AU FIL DES HOMELIES

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LE FONDEMENT ECCLÉSIAL DE LA MISSION

Ac 8, 5-8 + 12 + 14-17; Mc 16, 9-15

Jeudi de la deuxième semaine de Pâques – B

(27 avril 2006)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

O

n peut dire d’une certaine manière que la finale de l’évangile de saint Marc est un peu compliquée. Il commence par un récit de l’apparition aux saintes femmes, récit qui est assez détaillé, mais qui tourne mal. En effet, à la fin de ce récit, c’est le départ des femmes qui nous est décrit : "Elles s’enfuirent du tombeau parce qu’elles étaient toutes tremblantes et hors d’elles-mêmes, et elles ne dirent rien à personne car elles avaient peur". Apparemment, dans ce premier récit de Marc, pour raconter le témoignage du ressuscité, le Christ est enterré une seconde fois. Il est enterré parce qu’il a été mis au tombeau, Il est ré-enterré parce que ces pauvres femmes quand elles voient l’apparition de l’ange, elles n’y comprennent rien, et à ce moment-là, elles ne disent rien. On peut imaginer que dans une sorte de premier jet de rédaction, saint Marc en est arrivé à dire que la résurrection du Christ s’est terminée dans le silence.

Puis, il a eu un repentir, et c’est seconde finale qui est vraiment la conclusion du récit, mais qui elle, est beaucoup moins détaillée. On en a entendu les articulations, en fait, c’est le résumé très condensé de ce que saint Luc exploite tout au long du chapitre vingt-quatre qui chez lui, est beaucoup plus long. Donc, ici, dans l’évangile de saint Marc, il y a la concentration de trois apparitions : on reprend celle de Marie de Magdala, dont on avait chassé sept démons, et l’on change, le récit, on dit qu’elle retourne auprès des apôtres pour leur annoncer. Ensuite, on fait allusion aux disciples d’Emmaüs, en deux versets : "Deux d’entre eux qui étaient en chemin et s’en allaient à la campagne", et ceux-là, revinrent l’annoncer aux autres. Dans le mouvement de ce récit, chaque fois, on insiste sur l’incrédulité : l’incrédulité par rapport à Marie de Magdala, et incrédulité par rapport aux disciples d’Emmaüs. C’est à ce moment-là que Marc reprend ce qu’on a déjà donné dans l’évangile de saint Luc : "Il se manifesta enfin aux onze eux-mêmes pendant qu’ils étaient à table, et Il leur reprocha leur incrédulité".

La manière dont Marc veut conclure son évangile est un peu paradoxale. Il y a une sorte de surgissement ecclésial de témoignage de la résurrection, les femmes au tombeau, les disciples d’Emmaüs, et une sorte de réticence, de crainte de la part du groupe des apôtres qui ne croient pas. Il faut que ce soit Jésus lui-même qui vienne dans la communauté apostolique elle-même, qu’Il se manifeste, et Il leur adresse le blâme de n’avoir pas cru. Jésus alors leur donne l’injonction fondamentale qui est la base de toute l’histoire de l’Église dans laquelle nous sommes insérés aujourd’hui : "Allez dans le monde entier, proclamez l’évangile". Autrement dit, ce qu’on appelle la finale de Marc, puisque c’est une sorte de récit conclusif, est construite de façon assez suggestive, en tout cas les enjeux théologiques qui sont derrière sont assez intéressants, c’est d’une part, le témoignage apostolique surgi dans l’Église, mais apparemment cela ne suffit pas pour décider les disciples, ensuite, il vient par l’intervention du Christ lui-même se révéler dans le cœur des disciples, et c’est à ce moment)là que le Christ leur objecte leur incrédulité et leur lenteur à croire. A partir de ce moment-là seulement, le témoignage est à la fois ecclésial et dans la communauté fondamentale que Jésus a voulu de ses disciples, le témoignage devient missionnaire. C’est le début de la mission de l’Église. La mission de l’Église, ce n’est pas simplement les disciples, ce n’est pas simplement Marie-Madeleine et les deux disciples qui s’en allaient sur la route à Emmaüs, c’est le peuple et les douze. A partir du moment où les douze eux-mêmes adhèrent, à ce moment-là la parole devient publique et publiable. C’est cela que Marc veut faire comprendre. La transformation est radicale aux deux niveaux : au niveau de la conscience ecclésiale, et au niveau de la validation et de l’authentification du magistère : le pape, les évêques. Il faut les deux. L’Église n’est missionnaire qu’à ce titre-là.

Cela nous aide un petit peu à remettre les pendules à l’heure par rapport à nos manières de voir la mission aujourd’hui. On a dit, maintenant, ce ne sont plus les prêtres qui doivent être missionnaires, ce sont les laïcs, en réalité, cette alternative est fausse. Le témoignage surgit partout, mais il faut l’authentification du magistère pour qu’à ce moment-là, le Christ puisse dire : "Allez, partez, enseignez toutes les nations". Donc, nos communautés, ce sont les communautés avec les membres du clergé et la communauté toute ensemble des laïcs qui ne forment qu’une communauté, qui est essentiellement appelée à la vocation missionnaire, et non pas une sorte de partage des tâches un petit peu discutable et parfois revendicatrice et revancharde, qui consisterait à dire : maintenant, les prêtres font de l’administration, et les laïcs font le missionnaire. C’est l’articulation des deux qui fonde la réalité de la mission, et c’est comme cela que saint Marc conclut d’une certaine manière, son évangile, pour nous faire comprendre que maintenant, l’enjeu de l’histoire de l’Église, et l’enjeu du salut, c’est tous les membres de l’Église, prêtres et laïcs, qui sont responsables et mandatés pour l’annonce de l’évangile à cause du baptême, et à cause de la structure ministérielle de l’Église.

 

AMEN

 

 

 

 
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