AU FIL DES HOMELIES

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PAROLE DE JUGEMENT, PAROLE DE SALUT

Ac 5, 12-16 ; Jn 12, 14-50

Jeudi de la deuxième semaine de Pâques – B

(14 avril 1994)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

C

e qui est au centre de ce passage c'est la pro­clamation de la Parole. La pointe de cette péricope évangélique est : "Je ne suis pas venu pour juger mais pour le sauver." Jésus est Lui-même le Sauveur et Il prend ainsi le contrepoint d'une réalité qui pèse sur les hommes et qui est le jugement. Jésus rappelle à tous ceux qui L'écoutent que ce n'est pas Lui qui juge mais que c'est la Parole qu'Il leur fait entendre qui, au dernier jour, les jugera. Il appuie aussi sur le fait que ce qu'Il dit ne vient pas de Lui-même mais vient du Père et que cette Parole du Père est vie éternelle.

Il est intéressant de voir que Jésus ne veut pas se poser en juge par rapport au salut qu'Il veut appor­ter. Et pourtant salut et Jugement sont liés puisque Jésus le dit Lui-même c'est au dernier jour que la Pa­role jugera. Le dernier jour c'est bien celui de la Pa­rousie, de l'avènement du Messie qui jugera et en même temps sauvera tout être. Mais il faut remonter plus loin pour comprendre que ce que dit Jésus relève de deux aspects que contient la Parole. L'aspect du jugement et l'aspect du salut.

En définitive la Parole, si elle juge, parce qu'elle a déjà été donnée, c'est parce qu'elle a précédé Jésus. Lorsque nous lisons la Bible, dans la Genèse nous entendons la Parole de Dieu qui est une parole créatrice qui est vraiment une possibilité pour l'uni­vers d'exister parce que Dieu sépare "Dieu sépara la lumière des ténèbres ". Ainsi Il sépare pour créer. Le jugement est justement une séparation du bien et du mal, des ténèbres et de la lumière, des boucs ou des brebis pour qu'il y ait création nouvelle, pour qu'il y ait donc salut. Cette Parole qui est commandement de vie éternelle s'approfondit et s'enracine dans la Parole que Dieu donne au Mont Sinaï à Moïse. On traduit souvent le don de la Loi par "Dix Commandements", en fait ce sont les Dix Paroles de vie qui permettent à ce peuple qui n'en était pas un mais un ramassis de tribus de devenir justement un peuple, d'être créé en étant séparé de l'esclavage de l'Egypte pour entrer en terre promise et ainsi connaître vraiment le salut de Dieu par le don de la Parole qui va le faire émerger à une existence nouvelle, à une réalité propre de ce que ces tribus deviennent le peuple de Dieu.

En commençant son évangile saint Jean ne fait que dire que "Le Verbe s'est fait chair !" que le Verbe a habité dans le monde et que le Verbe est la lumière du monde. Et cela va courir désormais dans tout l'évangile. Et ce passage que nous lisons nous permet d'approfondir ces deux aspects la Parole qui est déjà donnée révèle tout le dessein de Dieu, tout son salut qui est un salut d'incarnation pour que la Parole qui s'incarne, qui prend chair dans notre monde, puisse être Parole créatrice, Parole qui sauve. Car elle est déjà donnée, donc elle est Parole donnée par Dieu, parole de jugement. Et c'est pourquoi Jésus va se présenter d'abord comme la lumière et dire qu'Il sauve et y a se confronter à tous les hommes qui refu­sent la Parole, qui ont enfermé la Parole de Dieu déjà donnée, dans leurs propres concepts, dans leur pro­pres idées ou dans leur propre agir moral et qui n'ont pas laissé à cette Parole de Dieu la possibilité de se déployer jusqu'à atteindre la profondeur de l'univers et surtout la profondeur de l'être tel que Jésus le révèle en étant vrai Dieu et vrai homme, en étant le Verbe qui prend chair.

Jésus nous rappelle une chose essentielle, c'est que le salut de Dieu, l'œuvre du Seigneur est de toujours à toujours. Dieu ne se dédit pas. Il continue à faire ce qu'Il a promis et quand la promesse se réalise, la venue du Messie, il ne reste qu'à vivre profondé­ment ce salut ou cette création nouvelle à laquelle nous sommes appelés et à comprendre qu'en nous-même s'opère un jugement, une séparation, que nous devons, comme le dit Jésus, par ce qu'Il est c'est-à-dire la lumière, entrer dans cette lumière pour ne pas demeurer dans les ténèbres. Désormais toute vie, toute parole de Dieu aujourd'hui, prononcée pour nous-mêmes, nous fait entrer dans cette clarté divine dans cette création nouvelle, dans ce Royaume de Dieu et ce monde nouveau. La Parole que le prêtre prononce, qui devient Parole de Dieu et parole sacra­mentelle, est une parole qui sauve.

Sachons donc nous replonger dans cette Pa­role de Dieu, ne pas l'enfermer dans de simples concepts ou idées, mais savoir que, jusqu'au profond de notre être, cette Parole doit s'incarner, doit prendre vie, doit prendre chair, pour qu'avec Dieu nous soyons une créature nouvelle, que nous soyons la résurrection nouvelle que nous avons célébrée ensem­ble.

 

 

AMEN

 

 
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