AU FIL DES HOMELIES

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ELLES NE DIRENT RIEN A PERSONNE PARCE QU'ELLES AVAIENT PEUR

Ac. 4, 8-12 ; Mc 16, 1-18
Mardi 5 avril 2016
Homélie du frère Daniel Bourgeois
 

"Elles ne dirent rien à personne car elles avaient peur. Mutisme et terreur. » Frères et sœurs, cela peut vous paraître un peu étrange, mais c’est sans doute un des textes les plus primitifs du Nouveau Testament pour raconter les apparitions du Ressuscité. Tous les spécialistes aujourd’hui s’accordent pour dire que le petit récit que nous venons de lire était en réalité la conclusion de l’évangile de saint Marc, et que ce que nous lirons demain est une sorte de petit listing de toutes les autres apparitions qui a été ajouté après, sans doute parce que on avait peur que cette finale Mutisme et terreur ne satisfasse pas les lecteurs.

 

Et pourtant, c’est très intéressant que l’évangile de Marc se termine par le fait que les femmes vont au tombeau. Elles y vont pour faire les rites funéraires qui n’ont pas été faits et achevés correctement le jour du vendredi saint. Elles reviennent donc, elles trouvent le tombeau vide. Elles sont déjà perplexes parce qu’elles se demandent comment elles vont faire pour accomplir les rites funéraires étant donné que le tombeau a été fermé. Là, elles voient un messager qui leur annonce que Jésus est ressuscité et elles fuient. Elles ont peur de l’événement, elles sont saisies de terreur, et dans ce récit-là, on dit qu’elles ne disaient rien du tout. Alors pourquoi l’évangéliste Marc dans sa première rédaction, son premier jet, a-t-il voulu terminer l’évangile de cette façon-là. Ca ne se fait jamais. Même dans les films aujourd’hui, lorsqu’on ne veut pas donner de conclusion, on a toujours quand même une séquence où la caméra s’élève vers le ciel et où l’on dit « Voilà, on ne sait pas ce qu’est devenu le personnage » ou bien, dans les contes de fées, il est dit « Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». Là, dans ce cas précis, ça n’aurait pas marché, mais la plupart du temps, on essaie quand même de faire une finale qui soit vraiment une conclusion. Le récit s’arrête mais pas brutalement. Là, c’est la brutalité qui est choquante.

 

 Je crois que c’est juste parce que ça reflète exactement l’effet de surprise qu’a pu engendrer la résurrection du Christ. En fait, la communauté des disciples au sens large, quand ils se sont trouvés devant le fait de la Résurrection, ont étaient saisis de terreur. On voit exactement la même chose chez les apôtres qui se sont enfermés dans le cénacle. Et deuxièmement, ils n’osent rien dire puisqu’il faut attendre la pentecôte pour qu’ils commencent à annoncer la résurrection. Donc, la communauté chrétienne avait bel et bien le souvenir de l’espèce de terreur panique et de silence terrible par lequel ils réagissaient face à l’événement dont ils étaient presque involontairement les témoins forcés.

 

 Vous allez me dire : à quoi ça sert ? Parce que si le Christ est ressuscité, c’est précisément pour l’annoncer à toutes les nations. Baptisez-les au nom du père etc. D’accord, mais ce que je trouve très important, c’est de voir que la première communauté chrétienne a été littéralement sonnée par le problème de la résurrection. Ca n’est pas allé de soi. Ils n’ont pas dit « Chic, ça va maintenant, il y a un happy end à l’affaire ». Non, ils ne peuvent rien dire, ils ne comprennent rien, ils sont complètement plongés dans la stupeur et comme interdits devant ce qui vient de se passer ». Alors je pense que c’est ça la garantie du témoignage. Les communautés chrétiennes auraient eu tout à fait avantage à dire « Voyez, voilà des preuves, voilà ce qui s’est passé…: ils ont été témoins, depuis qu’ils ont vu la résurrection, ils ne se tiennent plus etc… ils ont une pêche d’enfer (pas d’enfer, de résurrection…) » Mais en fait, c’est pas du tout comme ça que ça s’est passé. Il y a eu véritablement un moment où ils ont perdu pied. Et non pas simplement au pied de la croix ou en fuyant la croix, mais devant l’événement et la surprise de la résurrection.


 Je crois que pour nous aussi, encore aujourd’hui, dans le scepticisme et le criticisme actuels, souvent nous sommes aussi un peu démunis, mais je trouve que c’est consolant. Parce que ce n’est pas un événement qui va de soi. Ce n’était pas inscrit dans les astres, les disciples ne s’attendaient pas à ça. La première communauté ne s’attendait pas ça. Et il a fallu véritablement remonter l’énergie, même ne serait-ce que le pouvoir d’encaisser l’événement chez les disciples pour qu’effectivement commence le mystère de la vie de l’église et de l’annonce du salut. Donc, si nous-mêmes, à certains moments, sommes comme saisis par le doute, par la difficulté de croire, par la difficulté de faire face à un événement qui n’a son équivalent nulle part, je dirais qu’il faut toujours relire ce petit passage de saint Marc. Ils sont aussi passés par là alors qu’ils étaient les premiers témoins. Alors qui sommes-nous pour réclamer des facilités ou pour avoir l’impression que c’est facile d’annoncer ce mystère ? En réalité, il nous submerge de toute part, il nous dépasse dans toutes les directions et il nous désarçonne et c’est bien normal.

 

 
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