesse de l'eucharistie.

L'eucharistie, c'est donc avant tout, ce repas que le Seigneur ouvre aux pauvres, aux affamés, à ceux qui, dans le désert de la vie, n'ont pas de quoi manger et qui sont démunis, qui ont besoin de ce secours que, apparemment, rien sur la terre ne peut leur apporter. L'eucharistie s'inaugure dans ce désert, avec cette foule affamée, pour laquelle le Christ, prenant, non pas des pierres, comme cela lui avait été suggéré par le démon au désert, mais prenant ce pain, ces poissons qu'un jeune homme, plus prévoyant que les autres avait portés, le Christ va multiplier, par son amour, multiplier par la communication de son amour aux autres, va multiplier ce peu de nourriture de telle sorte que toute cette foule nombreuse va trouver satiété, joie et plénitude.

L'eucharistie est ainsi notre pain de la terre que nous avons apporté à l'autel et que Dieu va non seulement multiplier, mais dont il va en quelque sorte multiplier les virtualités infiniment au-delà de tout ce qui était prévisible, de tout ce que, humainement, on peut attenter du pain, comme nourriture. Car ce n'est pas seulement la nourriture du corps, mais Jésus le dira par la suite à cette foule qui le suit émerveillée, ce n'est pas la nourriture du corps que vous devez chercher, mais le pain qui nourrit réellement l'être profond.

Si nous lisons ces textes eucharistiques en ce temps de Pâques, c'est parce que la chair qui donne vie, le Pain qui donne la vie, non pas simplement une vie temporaire mais la vie éternelle, la vie qui dure sans fin, ce pain qui donne cette vie, c'est le corps Ressuscité du Christ. Dans l'eucharistie, c'est directement avec la Résurrection de Jésus que nous avons contact, que nous sommes en relation. Quand nous ouvrons nos mains quand nous ouvrons notre bouche et notre cœur pour recevoir ce pain qui est devenu le corps du Christ, c'est le monde nouveau dont le Christ Ressuscité est l'élément fondateur, c'est ce monde nouveau qui pénètre en nous. C'est quelque chose du monde à venir, de ce monde vers lequel nous marchons, de ce monde dans lequel le Christ est déjà entré et vers lequel Il nous attire et nous aspire, c'est quelque chose de ce monde qui fait irruption dans notre propre chair et qui commence notre transformation intérieure profonde.

Le monde nouveau se construit en nous, d'eucharistie en eucharistie. Petit à petit la chair du Christ prend, en quelque sorte, possession de notre propre corps, de notre propre être. Peu à peu, nous sommes imprégnés par cette chair du Christ. Elle nous transforme par une lente osmose, par une lente transfiguration de nous-même et naît, invisiblement mais réellement au fond de nous, cette vie éternelle, cette réalité éternelle à laquelle nous sommes appelés et qui déjà commence et qui déjà se développe et se déploie.

C'est cela notre Pâque. Notre Pâque, c'est d'être, dès maintenant, ensemencés par la chair du Christ pour que commence en nous ce chemin de Résurrection. D'eucharistie en eucharistie, notre être éternel se construit en profondeur. Et ceci très réelle­ment au niveau de notre propre chair et non moins réellement au niveau de notre cœur. Il y a en nous quelque chose qui se transforme, quelque chose qui n'est plus le même. Notre cœur de pierre devient un cœur de chair. Le cœur du Christ communique avec notre propre cœur et Il nous donne sa vie, c'est-à-dire la puissance vivifiante de son amour pour que, petit à petit, nous émigrions hors de ce monde de péché, de mort, de pauvreté et de misère vers le monde éternel, qui déjà, est là, en train de se construire, en train de naître.

Quand nous venons à l'eucharistie c'est ainsi notre vérité profonde qui s'édifie en chacun de nous et en tous. Nous devenons tous ensemble, petit à petit, les membres de ce corps du Christ qui s'étend jusqu'aux limites de l'univers. Voilà pourquoi le sacrement de l'eucharistie est un sacrement pascal. C'est la Pâque du Christ, ce passage de ce monde à son Père que le Christ a réalisé dans la nuit de Pâques qui commence à s'opérer en nous. Nous aussi, nous passons vers le Père. Nous commençons à accumuler au fond de nous-mêmes ce poids de vie, ce poids d'amour qui nous fait pencher, qui nous fait basculer vers le Père, vers le monde nouveau et qui nous entraîne, comme aimantés par cet amour du Père qui nous happe en quelque sorte. Que chacune de nos eucharisties soit aussi consciemment que possible ce commencement de vie éternelle, d'édification de notre être nouveau pour que nous devenions membres du corps du Christ, membres les uns des autres.

 

AMEN