AU FIL DES HOMELIES

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SUPERCHERIE DES JUIFS

Ac 4, 32-37 ; Mt 28, 8+11-15

Jeudi de la deuxième semaine de Pâques – C

(30 avril 1992)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

C

e détail de la garde qui veillait au tombeau est rapporté uniquement par l'évangéliste saint Matthieu qui a pris soin, après avoir raconté comment Jésus a été mis au tombeau, de rapporter comment les chefs des juifs étaient venus voir Pilate en lui disant : il y a des bruits qui courent, Il aurait promis de ressusciter et cette imposture serait encore pire que tout. Il faut donc mettre des gardes devant le tombeau pour empêcher que ses disciples viennent enlever le corps et ne disent qu'Il est ressuscité. Ainsi donc le récit de la Résurrection en saint Matthieu est encadré par les deux épisodes des gardes : d'une part les gardes postés devant le tombeau et ensuite la fuite des gardes confus vers les chefs des juifs pour leur rapporter ce qui s'est passé. C'est d'ailleurs ce qui explique le tableau de Finsonius que nous mettons en évidence durant tout le temps pascal et où le Christ est en train de ressusciter au grand effroi des gardes re­présentés évidemment en habits de lansquenets du dix-septième siècle, ce qui fait la transposition avec les jeux de lumière sur les armures et les cuirasses.

En réalité si saint Matthieu a pris la peine de nous rapporter ce détail c'est je crois pour une raison assez précise. Dans l'histoire de la Résurrection, du côté des adversaires, jamais on ne nie le fait du tom­beau vide. Les gardes ont été placés devant le tom­beau, donc ils savent très bien qu'on n'est pas venu chercher le corps. Les gardes vont voir les autorités juives et leur disent : voilà ce qui s'est passé. Et les autorités juives ne prennent pas la peine de nier que le tombeau est vide, mais veulent changer l'interpréta­tion du fait. Ceci est intéressant car cela nous apprend que, devant le fait même du tombeau vide, il y a deux attitudes possibles. Il y a ou le refus ou l'attitude des disciples symbolisée par Jean : "Il vit et il crut !" C'est là la pointe de ce récit et de cette mention des gardes. La foi en la Résurrection, si l'homme n'est pas disposé à l'accueillir, si par tout lui-même il veut la refuser, si vraiment il veut croire à une sorte de manipulation ou d'imposture, c'est toujours possible. C'est important à comprendre car ceci nous concerne immédiatement.

Souvent aujourd'hui on fait porter l'hésitation sur le fait de la résurrection du Christ, comment le tombeau s'est trouvé vide, comme Il est sorti de la pierre, etc.. tous les problèmes qui ne sont pas tout à fait la manière de les poser du point de vue théologi­que. Mais le problème n'est pas là. Le problème n'est pas dans le fait. Même les autorités juives de l'époque n'ont pas essayé de le nier alors qu'elles avaient tout intérêt à nier que le tombeau était vide. Mais en in­ventant une histoire ils ont essayé de détourner l'af­faire. Donc ce qui est important pour nous c'est que, encore aujourd'hui, ce qui fait la foi en la résurrection ce n'est pas uniquement de constater un tombeau vide. C'est le fait de croire que Dieu l'a ressuscité d'entre les morts. C'est de croire que, en Jésus, s'est accomplie la destinée nouvelle de l'homme. C'est de croire que Jésus a véritablement vaincu la mort. Et c'est là-dessus que porte vraiment notre foi en la Ré­surrection. C'est de croire effectivement que ce Jésus, qui avait été crucifié, mis à mort, Il a été véritable­ment ressuscité, justifié dans l'Esprit.

Ce qui est intéressant aussi c'est qu'on a "acheté" le témoignage des gardes comme on avait acheté la trahison de Judas. On a essayé de tenir sous le sceau de la violence avec des gardes le Ressuscité. Deux grands pouvoirs de ce monde, l'argent et la violence, se sont ligués contre la Résurrection du Christ. Et cependant on n'a pas pu l'empêcher. Rien de ce monde ne peut empêcher la réalisation du dessein de Dieu. Et même si l'argent a servi à livrer Jésus, même si l'argent a servi à soudoyer les gardes pour faire un faux témoignage, en réalité la Résurrection de Jésus s'est affirmée quand même et la vérité est sortie de ce tombeau au matin de la Pâque. Là encore c'est une leçon d'espérance assez extraordinaire. Rien dans ce monde si puissant, si fort soit-il, ne peut empêcher la proclamation du salut. Rien ne peut réussir à l'em­pêcher. Si le Christ est ressuscité, le salut est dans ce monde une force que ce monde ne pourra jamais maîtriser. Le salut est pour ce monde et il est pour ce monde même si ce monde y résiste. Il ne peut pas l'empêche d'être efficace et ceci dès le premier instant de la Résurrection. Au moment même où les gardes s'enfuient, où les autorités juives cautionnent une fausse interprétation, où l'argent essaie de prendre le pouvoir et empêcher que soit annoncée la Résurrec­tion, à ce moment même la Résurrection est procla­mée.

C'est là un des aspects de l'espérance chré­tienne et de la difficulté de croire car il y a beaucoup de choses qui font coalition pour empêcher cette foi en la Résurrection, pourtant tout cela est vaincu sim­plement par le fait que véritablement le salut est ar­rivé dans le monde. Même si notre foi est affermie par vingt siècles de tradition chrétienne, n'oublions pas que nous devons être les messagers de l'espérance que rien ne pourra empêcher le salut de prendre posses­sion de ce monde qui à partir de la Résurrection du Christ entre dans le Royaume.

 

 

AMEN

 

 
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