AU FIL DES HOMELIES

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 C'EST IMPORTANT, LE CORPS !

Ac 5, 12-16 ; Mt 28, 8+11-15

Jeudi de la deuxième semaine du temps pascal – A

(21 avril 2005)

Homélie du Frère Yves HABERT

 

I

l y a surenchère parce qu'on avait d'abord com­mencé à le vendre pour quelques pièces d'argent, pour s'en débarrasser, et là, on propose une forte somme d'argent, toujours l'argent, pour colporter une fausse nouvelle, pour dire que les disciples l'ont en­levé pendant la nuit, parce qu'il y a une sorte de constatation expérimentale, c'est qu'il n'y est plus dans le tombeau. Il y était, mais Il n'y est plus. Donc, on va être obligé de mettre le paquet, de mettre le prix. C'est très étrange comment ces jours qui ont bouleversé le monde, comment cette affaire de la mort et de la Ré­surrection de Jésus soit liée à ce point à l'argent. De l'argent avant, de l'argent après, son corps devient presqu'objet de trafic ! D'un côté pour le livrer, d'un autre côté pour s'en débarrasser définitivement, dire qu'on l'a enlevé.

Je pense à toutes ces personnes qui vendent leur corps pour de l'argent, des hommes, des femmes prostituées, dont le corps est uniquement objet de trafic, d'argent. Je pense à ces hommes et ces femmes dans le tiers-monde, qui vendent leur sang, leurs or­ganes, je pense à ces trafics d'embryons. Je pense qu'aujourd'hui où le corps est l'objet de tellement de soins, où le corps est presque idolâtré, magnifié, qu'il peut être aussi réduit simplement à une affaire de commerce. Et Jésus, à travers sa Passion prend aussi cette Passion de tous ceux qui sont obligés d'aller jusque-là.

Mais en même temps, je me dis qu'à travers cet argent qui est présent, c'est aussi cette attention au corps, qui devient comme centre. On a l'impression dans ces jours-là que tout tourne autour du corps de Jésus. Si jamais c'était simplement une idée ... Jésus est mort, et après trois jours son idée absolument gé­niale de conciliation, de morale universelle, de gen­tillesse un peu surnaturelle, si ce n'était que cela, il n'y aurait pas tout cet affairement autour de son corps. Le corps ne serait pas centre comme il l'est. C'est à la fois le centre pour ces femmes qui vont au tombeau pour l'embaumer, pour les chefs des prêtres, et puis les disciples, le corps est vraiment devenu le centre.

Je me rappelle avoir entendu un jour quelqu'un qui se disait théologien, et qui disait que si on avait retrouvé les ossements de Jésus, cela ne changerait rien à sa foi ! Moi, je dis : non ! Ce n'est pas ce que nous dit l'évangile. Jamais il n'y aurait tout cet affairement autour de cette disparition, de sa présence qui n'est plus là dans le tombeau, jamais il n'y aurait tout cet affairement de l'Église, même ce trafic autour de son corps, si jamais c'était une idée un peu géniale qui aurait perduré dans l'esprit des disciples. Non, mais je crois que c'est vraiment son corps qui est ressuscité. Parfois nous avons des manières un peu spiritualistes, ou un peu évaporées, évanescentes, de parler de la Résurrection. C'est son corps. Il est l'objet de l'espérance de ces femmes, un peu comme ces femmes de marins qui ont perdu leur mari en mer pour qui ce serait tellement beau de pouvoir retrouver ce corps, pour lui faire une sépulture digne. Mais là, elles n'ont même pas la consolation de ce corps, comme cette petite Madeleine qui au matin de Pâques pleure parce que "je ne sais pas où on l'a mis". On ne peut pas la consoler à vil prix. On ne pourrait pas la consoler en lui disant simplement : écoute, il était suffisamment génial comme cela, il va ressusciter, son idée va conti­nuer. Non, c'est de son corps qu'elle a besoin.

C'est important d'être extrêmement réaliste sur la Résurrection. Mais je crois que le corps aussi, d'une façon très mystérieuse, c'est l'espérance du Père, qui patiemment, l'espérance de l'Esprit Saint qui pa­tiemment tous les deux, ont façonné dans le secret de Marie cette chair. Pour le Père, pour l'Esprit, cette chair a un prix, le prix de l'amour, un prix immense. Et donc, le corps est aussi l'objet de l'espérance du Père, très mystérieusement, et le Père a tiré son Fils de la corruption, Il n'a pas laissé la corruption attein­dre ce corps.

Et puis ce corps est aussi notre espérance à nous. C'est extrêmement important qu'Il soit ressus­cité avec son corps. Cela veut dire que ce corps qui est le nôtre, ce corps que nous entourons de soin, le corps que nous voudrions parfois oublier, quand il nous fait mal ou nous tire dans tous les sens, c'est pourtant ce corps qui ressuscitera. C'est ce corps avec lequel nous avons eu toutes les relations possibles et imaginables dans cette vie, avec lequel nous avons aimé, avec lequel nous avons prié, circulé, joué de la musique, lu, fait tout ce qui peut paraître un peu sau­grenu pour un ange mais qui est tellement beau sur terre. Donc, c'est notre espérance aussi à nous.

Demandons, supplions le Seigneur que nous ayons toujours une très haute idée du corps, et que nous ayons l'idée du corps que Dieu a pris Lui-même en naissant dans notre chair. Que notre corps ne soit jamais objet de mépris pour nous. Que nous ayons aussi à cœur de prier pour tous ceux qui sont victimes du trafic de leur corps. Que jamais nous ne succom­bions à trafiquer notre corps, mais qu'au contraire que ce soit comme la harpe avec laquelle Dieu veut nous faire jouer une mélodie unique et irremplaçable.

 

 

AMEN

 

 
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