AU FIL DES HOMELIES

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LE RAPPORT DES GARDES JUIFS

Ac 4, 32-37 ; Mt 28, 8+11-15

Jeudi de la deuxième semaine du temps pascal – C

(10 avril 1986)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

A

première lecture, ce récit qui ne semble pas très important, pourrait paraître avoir été rapporté par saint Matthieu pour apaiser la conscience ou les scrupules d'une certain nombre de ses lecteurs qui étaient sans doute des juifs convertis au christianisme, et leur dire : une certaine version de la Résurrection de Jésus et du matin de Pâque est née uniquement de la malveillance des autorités de Jéru­salem qui ont soudoyé les gardes et qui ont garanti qu'elles apaiseraient le gouverneur Ponce-Pilate pour que l'affaire ne s'ébruite pas. A ce moment-là, Mat­thieu déjouerait le plan en dévoilant la supercherie et le mensonge. Ce n'est pas exclu que ce genre de pré­occupation soit à l'origine du fait qu'on ait conservé ce détail qui, en soi, n'avait pas beaucoup d'importance, ou qui en tout cas, apparemment ne nous apprend pas grand-chose sur la Résurrection du Christ.

Pourtant, sur un autre plan, il me semble que ce petit passage nous explique beaucoup de choses sur le problème même de la Résurrection. En gros, je crois que cela veut dire ceci. Quand le Christ est res­suscité, c'est le début de la lumière qui se lève sur l'humanité, et quand l'homme accepte le témoignage de la Résurrection, il entre dans la vérité. Tandis que lorsque l'homme refuse le témoignage de la Résurrec­tion, il s'enferre, il se noie dans des mensonges à n'en plus finir.

Au fond, cette histoire en apparence banale et sans intérêt nous montre le sens, la répercussion im­médiate de la Résurrection au cœur même de ceux qui, d'une manière ou d'une autre, étaient appelés à en être les témoins, voire même les bénéficiaires. C'est que, à partir du moment même où les gardes juifs vont porter leur témoignage, au fond, c'est cela qu'ils vont faire, eux aussi, comme gardes, doivent avouer que le tombeau est vide, peut-être qu'ils en croient pas encore, mais en attendant leur témoignage reste dans le refus de la Résurrection cela ne peut qu'engendrer le mensonge et la confusion. Et c'est à partir de ce moment-là que Matthieu nous montre comment, au fond, le résultat même de l'œuvre du Père s'accomplit.

Pour les femmes qui vont annoncer aux disci­ples, c'est le début du message et de l'illumination de la vérité qui va conduire les disciples rassemblés au­tour du Christ en Galilée, comme le pôle de rassem­blement du Royaume, et de l'autre côté, les gardes qui vont chercher de fausses sécurités auprès des autorités du sacerdoce de Jérusalem et qui font là cette espèce de bouillonnement de pestilence et de mensonge qui va essayer de recouvrir la réalité même de la Résur­rection, mais qui par lui-même est voué à la chute ou à la destruction.

C'est pourquoi ce petit texte, en apparence une simple note historique à la fin de l'évangile de saint Matthieu, nous invite de façon toujours actuelle à nous interroger sur la manière dont dans notre cœur nous accueillons le témoignage de la Résurrection. Car dans notre cœur il y a les deux réalités : il y a ce qui accueille le témoignage de la Résurrection, fait la lumière en nous et déploie en nous cette capacité d'adhésion profonde à l'amour et à la vérité de Dieu, puis il y a aussi en nous tout cet endroit obscur de mensonges, de troubles, d'infidélités qui, à certains moments, se couvrent ou se cachent à travers de mul­tiples mensonges.

Alors que ce temps de la Résurrection, dans lequel précisément la liturgie nous demande d'ac­cueillir plus profondément le témoignage même des apôtres, que ce temps de la Résurrection soit le temps où la vérité même de l'amour du Seigneur pour nous s'empare de plus en plus radicalement de notre cœur pour nous faire véritablement adhérer à la vérité même de son salut qui devient notre salut.

 

AMEN

 

 

 
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