AU FIL DES HOMELIES

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 ANNONCIATION DE L'INCARNATION DU SEIGNEUR

Is 7, 10-15 ; Hb 10, 4-10 ; Lc 1, 26-38

Lundi de la deuxième semaine du temps pascal – A

(8 avril 2002)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, c'est la plus grande révolution dans la pensée humaine, dans la pensée reli­gieuse humaine, pour toutes les civilisations, toutes les religions, les générations qui se sont succé­dées, la notion même de Dieu signifie ce qui échappe aux prises de l'homme, ce sur quoi l'homme ne peut en aucune manière mettre la main, et au fil des siè­cles, s'est petit à petit purifiée cette notion, mais plus la purification s'opérait ainsi dans l'esprit et le cœur de l'homme, plus la transcendance de Dieu, son absence de mesure commune avec tout ce que nous sommes, tout ce que nous voyons, tout ce qui nous entoure allait s'approfondissant. Les grandes religions, celles où la recherche de l'homme s'approfondit, sont les religions de l'absolu de la transcendance d'un Dieu unique, qui n'est en aucune manière comparable, as­similable à ce que nous appelons ses créatures, c'est-à-dire tout ce qui nous entoure et tout ce que nous sommes. Et plus les hommes sont à la recherche de Dieu, plus ils sentent l'immense distance qui les sépa­rent de Lui. Certains sont arrivés à imaginer jusqu'à une sorte d'indifférence de Dieu tellement au-delà, tellement infinie que ces minuscules insectes que nous sommes peuvent à peine le concerner.

Alors, Dieu est intervenu dans cette recherche humaine. Il est intervenu en se disant Lui-même : c'est ce qu'on appelle la Révélation. Dieu a commencé dans l'Ancien Testament à manifester que si transcendant, si absolu, si infini soit-il, Il s'intéressait à ses créatures, Il s'intéressait aux hommes, Il voulait que ces hommes ne soient pas des rivaux pour Lui, mais des amis, des créatures très aimées. Dieu s'est penché sur l'histoire des hommes, et tout l'Ancien Testament peut se résumer dans cette intervention de plus en plus intime, de plus en plus approfondie de Dieu dans l'histoire des hommes. C'est symbolisé par la révélation faite à Moïse du buisson ardent, cette flamme qui est la présence symbolique de Dieu au cœur même du buisson, symbole de la création, de la créature, de l'humanité, présence de Dieu au cœur de ce buisson qui cependant ne le consume pas, ne le réduit pas en cendres par l'immensité de cette présence. Dieu est avec nous. Et peu à peu, à travers les prophètes, cela deviendra comme le signalement de Dieu : Dieu, c'est Emmanuel, Dieu avec nous.

C'est la prophétie même d'Isaïe que nous venons d'entendre, Dieu qui prend soin de nous, qui nous dépasse infiniment, certes, mais qui est à notre égard comme un Père aimant. Dans un admirable oracle, le prophète Osée mettra dans la bouche de Dieu ces paroles : "Ils n'ont pas compris que je prenais soin d'eux comme un père qui prend son enfant sans ses bras et qui l'élève tout contre sa joue, qui se penche vers lui pour lui donner à manger, pour lui apprendre à marcher". Dieu si profondément Père qu'il est là se mettant à la portée de cet enfant, pour lui communiquer les éléments mêmes de la vie.

Toutes ces annonces encore voilées et qui n'empêchaient pas la distance infinie entre Dieu uni­que, créateur, absolu, et l'homme, créature limitée, pécheresse de surcroît, toutes ces préparations vont s'accomplir d'une manière tellement inouïe que ceux-là même qui faisaient partie du peuple choisi, ce peu­ple d'Israël à qui ces prophéties avaient été annoncées, ne sauront pas le reconnaître et prendront ces paroles par lesquelles Jésus se désigne comme un blasphème. Dieu s'est tellement intéressé à sa créature, Dieu a tellement aimé le monde, qu'Il en est arrivé à vouloir partager la condition même de l'homme. Lui l'infini, se faire tout petit, se faire l'un de nous. Lui, la perfec­tion de l'amour transcendant, venant pour prendre sur lui nos misères, nos limites, nos pauvretés, et même notre péché. Cela dépasse l'entendement, Dieu qui est le contraire absolu du péché, puisque Dieu est amour et que le péché, c'est le refus de l'amour, Dieu va prendre par amour, sur Lui, tous nos refus d'amour. Il va porter sur lui le poids de nos péchés. Dieu s'identi­fie tellement à nous, qu'Il va connaître toutes nos souffrances, toutes nos humiliations, notre mort, et même l'horreur d'être envahi par ce poids écrasant du péché, du mal, de la souffrance du refus. Dieu va as­sumer tout de l'homme. Vous le voyez, c'est une ré­volution, vous le voyez, à la limite incompréhensible, si nous n'étions pas trop familiarisés avec cette idée, cela nous semblerait à peine croyable, cela révolu­tionnerait notre cœur, cela bouleverserait notre vie. Dieu d'une certaine manière cesse de se comporter en Dieu pour assumer tout de ce que nous sommes, tout, jusqu'au pire et Il en mourra sur la croix.

C'est pourquoi cette fête de l'Incarnation de Jésus est déjà pleine de toute sa vie et de toute sa mort, de sa Pâque, de sa crucifixion, de sa déréliction, de sa Résurrection. Tout cela est déjà contenu dans ce mouvement inouï de Dieu, qui délaissant ses préroga­tives divines comme le dit saint Paul, s'anéantit pour prendre la forme d'un esclave, d'un serviteur, de cette pauvre réalité que nous sommes. Dieu qui nous aime au point de renoncer à ce qu'il est, pour nous devenir semblables, uniquement par amour. Et c'est la puis­sance de cet amour ainsi enfoui dans cet anéantisse­ment qui va faire éclater toute l'histoire des hommes, tous les refus et les péchés des hommes, qui va être notre salut, notre réconciliation, notre vie éternelle.

Frères et sœurs, on dit quelquefois que toutes les religions ne sont que des variantes d'une même recherche de Dieu, mais comme cela est court. Certes, toutes les religions sont une recherche de Dieu, certes tous les hommes qui ont dans le cœur une foi, sont en quête de Dieu, et leur quête peut être aussi intense et profonde que la nôtre, parfois même davantage, et nous pouvons admirer la foi de gens qui ne partagent pas notre même religion, et pourtant, quel est le mes­sage qui a ce caractère tellement radical, absolu, in­compréhensible, qui est celui de notre foi, d'un Dieu qui n'est plus le Tout-Puissant, qui n'est plus le tout-autre, mais d'un Dieu qui se fait nôtre, qui se livre entre nos mains, qui se fait semblable à nous, qui vient nous chercher là où nous sommes au plus pro­fond de notre souffrance, de notre péché, de notre abîme, Dieu qui vient à notre rencontre, qui fait tout le chemin jusqu'à nous, pour pouvoir enfin nous rem­plir de la plénitude qu'il a toujours voulu pour nous. Dieu qui vient pour se donner à nous, et pour qu'ainsi nous parvenions jusqu'à Lui. Révélation extraordi­naire, inouïe, que nous ne devrions jamais avoir fini de ruminer dans notre cœur, dont nous ne devrions jamais finir de nous émerveiller, qui devrait sans cesse nous transporter de joie et d'allégresse.

 

 

AMEN

 

 
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