AU FIL DES HOMELIES

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DEVENEZ FILS DE LA LUMIÈRE

Ac 8, 5-8 + 12 + 14-17 ; Jn 12, 36-36c

Jeudi de la deuxième semaine de Pâques – C

(15 avril 2010)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Lumière dans la nuit  …

 

F

rères et sœurs, précisément dans une époque où l'on n'a pas encore inventé l'électricité ni la lampe de poche, l'évangile et les recommandations de Jésus que nous venons d'entendre semblent littéralement enfoncer des portes ouvertes : "Marchez tant que vous avez la lumière" c'est l'évidence même. Tous ceux et celles d'entre vous qui ont fait l'expérience d'un campement dans un endroit où il n'y avait aucune électricité, vous savez bien qu'à ce moment-là nous sommes tout à coup remis brutalement devant le rythme physique le plus élémentaire du corps, c'est-à-dire le repos nocturne et la marche en plein jour. A ceci près que si l'on est au désert, il faut même que la marche en plein jour soit interrompue entre onze heures et quatre heures de l'après-midi si l'on ne veut pas tomber sous une insolation.

Toujours est-il que si Jésus nous disait simplement qu'il faut marcher quand il fait jour, il n'y avait pas vraiment nécessité de s'attarder pour nous dire une banalité pareille. Ici, la pointe du récit est polémique, les juifs ont toujours assimilé la Loi à la lumière, et quand on chante le psaume 118 pendant tout le temps ordinaire, c'est un refrain qui revient souvent car la tradition juive a considéré que la Loi était une lumière. Elle est une lumière pour le comportement, elle est une lumière pour régler et orienter les actions de l'homme, et par conséquent cette idée de marcher dans la lumière de la Loi était une chose qui allait de soi. Qu'est-ce qu'un bon juif, un bon pharisien ? C'est quelqu'un qui a décidé une bonne fois pour toutes que la lumière qui éclairait tout son comportement, toute son action était effectivement la lumière de la Loi.

Jésus ici attrape au vol cette certitude commune qui est partagée par ses interlocuteurs en leur disant : "Marchez tant que vous avez la lumière". Evidemment, le sens est légèrement déplacé. Il ne s'agit plus simplement de la lumière que donne la Loi et qu'elle continuera à donner, c'est le Décalogue, c'est la base même de toute notre action morale, mais il dit : "Marchez tant que vous avez la lumière". A travers ce rappel d'un lieu commun, comme souvent le fait Jésus, il y a une sorte d'allusion, de déplacement, un glissement de sens qui dit simplement : la lumière, c'est moi. Est-ce que l'auditoire l'a entendu ? Je pense que oui, parce qu'on ne pouvait pas rappeler une chose pareille en son nom propre sans pouvoir d'une manière ou d'une autre suggérer qu'on voulait dire plus que les certitudes communes.

Ainsi, dans cette petite recommandation que fait Jésus, c'est déjà tout un programme qui est tracé : désormais il faudra marcher selon la lumière que lui-même qui est la lumière va donner à ses disciples. C'est confirmé immédiatement par le verset suivant puisque quand Jésus a dit qu'il fallait marcher en profitant de la lumière, il dit aussitôt après : "Vous deviendrez fils de la lumière". C'est un pas de plus. Si c'est lui qui est la lumière, d'une certaine manière, la nouvelle Loi, la nouvelle Thora, il a la capacité de rendre ceux qui marchent dans cette lumière eux-mêmes lumineux, ce qui n'était pas tout à fait le cas dans la tradition ancienne. On ne dit jamais qu'un rabbi juif, si célèbre soit-il, est une lumière. Peut-être qu'on le pense, mais en tout cas, on ne peut pas parler de quelqu'un comme étant "la" lumière. C'est presque trop, cela ne peut pas se dire. Tandis que lorsque Jésus dit : "Je suis la lumière" et que ceux qui le suivent deviennent "fils de lumière", c'est-à-dire qu'ils participent dans leur être, pas simplement dans leur action, mais dans leur être profond, de la lumière que Jésus fait resplendir sur eux, évidemment, il y a un pas de plus qui est franchi.

C'est donc toute la perspective de la filiation : si nous devenons fils en Jésus-Christ, nous devenons nous-mêmes lumière. Et c'est pour cela que les deux versets se complètent de façon étonnante parce qu'il faut marcher tant qu'il y a la lumière, mais après ce ne sera pas l'obscurité, car il y aura les fils de la lumière. Ce que Jésus veut dire c'est d'une part : essayez de bénéficier au maximum de la lumière qui vous est donnée maintenant, parce qu'ensuite vous aurez à jouer vous-mêmes ce rôle.

Curieusement ce texte de saint Jean qui paraît si étranger à l'évangile de saint Matthieu, rejoint effectivement la parole que Jésus dit dans le sermon sur la montagne : "Vous êtes la lumière du monde. On n'allume pas un chandelier pour le poser sous un boisseau, mais on le place bien en évidence pour qu'il éclaire toute la maison". Effectivement, au moment où nous célébrons la mémoire de la Pâque du Christ, nous célébrons à la fois la mémoire de la lumière qui nous a été donnée, et le fait que par le Christ et dans le Christ, nous sommes devenus ces fils de lumière.

 

 

AMEN

 

 
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