AU FIL DES HOMELIES

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JÉSUS-CHRIST ET L’ÉGLISE C’EST TOUT UN

Ac 4, 23-31 ; Mc 16, 18

Jeudi de la deuxième semaine de Pâques – A

(5 mai 2011)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

La première communauté en prière

F

rères et sœurs, deux petites remarques à propos de la lecture des Actes des apôtres. Ce tout petit passage se situe après le moment où Pierre a été arrêté avec Jean, qu’ils ont comparu devant le Sanhédrin et subi une première persécution pour le nom du Christ. Ils rejoignent la communauté et la communauté se met à prier. On pourrait s’attendre logiquement à ce que cette communauté remercie le Seigneur pour avoir délivré Pierre et Jean, de leur avoir permis d’annoncer la Parole dans l’enceinte du Temple. En réalité, il n’y a rien de tout cela. La prière de la communauté à ce moment-là se recentre apparemment un autre thème et c’est éclairant pour comprendre les Actes des apôtres.

La communauté cite le psaume 2, qui parle de l’arrogance des nations et les vains projets c’est-à-dire les échecs chez les peuples. Le texte interprète, et ce sera ma première remarque, l’arrogance des nations : « Oui, vraiment, ils se sont assemblés contre ton saint serviteur que tu as oint, Hérode et Ponce Pilate ». Autrement dit, l’arrogance des nations, c’est Ponce Pilate, le représentant de l’autorité romaine, et les vains projets chez les peuples, c’est le peuple d’Israël. C’est une remarque assez importante, parce que contrairement à ce que l’on dit souvent, dans la première communauté chrétienne on n’accusait pas unilatéralement le peuple juif, d’avoir été à l’origine de la mort de Jésus. Saint Luc qui est pourtant très attentif à présenter l’histoire de la première Église d’une façon tout à fait impeccable vis-à-vis de l’autorité et du pouvoir romain, se permet quand même de signaler que c’est l’arrogance des nations, c’est-à-dire le pouvoir romain et les vains projets des peuples, le projet de la mise à mort de Jésus par le Sanhédrin, qui sont en concurrence pour occasionner la mort de Jésus. C’est donc cette question fondamentale qui est la responsabilité de toute l’humanité, les nations, les romains, les païens, et le peuple choisi, le peuple élu qui sont ensemble, tous responsables de la mort du Christ.

Il n’y a pas de coupables que l’on peut désigner du doigt. Si le Christ est mort pour nous comme le dira plus tard la formulation dogmatique de Paul : mort pour nos péchés, c’est-à-dire que c’est à cause des péchés non pas du peuple, des juifs ou des princes juifs qui ont occasionné la mort, mais c’est à cause de tous les péchés du monde. Il y a une solidarité universelle dans la responsabilité du sacrifice de Jésus sur la croix. C’est la première chose, il est important de souligner que dès le moment où Luc rédige l’évangile et les Actes, cette manière de voir est encore claire dans la conscience de la première communauté chrétienne dont Luc ici se fait l’interprète.

La deuxième chose, c’est qu’on ne parle pas de Pierre et de Jean, mais en fait, on veut éclairer ce qui vient d’arriver à Pierre et à Jean, à la lumière de ce qui est arrivé à Jésus. Jésus a été victime de l’arrogance des nations et des vains projets du peuple juif, et ici, Pierre et Jean sont également ceux qui ont échappé, en tout cas au moins pour ce cas précis, au projet du peuple, l’arrestation et la comparution de Pierre et de Jean devant le Sanhédrin. Ce que Luc veut dire dès le début des Actes, c’est que la Loi de la vie de l’Église comme prolongement de la personne du Messie obéit exactement aux mêmes lois et aux mêmes conditions que la mort et la résurrection de Jésus comme Messie. C’est donc pour nous un premier élément fondamental d’ecclésiologie, de compréhension du mystère de l’Église : on ne peut pas comprendre ce qui arrive à l’Église sans se reporter à ce qui est arrivé à Jésus, et le fait de méditer ce qui est arrivé à Jésus par sa mort et sa résurrection est ce qui arrive à l’Église. C’est pour cette raison que le texte se termine par un petit tremblement de terre et une effusion de l’Esprit, c’est pour cela qu’un certain nombre de spécialistes des Actes des apôtres appellent ce passage la petite Pentecôte. On veut dire par là que lorsque Pierre et Jean sont configurés au procès du Christ par leur comparution devant le Sanhédrin et qu’ils subissent des outrages à cause du nom du Christ, ensuite, il y a ces prémices de la résurrection qui est une nouvelle effusion de l’Esprit avec le signe du tremblement de terre, comme celui qu’on retrouvait dans les évangiles pour mettre en évidence le mystère de la résurrection de Jésus.

Ce petit texte nous aide à réfléchir sur une question à laquelle nos contemporains ne sont pas toujours au clair : on ne peut pas être chrétien en étant individuellement disciple de Jésus-Christ, on est chrétien parce que c’est dans l’Église qu’on vit notre assimilation et notre configuration au mystère de la mort et de la résurrection du Christ. Il n’y a pas à choisir entre le Christ et l’Église ou choisir le Christ en laissant l’Église, le Christ et l’Église, comme disait Jeanne d’Arc, « m’est avis que Jésus et l’Église c’est tout un ». C’est exactement la même chose que Luc veut nous faire comprendre dans cet épisode en montrant que ce qui est arrivé à Pierre et à Jean, comme à Jésus, est en parfaite unité et homogénéité avec le mystère même de la mort et de la résurrection de leur maître. C’est encore la même chose aujourd’hui.

 

AMEN

 

 

 
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