AU FIL DES HOMELIES

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CETTE FABLE S'EST COLPORTÉE

Ac 5, 12-16 ; Mt 28, 8+11+15

Jeudi de la deuxième semaine de Pâques – A

(30 avril 1987)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

C

ette fable s'est colportée jusqu'à ce jour". Ainsi s'achève ce petit texte de saint Matthieu que l'on appelle par ailleurs la supercherie des chefs juifs. En le lisant on y distingue quelques ac­cents d'apologie et même d'apologie contre les juifs. Est-ce que l'évangéliste, ou les rédacteurs de cet évangile ont voulu mettre l'accent ou aller contre une idée qui devait circuler sur la non-réalité de la Résur­rection ? En tout cas, que signifie pour nous ce texte, aujourd'hui ?

L'événement de la Résurrection est un évé­nement de nuit, un événement qu'on ne raconte pas, un événement qui n'appartient pas en tant que tel à l'histoire puisqu'il n'y a pas de récit proprement dit de cette Résurrection et que nous devons nous contenter de ces femmes et de ces hommes qui sont allés aux nouvelles et à qui le Christ est apparu. Ainsi la réalité propre de la Résurrection, de cet événement central de la foi du chrétien, ne tient pas apparemment, dans l'évangile, en la Résurrection elle-même si ce n'est que dans le témoignage que nous ont rapporté ceux qui l'ont connu et ceux à qui Il est apparu. Et de fait, ce témoignage nous y portons foi, mais nous ne pou­vons en aucun cas, le prouver. C'est-à-dire que notre raison propre se heurte à une inconnue, à cet événement central, qui ne porte pas de nom, et vis-à-vis duquel nous n'avons d'autre moyen d'accès que le témoignage, ce témoignage qui s'est transmis de géné­ration en génération et qui fonde notre vie d'Église, notre vie de chrétien.

Si cette fable s'est colportée jusqu'à ce jour, sortons du contexte proprement juif, essayons de voir comment les hommes de notre monde d'aujourd'hui reçoivent l'événement de la Résurrection. Souvent une conversion dans la vie chrétienne ou une rencontre, une expérience avec Dieu ne se situe pas tout de suite dans l'événement proche de la Résurrection, mais plutôt dans une expérience ou de reconnaissance de la vie de Dieu, que ce soit dans l'Église, dans les frères ou en nous-mêmes. Notre propre expérience s'accro­che et se développe par rapport à ce sentiment pro­fond de la vie de Dieu et d'un Dieu vivant. Et c'est bien pour cela que l'événement de la Résurrection nous échappe, car Dieu ne peut pas se révéler dans cette mort ou s'arrêter à cette mort, mais Il est un Dieu des vivants et non pas des morts. Et c'est pour cela que l'ange dira aux femmes : "Pourquoi cherchez-vous parmi les morts Celui qui est vivant ?" Ainsi l'évangile saute de la vie de Jésus avant sa Résurrection, à la vie de Jésus après sa Résurrection. Mais pour nous, et pour nous dans notre vie, il y a un autre événement qui s'appelle la mort, sur laquelle notre raison achoppe, mais qui pourtant ne nous est pas rapporté comme tel dans l'évangile.

Alors pourquoi cette fable s'est-elle colportée et quelle signification a la lecture de cet évangile au­jourd'hui, si ce n'est qu'évidemment la Résurrection ne peut pas être comprise par la seule raison ? Et qu'elle va même à l'encontre d'une volonté d'explica­tion par la raison, d'une explication rationaliste. Il y a quelque chose qui dépasse notre propre raison et qui pourtant n'en est pas moins évidente. Et cette évi­dence tient à la vie réalisée, vivante de Dieu dans ceux que le Christ a rencontrés et auxquels Il est ap­paru et qui nous ont transmis ce témoignage. Notre vie de chrétiens aujourd'hui ne tient pas en une expli­cation rationaliste de cette résurrection, mais se tient par le témoignage de ces hommes et de ces femmes qui nous ont transmis cette expérience du Ressuscité vivant en eux, puisqu'Il est apparu dans sa chair.

Ceci pourquoi ? Parce que nous, chrétiens, nous sommes totalement libres et aucune certitude, même historique ne peut accrocher notre foi. Elle ne tient pas à un face à face entre nous et l'histoire du monde, cette histoire particulière où Dieu s'est in­carné. Nous avons un témoignage écrit qui est l'évan­gile, mais il nous reste à faire un saut, un saut person­nel qui élimine notre propre raison pour en arriver à cette évidence qui est celle de la foi, qui est celle de la Résurrection. Il est donc demandé d'éliminer cette fable, que les premiers chrétiens ont voulu faire dispa­raître le corps du Christ. Notre foi repose simplement dans l'évidence de cet argument quelque peu négatif qui est essentiel : le tombeau est vide. Et notre propre vie chrétienne s'enracine, dans toute sa liberté, face à ce tombeau vide, c'est-à-dire que la mort n'est plus, puisqu'elle a disparu du lieu même où Il avait été mis. C'est pour cela que nous ne pouvons pas expliquer la Résurrection par la raison, mais que nous ne pouvons l'atteindre que par le témoignage et que par l'évidence de ce témoignage, que la mort a comme disparu de l'événement de la Résurrection, puisqu'il n'y a plus rien dans le tombeau.

De fait beaucoup d'hommes et de femmes, encore aujourd'hui, tentent de comprendre le fonde­ment de la vie chrétienne en essayant d'analyser cet événement avec leur propre raison. Mais nous autres chrétiens, sachons que notre liberté s'enracine, non pas dans un témoignage écrit ou historique, mais dans l'évidence que le tombeau est vide et qu'il est toujours vide encore aujourd'hui.

Alors, il nous est demandé par cet évangile, d'être des vrais témoins, c'est-à-dire des hommes li­bres dans la foi, des hommes qui témoignent que la mort n'est plus, que la mort ne sera plus, parce que ce tombeau est vide. Ainsi, nous nous acheminons, entre l'événement de la Résurrection et l'événement de la Pentecôte et dans le temps qui sépare ces deux évé­nements, qui sont d'une part la vie de Dieu ressuscité, ce don de la vie de Dieu aux hommes, et nous avons à réveiller en nous, à susciter en nous, cette identité de témoins qui sont des témoins de ceux qui avons vu, parce que d'autres témoins l'ont vu avant nous et nous l'ont transmis, que vraiment la mort n'est plus et que le tombeau est vide.

 

AMEN


 

 

 
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