AU FIL DES HOMELIES

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QU'ILS SOIENT UN !

Ac 5, 12-16 ; Mt 28, 8+11+15

Jeudi de la deuxième semaine du temps pascal – A

(26 avril 1990)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

D

ans sa grande prière, avant d'entrer dans sa Passion, le Christ s'étant adressé à son Père avait prié ainsi : "Je Te prie pour qu'ils soient un comme nous sommes un, Moi en eux et Toi en Moi ! Qu'ils soient un afin que le monde croie que Tu M'as envoyé !" Lorsque dans les Actes des apôtres qui décrit les premières dizaines d'années après la mort du Christ, au lendemain de sa Pâque et de la Pentecôte, il y a à plusieurs reprises, au moins trois fois, une sorte de tableau d'ensemble sur ce premier groupe de chrétiens, cette première paroisse chré­tienne dans le monde. Or ce tableau d'ensemble peut être regardé de deux façons, soit de l'intérieur de la communauté chrétienne, soit de l'extérieur. Mais que le regard vienne de l'intérieur ou de l'extérieur, il s'ac­corde toujours sur un premier élément sur un premier point commun qui est l'accord, l'unité, le lien de cha­rité et d'amour entre les premiers chrétiens.

Dans le passage que nous venons de lire, il est écrit : "Tous se tenaient d'un commun accord sous le portique de Salomon !" Ce passage est une vue de l'extérieur. Quelques versets auparavant, dans un pas­sage vu de l'intérieur de la communauté chrétienne, il est dit : "La multitude des croyants n'avait qu'un cœur et qu'une âme!" Et le deuxième trait qui vient immé­diatement "Ils avaient la faveur du peuple", et dans le passage d'aujourd'hui : "Tout le peuple célébrait leur louange !"

La première caractéristique qui a été remar­quée, non seulement à l'intérieur des premières com­munautés chrétiennes par les disciples eux-mêmes mais aussi par le monde païen qu'il soit juif ou grec, le point qui identifie ceux qui sont du Christ est le même :ils sont en total accord entre eux, rien n'est personne, ils mettent tout en commun sous l'autorité des apôtres. Le rayonnement premier de l'Église a été la charité et l'unité de la première communauté chré­tienne. Et c'est normal puisque l'Église est faite pour accomplir dans le monde, de quelque temps que ce soit, a grande prière dite sacerdotale, de Jésus avant sa mort, cette grande prière où le Christ-prêtre demande à son Père que l'Église célèbre son sacrifice. "Père ! qu'ils soient un comme Toi et Moi nous sommes un ! Qu'ils soient un comme nous afin que le monde croie !" le premier témoignage de la communauté chré­tienne, c'est d'être un avec le Père, dans le Christ et que l'Esprit saint fasse entre les disciples cette com­mune union, cette union commune de Dieu et des frères chrétiens.

La fable de l'évangile qui parlait des pots de vin versés pour que l'on dise que le corps du Christ avait été emporté par ses amis pendant que les gardes dormaient, ce qui est paradoxal car s'ils dormaient, ils n'ont rien pu voir, cette fable s'est colportée dit l'évangile. Et peut-être qu'aujourd'hui encore elle se colporte dans le monde contemporain où beaucoup de gens sont bien d'accord pour reconnaître que Jésus est un être extraordinaire. Quant-à le confesser comme Fils de Dieu, ils n'y sont pas prêts encore. Mais à la limite, peu importe que cette erreur se colporte encore puisque l'Église, de toute façon doit annoncer son message d'après ce qu'elle vit et que le monde d'au­jourd'hui croira dans la mesure de l'unité de l'Église. Il n'est donc pas étonnant que le monde n'arrive pas à croire vu notre état de division. Non seulement de divisions officielles mais de divisions familiales, pa­roissiales et de division dans notre propre cœur où nous sommes encore toujours séparés de l'amour de Dieu et des autres par notre propre péché.

C'est pourquoi d'ailleurs cette conversion est beaucoup plus l'œuvre de la prière du Christ que de notre pauvre vie et de notre témoignage, parfois si brisé quant à l'amour que nous nous devons les uns envers les autres. Mais il y a un deuxième aspect qui est très contradictoire dans le texte des Actes des apôtres. Devant cet accord unanime des chrétiens, il est dit : "Personne n'osait se joindre à eux !" Et im­médiatement après : "Des croyants de plus en plus nombreux s'adjoignaient au Seigneur !" ce qui est une contradiction dans les termes. Mais la remarque est intéressante. Personne n'osait se joindre à eux parce que l'on sentait bien que se joindre à la communauté des chrétiens était une sacrée exigence, aux deux sens du mot. Et que pour entrer dans cette vie intime du Christ, il fallait une conversion qui prenait tout l'être et que beaucoup, peut-être, n'étaient pas encore prêts à faire. Et cependant, malgré cette réticence, ce man­que d'audace, ce manque de foi et de conversion, mystérieusement, de façon contradictoire au regard humain, cette communauté était de plus en plus nom­breuse. Ce qui veut bien dire, là encore, que cette conversion, que la foi, si elle est véhiculée, manifes­tée, montrée par l'unité de l'Église et les exigences vécues ensemble par les croyants, de toute façon et toujours, elle est l'œuvre intime, mystérieuse mais connue de Dieu seul et donc inconnue de nous.

Nous célébrons le "sacrement de l'unité", nous célébrons le sacrement de notre union profonde, réelle et définitive avec Dieu, donc les uns avec les autres. Comme le disait saint Jean : "Celui qui n'aime pas son frère qu'il voit et prétend aimer Dieu qu'il ne voit pas est un menteur !" L'eucharistie qui est vérité nous installe dans la vérité de l'amour de Dieu et des autres. Il n'y a qu'un seul amour. Nous n'avons qu'un seul cœur, nous n'en avons pas deux, un pour aimer Dieu et un pour aimer les autres.

Que cette eucharistie nous rappelle donc ce premier devoir du témoignage pour le monde d'aujourd'hui qui est notre unité, qui est notre amour commun, qui est notre accord fondamental, c'est-à-dire basé sur le fondement même de notre foi, qui est le corps brisé du Christ et le sang versé du Christ pour réconcilier tous les hommes avec Dieu et tous les hommes entre eux. Que Dieu nous donne, à nous communauté chrétienne de saint Jean de Malte, de ressembler et d'être à l'image de la première communauté chrétienne dont il nous a laissé ce témoignage si vivant et si exigeant parce que si nous existons aujourd'hui c'est grâce à leur témoignage d'amour, de charité et d'accord total.

 

 

AMEN

 

 
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