AU FIL DES HOMELIES

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LE JUGEMENT

Ac 8, 5-8+14-47 ; Jn 12, 44-50

Jeudi de la deuxième semaine de Pâques

(18 avril 1985)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Carennac : Christ en gloire

P

 

endant toute la seconde partie du carême, nous avons lu la première partie de l'évangile selon saint Jean. Cette lecture a été interrompue au moment de la Semaine Sainte pour laisser place aux événements eux-mêmes, et voici qu'elle reprend maintenant jusqu'à l'Ascension. L'Église a voulu ce découpage parce que l'évangile de Jean inclut dans ces deux parties une double démarche.

Dans le premier moment, c'est ce qu'on ap­pelle le "livre des signes" c'est-à-dire toutes les paro­les, tous les gestes, tout ce que fait Jésus pour mani­fester le sens profond de sa mission. Il se manifeste, Il se dévoile, Il se fait connaître à la samaritaine, à l'aveugle-né. Il manifeste qu'Il est la vie et la Résur­rection en ressuscitant Lazare, mais tout ceci est au niveau des "signes". Il est bons que cette première partie de l'évangile soit lue pendant le carême, c'est-à-dire au moment où l'on forme les catéchumènes à la foi. On les amène à contempler progressivement à contempler le visage de Jésus Christ pour qu'ils y découvrent le mystère et le dessein de Dieu sur eux et surtout qu'ils y croient et qu'ils y adhérent. Les signes sont donnés pour la foi.

Mais quand on en est arrivé là, quand on a reçu le baptême qui est le sacrement, le sceau définitif de la foi, qu'est-ce qu'il reste à faire ? C'est ce que nous allons découvrir à travers la lecture cursive de cette deuxième partie de saint Jean dont l'un des grands thèmes est annoncé par le texte d'aujourd'hui, c'est le thème du jugement.

Lorsque nous sommes amenés par les signes à croire, l'étape qui s'accomplit en nous est celle du jugement. Mais Jésus prend bien soin de préciser que ce jugement n'est pas un jugement de condamnation, c'est un jugement de salut. Pourquoi ? Parce que c'est un jugement qui fait apparaître la vérité. Lorsque nous pensons au jugement, nous pensons essentiellement au fait d'encourir une peine ou au contraire d'être dé­dommagés des torts que nous avons subits. Nous voyons toujours le jugement dans la perspective du rétablissement, de la récompense ou au contraire de la peine qui châtie celui qui a mal fait. Ce n'est pas tout à fait faux, c'est même un aspect très important du jugement, mais chez saint Jean le thème du jugement est différent.

Quand on juge une affaire, on fait apparaître la vérité, et tout le problème d'un jugement c'est un processus par lequel ce qui est caché, ce qui est téné­breux vient petit à petit h la lumière. La qualité es­sentielle d'un juge, ce n'est pas d'abord le discerne­ment des peines qu'il faut donner, mais c'est surtout la sagesse qui consiste à voir qui a tort et qui a raison qui consiste à faire apparaître le secret de l'énigme policière qui a abouti au meurtre et dont il faut percer le secret. Ce qui, chez saint Jean, pourrait le mieux évoquer sa notion de jugement, ce sont précisément les romans policiers d'Agatha Christie. C'est dans la mesure où il se passe quelque chose à partir du mo­ment où nous sommes entrés en relation avec le Christ, c'est dans la mesure où il se passe quelque chose qui advient à la vérité qu'a lieu le jugement.

Et c'est pour cela que le Christ est venu. C'est pour manifester la vérité du monde, c'est-à-dire qu'il est dans son péché, et surtout pour manifester la vérité de Dieu qui est miséricorde, qui pardonne et qui sauve précisément par Jésus-Christ. C'est pour cela que l'autre thème qui va être conjugué à celui du jugement c'est le thème de la lumière On comprend bien pour­quoi le Christ est lumière. Il est comme une lampe, comme un phare braqué sur la situation actuelle du monde. Par le simple fait de sa présence lumineuse, le monde apparaît tel qu'il est non pas pour sombrer dans une sorte de désespoir, mais pour savoir qu'il est aimé du Père et qu'il a déjà reçu la lumière. Au fond, la seule présence lumineuse du Christ au milieu de ce monde est déjà l'attestation que la vérité vient au jour, non pas parce que l'homme serait capable de faire la vérité sur lui, nais parce que le Christ vient et apporte la vérité ultime du monde : c'est que ce monde est aimé de Dieu.

Vous comprenez pourquoi ceci ne peut avoir lieu qu'après la Résurrection. Si souvent la Résurrec­tion est comparée à la lumière, il faut bien compren­dre pourquoi. Ce n'est pas pour nous dire qu'il y a des éclairs et du tonnerre autour de l'événement même mais c'est pour nous dire que c'est l'événement central qui fait la lumière du monde. Toute la vérité du monde ne peut apparaître en ce qu'elle est qu'à partir de ce point lumineux de la Résurrection qui fait la lumière sur ce monde créé et sur le cœur de tout homme.

En ce temps de Pâques en nous laissant illu­miner par la tendresse, le salut et la miséricorde de Dieu qui nous sauve en Jésus-Christ.

 

AMEN

 
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