AU FIL DES HOMELIES

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ÉVANGILE DE FEMMES ET DE SOLDATS

Ac 5, 12-16 ; Mt 28, 8+11-15

Jeudi de la deuxième semaine de Pâques – B

(11 avril 1991)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

L

'histoire de la Passion, de la mort et de la Ré­surrection de Jésus, dans l'évangile selon saint Matthieu n'appartiendrait-elle pas uniquement aux femmes et aux soldats ? Je m'explique.

Quand nous lisons l'évangile selon saint Matthieu, nous avons, en ce qui concerne ces mo­ments capitaux, un entourage féminin assez considé­rable. Ce sont les femmes qui posent les vraies ques­tions. L'onction de Béthanie est faite par une femme qui ainsi donne le signe de la sépulture de Jésus. D'autres, comme la servante qui dévisage Pierre, montrent qui doit être de la compagnie de Jésus. Pen­dant le procès de Jésus, l'épouse de Pilate donne son opinion : "Ne te mêle point de l'affaire de ce Juste !" De nombreuses femmes sont présentes au Calvaire "qui regardaient à distance, celles-là même qui avaient suivi Jésus depuis la Galilée et le servaient, entre autres Marie de Magdala, Marie mère de Jac­ques et de Joseph et la mère des fils de Zébédée." Les femmes sont aussi à la sépulture comme elles vien­dront, au petit matin, visiter le sépulcre. C'est à elles qu'un ange apparaît et demande d'aller voir les disci­ples. "Quittant vite le tombeau, tout émues et pleines de joie, elles coururent porter la nouvelle à ses disci­ples." Et c'est alors que Jésus vint à leur rencontre. Voilà le premier entourage du Christ au moment de sa passion et de sa Résurrection. Il faut attendre les der­niers versets de Matthieu pour voir mentionnés les apôtres.

L'autre entourage, lui, est masculin mais très particularisé : c'est celui des soldats. Il apparaît avec l'arrestation de Jésus : "Comme Il parlait encore, ar­rive l'un des douze avec une bande nombreuse armée de glaives et de bâtons pour arrêter Jésus." Et à Pierre qui avait tranché l'oreille de l'un des gardes, Jésus dit : "Penses-tu que Je ne puisse faire appel à mon Père qui me fournirait sur le champ plus de douze légions d'anges". Dieu est capable de combattre pour son Fils. Les soldats prendront l'initiative de couronner Jésus d'épines, de le flageller. "L'ayant dévêtu, ils lui mirent une chlamyde écarlate, puis ayant tressé une couronne d'épines, ils la placèrent sur sa tête avec un roseau dans sa main droite et s'agenouillant devant Lui, ils se moquaient en disant : "Salut, roi des Juifs !" et crachant sur lui, ils pre­naient le roseau pour en frapper sa tête." Les soldats sont encore de garde au pied de la croix après avoir réquisitionné Simon de Cyrène et partagé ses vête­ments. Une autre garde sera celle du tombeau pour tenir le sépulcre en sécurité jusqu'au troisième jour "pour éviter que ses disciples ne viennent le dérober et ne disent au peuple : Il est ressuscité des morts. Cette dernière imposture serait pire que la première ! Ils allèrent donc et s'assurèrent du sépulcre en scel­lant la pierre et en postant une garde." Il n'était pas question que le mort puisse en sortir.

Or le lieu même de la Résurrection voit réap­paraître ces deux entités, celle des femmes et celle des soldats. Dans ce contexte du matin de Pâques, les deux vont agir différemment. Tous deux ont un sen­timent de crainte. "A la vue de l'ange, les gardes tres­saillirent d'effroi et devinrent comme morts" alors que les femmes furent "tout émues et pleines de joie."

On pourrait penser que cette description matthéenne est simplement un procédé sémitique en usage de mettre deux opposés, on pourrait croire qu'il y a d'un côté, la force, la virilité et de l'autre côté la faiblesse. Pourquoi pas ? Matthieu peut bien jouer sur ce principe-là. Mais il y a aussi un signe à cela. C'est que le message de la Résurrection confronte chacun des partenaires de l'évènement à sa propre liberté. Les soldats auraient pu manifester ce qui s'était passé. Quand les femmes vont annoncer aux disciples le message de l'ange, les soldats font de même mais en sens inverse. Ils vont prévenir les prêtres Ils savent aussi ce qui s'est passé, ils ont vu, ils ont été saisis d'effroi. Ils auraient pu donner le témoignage qui au­rait convaincu tout le monde, ils auraient pu donner une extériorité au message de la Résurrection. Les autres évangiles nous décrivent les femmes comme "racontant des fables". Chez Matthieu, ce sont les soldats qui racontent des fables. Nous avons donc le signe évident que la Résurrection est une victoire sur la mort et que ce ne sont pas les soldats qui vont por­ter triomphalement le message pascal, qui vont porter les trophées de la victoire du Ressuscité, mais ce qui est considéré comme le plus faible va être le lieu même de la Révélation. Ainsi la Résurrection ne prend pas un côté extérieur, très visible comme cela aurait pu être avec des soldats casqués et armés sur qui l'on aurait certainement eu foi. Non seules les femmes peuvent faire comprendre l'intériorité du message, l'intériorité de cette victoire qui atteint cha­que homme.

Et nous aussi nous sommes un petit peu comme ces femmes ou ces soldats. Il nous appartient de savoir où nous allons placer la vérité. Qu'allons-nous faire de ce message pascal ? Nous sommes confrontés à la même liberté.

 

AMEN

 

 

 
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